Retour au blog
MÉTHODELecture : 8 min
Publié le 29 juillet 2026Mis à jour le 9 octobre 2026

Les 300 000 accidents de bricolage : d’où sort ce chiffre ?

Fondateur de Murmur, dix ans dans la tech puis une reconversion dans l’artisanat
Lame de scie circulaire au repos dans les copeaux, dents carburées tournées vers un chevron.
Sommaire6 sections

« On compte 300 000 accidents de bricolage par an en France. » La phrase revient d’une page à l’autre : les pages d’assureurs consultées la rattachent au ministère de la Santé ou à l’INPES, sans année et sans lien vers le rapport, et la page suivante reprend le même chiffre avec la même absence de référence.

On rattache ce chiffre à une enquête publique, mais il ne mesure pas ce qu’on lui fait dire. La source d’origine contient en revanche une information plus utile pour vous : la liste des produits en cause dans les accidents, où l’échelle arrive avant la scie.


Le rapport EPAC de 2003 et sa méthode

Le document s’appelle « Enquête permanente sur les accidents de la vie courante, accidents de bricolage et de jardinage », publié en 2003 et consultable sur le site de Santé publique France. Il porte sur les données de l’année 2000.

Sa méthode est décrite au début, et elle vaut d’être citée telle quelle : le recueil enregistre les accidents de la vie courante aux urgences de six hôpitaux, Annecy, Besançon, Béthune, Bordeaux, Reims et Vannes. Puis :

« Les résultats de cette enquête ne sont pas représentatifs des accidents de la vie courante en France, mais ne sont représentatifs que des accidents de vie courante pris en charge aux urgences de ces hôpitaux. »

Le rapport enregistre 2 164 accidents de bricolage et de jardinage en 2000, sur 40 107 accidents de la vie courante, soit 5,4 % du total. Cette part monte à 7,4 % chez les hommes et tombe à 1,6 % chez les femmes.

Nulle part le rapport n’écrit « 300 000 ». Sur les pages d’assureurs consultées, le chiffre est rattaché au ministère de la Santé ou à l’INPES, sans renvoi à un calcul, et je n’ai pas retrouvé la base de cette extrapolation. Le rapport de 2000 ne permet pas de la reconstituer, puisque ses résultats ne sont pas représentatifs. Le bulletin EPAC le plus récent, publié en août 2024 sur les données 2021, repose sur six services d’urgences et 48 908 recours enregistrés.


Trois écarts entre le chiffre cité et ce qu’il compte

Il agrège le bricolage et le jardinage. Les deux activités sont comptées ensemble dans le rapport, et rien ne permet de les séparer. Et la différence compte : dans le classement des causes, la tronçonneuse arrive en deuxième position, et on n’élague pas un cerisier en refaisant une cloison.

Il compte des passages aux urgences. Dans les mêmes données, 26,1 % de ces cas sont classés bénins. Un doigt écrasé qu’on fait radiographier par prudence entre dans les 300 000 au même titre qu’une chute de toiture.

Il n’a pas de dénominateur. Un nombre de blessés ne dit rien du risque tant qu’on ne le rapporte pas à une population exposée. Le rapport ne dit pas combien de millions de personnes ont percé un mur cette année-là, et sans cette donnée, « 300 000 blessés » ne permet pas de conclure que bricoler est dangereux, ni le contraire.

Rien ne dit que le chiffre soit faux, mais on lui fait dire plus qu’il ne peut : impossible de fonder « rénover soi-même est une fausse bonne idée » sur un compteur qui mélange deux activités, ne distingue pas la gravité et n’a pas de base de comparaison.


Ce que la source dit vraiment, et qui vous sert

Le rapport publie les produits en cause dans les 2 164 accidents, et ce tableau peut vous servir directement sur votre chantier.

Produit en causeCasPart
Échelle, escabeau25711,9 %
Scie à chaîne1235,7 %
Outil994,6 %
Scie circulaire512,3 %
Toit502,3 %

Échelle, escabeau et toit cumulent 14,2 % des cas, plus que la scie à chaîne et la scie circulaire réunies, à 8,0 %. La hauteur passe donc avant la lame, et pour atteindre un point haut, il est tentant de monter sur ce qui traîne sous la main : une chaise, un carton, l’escabeau du placard.

Le reste des données porte sur les blessures : le membre supérieur est touché dans 48,1 % des cas, la tête dans 18,7 %. La plaie ouverte arrive en tête à tous les âges, autour de 46 % chez les 25-44 ans, une tranche d’âge qui compte pour 40,2 % des accidents, contre 32 % pour les 45-64 ans. Enfin, 86,6 % des victimes sont des hommes.

Avec l’âge, la gravité augmente nettement. Chez les 25-44 ans, 12,5 % des accidents finissent par une hospitalisation. Chez les 65 ans et plus, cette part monte à 37,7 %, avec une fracture dans 22,5 % des cas, contre 9,6 % chez les plus jeunes. Passé 65 ans, un accident de bricolage finit donc trois fois plus souvent à l’hôpital qu’entre 25 et 44 ans.

Le conseil Murmur : un escabeau n’est pas un poste de travail. Pour les salariés, le code du travail (article R. 4323-63) interdit de s’en servir comme tel, sauf impossibilité technique ou risque faible pour une tâche courte qui ne se répète pas, et l’INRS recommande à la place la plateforme individuelle roulante (PIR). Pour poser un faux plafond ou reprendre un point haut chez vous, cette règle ne s’impose pas à vous, mais elle reste un bon repère : préférez une PIR à la dernière marche d’un escabeau.


Hauteur, mains et travaux à confier : les consignes pour votre chantier

  1. Traitez la hauteur comme un poste à part entière. Avant de commander vos matériaux, listez les tâches qui se font en hauteur, à partir de 1,50 m, repère que je retiens et que l’étude ne fixe pas : faux plafond, luminaires, haut de cloison, rideaux, dessus de meubles hauts. Prévoyez l’équipement pour ces tâches-là, et regroupez-les sur la même journée pour ne pas improviser un empilement de cartons un soir de fatigue.
  2. Protégez vos mains : le membre supérieur concentre près d’une lésion sur deux. Prenez des gants adaptés à la tâche plutôt qu’une paire bonne à tout, et surtout gardez la règle qui vaut pour toutes les découpes : les deux mains derrière la lame, la pièce fixée, jamais tenue. Laissez tomber une chute de plaque plutôt que de la retenir, et ne tenez jamais un carreau à la main pendant la coupe.
  3. Sachez où votre chantier s’arrête. Ce tableau ne montre pas tous les risques graves d’un chantier de rénovation : l’effondrement d’un mur ou d’un plancher, l’électrisation et l’intoxication n’y figurent pas. Pour les éviter, confiez les travaux à risque à un professionnel. Un mur porteur se dépose après l’avis d’un bureau d’études, et refaire son électricité soi-même obéit à un cadre précis, Consuel et assurance compris.

Ces consignes dépendent aussi de l’ordre des travaux. Sur un chantier où les tâches en hauteur tombent au mauvais moment, sur un sol encombré, on retrouve toutes les circonstances du tableau. C’est une raison de plus de fixer l’ordre des étapes avant d’acheter quoi que ce soit, et de savoir lesquelles font partie des décisions qu’on ne rattrape pas.

Prévenez aussi votre assureur avant de commencer : un accident survenu pendant des travaux non déclarés risque d’être moins bien pris en charge. La démarche est décrite dans l’article sur la déclaration de vos travaux à l’assurance habitation.


Questions fréquentes

  • Il est rapproché de l’Enquête permanente sur les accidents de la vie courante (EPAC) de Santé publique France, dont le rapport consacré au bricolage et au jardinage porte sur l’année 2000. Ce rapport ne contient nulle part le nombre de 300 000 : il enregistre 2 164 accidents sur 40 107 accidents de la vie courante, soit 5,4 %, aux urgences de six hôpitaux. Les pages d’assureurs consultées rattachent le chiffre national au ministère de la Santé ou à l’INPES, sans que j’aie retrouvé le calcul qui le fonde.
  • Non. Il agrège le bricolage et le jardinage sans qu’on puisse les séparer, alors que la tronçonneuse arrive en deuxième cause. Il compte des passages aux urgences, dont 26,1 % sont classés bénins. Et il n’a pas de dénominateur : sans savoir combien de personnes ont bricolé cette année-là, un nombre de blessés ne mesure aucun risque.
  • La hauteur. Dans les données EPAC, l’échelle et l’escabeau représentent 11,9 % des cas et le toit 2,3 %, soit 14,2 % pour ces deux lignes, contre 8,0 % pour la scie à chaîne et la scie circulaire réunies. La scie à chaîne suit à 5,7 % et la scie circulaire à 2,3 %.
  • Le membre supérieur dans 48,1 % des cas et la tête dans 18,7 %. La plaie ouverte domine à tous les âges, autour de 46 % chez les 25-44 ans. D’où l’intérêt de gants adaptés à la tâche et de la règle des deux mains derrière la lame, sur une pièce fixée.
  • Non, et la gravité change davantage que la fréquence. Chez les 25-44 ans, 12,5 % des accidents donnent lieu à une hospitalisation et 9,6 % à une fracture. Chez les 65 ans et plus, ces parts montent à 37,7 % et 22,5 %.

En résumé : équipez-vous pour la hauteur et protégez vos mains

Le chiffre de 300 000 accidents circule, mais l’enquête à laquelle on le rapporte compte des passages aux urgences pour bricolage et jardinage, dont plus d’un quart sont classés bénins, sans qu’on sache combien de personnes ont bricolé cette année-là. Ce chiffre ne dit donc pas que rénover soi-même est dangereux. Ce que la source dit, en revanche, se met en pratique : la hauteur passe avant les lames, le membre supérieur est touché dans près d’une lésion sur deux, et la gravité augmente avec l’âge. Une plateforme roulante et une paire de gants répondent déjà aux deux risques qui reviennent le plus dans ces données. Pour le reste, sachez quels travaux confier à un professionnel.

Dans Murmur, chaque chantier liste son outillage et ses équipements de protection à côté des matériaux, sans prix et hors du total, et la pose guidée suit des étapes numérotées, presque toutes avec un conseil pour débutant.


Les sources

Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.

Application Murmur

L’outillage et les protections listés pour chaque chantier

Murmur chiffre les matériaux de votre chantier, liste à côté l’outillage et les équipements de protection sans les compter dans le budget, puis déroule la pose en étapes numérotées.

Cet article peut servir à quelqu’un qui attaque le même chantier.

À lire ensuite

Les étapes de votre chantier, dans l’ordre

Vous venez de lire dans quel ordre poser. Murmur garde cet ordre pour votre chantier : il chiffre les travaux, sort la liste de matériaux, puis guide la pose étape par étape. Compte gratuit, sur ordinateur et sur Android, bientôt sur iPhone.

Estimation gratuite, sans compteEstimer mes travaux