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RÉGLEMENTATIONLecture : 15 min
Publié le 28 juillet 2026

A-t-on le droit de refaire son électricité soi-même ?

Le tableau est neuf, les seize circuits sont repérés au marqueur, la terre descend jusqu’au piquet. Vous appelez le fournisseur pour la mise en service, et la réponse tombe : sans attestation de conformité visée, personne ne remettra le courant. Refaire son électricité soi-même n’était pas le problème. Remettre l’installation sous tension en est un, et il coûte trois semaines de délai.

La question se pose presque toujours à l’envers. On cherche à savoir si le geste est interdit, alors que la loi française ne dit à peu près rien du geste. Deux documents verrouillent ailleurs : le décret n° 72-1120 du 14 décembre 1972, qui commande le raccordement au réseau public, et votre contrat d’assurance, qui décide qui paiera les dégâts.

Voici ce qu’un particulier peut refaire chez lui, où ce droit s’arrête, ce que le Consuel contrôle et à quel moment il devient obligatoire, ce que couvre l’assurance habitation, et les 144,67 € que personne ne met dans son budget de départ. Tout cela se tranche au cadrage, avant le premier achat : la séquence complète du chantier est décrite dans l’article sur l’ordre idéal pour rénover sa maison soi-même.


1. Refaire son électricité soi-même : ce que la loi autorise

Il n’existe aucun monopole de l’électricien sur les travaux réalisés dans son propre logement. La qualification professionnelle exigée par l’article 16 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 et par le décret n° 98-246 du 2 avril 1998 encadre l’exercice d’une activité, c’est-à-dire l’installation, l’entretien ou la réparation pour le compte d’autrui. Chez vous, sur votre bien, vous n’exercez aucune activité artisanale.

Trois conditions accompagnent cette liberté, et elles se vérifient avant le premier achat :

  1. Vous intervenez sur votre propre logement. Locataire, vous restez libre des travaux d’entretien et d’amélioration, mais la transformation du logement suppose l’accord écrit du bailleur, posé par l’article 7 f de la loi du 6 juillet 1989. Ajouter un circuit et refaire l’intégralité des réseaux ne relèvent pas du même régime.
  2. Vous ne facturez rien à personne. Câbler l’appartement d’un ami contre paiement vous fait basculer dans l’activité réglementée, avec les sanctions qui vont avec.
  3. L’installation obtenue est conforme. La référence est la norme NF C 15-100, qui fixe les sections de conducteur, les protections, le nombre de socles par pièce et le découpage en volumes des pièces d’eau. Le dimensionnement circuit par circuit est détaillé dans l’article sur la norme NF C 15-100 et le nombre de circuits au tableau.

Votre liberté porte donc sur la main qui tient l’outil, jamais sur le résultat. Aucun contrôleur ne vous demandera un diplôme : il mesurera la valeur de votre prise de terre et la sensibilité de vos interrupteurs différentiels 30 mA.


2. Où ce droit s’arrête net

Le gaz part au professionnel

L’arrêté du 23 février 2018, modifié par celui du 4 mars 2021, impose un certificat de conformité (CC) pour toute installation intérieure de gaz neuve, modifiée ou complétée. Un particulier peut établir et signer cette demande pour les travaux qu’il a réalisés, mais il ne peut pas la viser : elle doit être validée par l’un des trois organismes agréés, Qualigaz, Dekra ou Copraudit, et l’absence d’appellation Professionnel du Gaz (PG) déclenche une visite de contrôle systématique. Sans ce certificat, GRDF ne pose ni ne remet en service le compteur.

La lettre du texte vous laisse donc une porte. Murmur vous conseille de ne pas la prendre. Une fuite de courant déclenche un différentiel 30 mA en quelques millisecondes ; une fuite de gaz remplit une pièce en silence et attend une étincelle. Sur ce poste, l’auto-rénovation s’arrête à la fermeture du robinet, et le devis d’un PG est le moins discutable de tout le chantier.

Tout ce qui est en amont du disjoncteur de branchement

Le câble d’alimentation, le compteur et le disjoncteur de branchement appartiennent au gestionnaire du réseau de distribution, Enedis dans la très grande majorité des communes. Votre domaine commence à la sortie de ce disjoncteur, pas avant. En copropriété, la colonne montante relève du même régime : elle est partie commune ou propriété du gestionnaire, et le palier n’est pas votre chantier.


3. Le Consuel : ce qu’il contrôle, et quand il devient obligatoire

Le Comité national pour la sécurité des usagers de l’électricité (CONSUEL) est l’organisme agréé qui vise l’attestation de conformité prévue par le décret n° 72-1120 du 14 décembre 1972. Sans ce visa, le distributeur ne met pas l’installation sous tension. C’est la seule barrière bloquante de tout le parcours.

Les trois cas qui déclenchent l’obligation

  1. L’installation neuve, dans une construction ou une extension jamais raccordée.
  2. La rénovation totale, c’est-à-dire une installation refaite dans son intégralité. L’inspecteur applique alors le même référentiel que pour du neuf.
  3. La rénovation partielle qui a nécessité une coupure par le distributeur. Dès qu’il a coupé ou déposé le compteur, il ne remet pas sous tension sans attestation visée. C’est le cas type du logement inoccupé depuis des années, dont le compteur a été retiré.

L’attestation prévue par le décret de 1972 est établie et signée par l’auteur des travaux, sous sa responsabilité. En auto-rénovation, l’auteur des travaux, c’est vous : vous signez le Cerfa, et vous répondez de ce que vous y déclarez.

Le bon formulaire et son prix

Quatre Cerfa coexistent, et se tromper de couleur coûte un dossier :

  • Jaune, l’installation domestique : logement, dépendances, garage, abri de jardin, éclairage extérieur.
  • Bleu, la production d’électricité sans stockage, typiquement le photovoltaïque en injection.
  • Violet, la production avec stockage sur batterie.
  • Vert, les installations non domestiques, parties communes d’immeuble et locaux recevant du public.

Une maison neuve équipée de panneaux demande deux attestations, une jaune et une bleue : il n’existe pas de formulaire combiné.

Côté budget, les tarifs 2026 en format électronique pour un non-professionnel en métropole s’établissent à 144,67 € TTC pour le jaune, 76,37 € pour le vert, 201,17 € pour le bleu et 230,32 € pour le violet, visite de contrôle comprise. Une seconde visite, après non-conformité, est facturée 233,62 € TTC.

Le délai, et ce que l’inspecteur regarde

Le dossier doit parvenir à l’organisme au moins vingt jours avant la date prévue de mise sous tension. La visite est ensuite fixée entre 10 et 20 jours après réception du dossier. Pour un particulier auteur de ses propres travaux, elle est quasi systématique : le contrôle par sondage statistique s’applique aux entreprises qui déposent des dossiers en série, pas à un dossier isolé.

L’inspecteur ne juge pas la propreté de votre câblage. Il cherche ce qui peut électriser quelqu’un : la présence et la valeur de la prise de terre, les interrupteurs différentiels 30 mA en tête de rangée, les sections de conducteur face aux calibres de disjoncteur, la liaison équipotentielle de la salle de bain, le respect des volumes 0, 1 et 2 d’une pièce d’eau autour de la baignoire et de la douche, et l’accessibilité du tableau dans la gaine technique.

Le conseil Murmur : déposez le dossier Consuel quand il vous reste trois semaines de travail, pas quand la dernière prise est vissée. Les vingt jours de délai courent en parallèle de votre chantier ou après lui, et c’est vous qui décidez lequel. Le formulaire ne demande que la surface, la puissance de raccordement et le nombre de circuits, trois chiffres que vous connaissez dès le plan.


4. Rénovation partielle : la ligne exacte

Ajouter des socles de prise, tirer un circuit spécialisé 20 A, remplacer un tableau sans que le distributeur intervienne : aucune démarche, aucune attestation, aucun contrôle. Vous coupez au disjoncteur de branchement, vous travaillez hors tension, vous contrôlez chaque conducteur au vérificateur d’absence de tension (VAT), vous refermez et vous réarmez.

La bascule tient à un seul événement : la coupure ou la dépose du compteur par le distributeur. C’est elle qui transforme une rénovation partielle en dossier Consuel, quel que soit le volume de travaux que vous avez réalisé.

Rien ne vous empêche, à l’inverse, de demander une attestation là où elle n’était pas exigée : elle précise alors les circuits qu’elle couvre. Ce document coûte les 144,67 € du Cerfa jaune et vaut, à la revente, tous les discours sur la qualité du travail.

Règle d’or : le droit de poser vous-même ne vous dispense d’aucune des obligations qui pèsent sur un professionnel, il vous prive seulement de son assurance.


5. La plomberie soi-même : même liberté, aucun garde-fou

Il n’existe pas de Consuel de la plomberie. Aucun organisme ne viendra viser votre réseau d’eau, et aucun texte ne conditionne l’ouverture du robinet à un contrôle. Les DTU 60.1 et 60.11, qui fixent les règles de mise en œuvre et le calcul des diamètres, sont des documents contractuels entre professionnels : ils ne s’imposent pas à un particulier, mais ils restent le référentiel que l’expert ouvrira le jour d’un litige.

Deux limites subsistent. Le compteur d’eau et le robinet d’arrêt situé en amont appartiennent au service d’eau, comme le disjoncteur de branchement appartient à Enedis. Et en copropriété, les colonnes montantes d’eau froide et d’eau chaude sont parties communes.

Le risque, ici, n’est pas administratif. Un raccord à sertir mal comprimé derrière une cloison fermée met plusieurs semaines à se manifester, et il se manifeste d’abord au plafond du voisin du dessous. Le choix du tube et de la méthode de raccordement se fait avant l’achat de la pince, comme le détaille le comparatif PER ou multicouche.


6. Ce que votre assurance couvre, et ce qu’elle ne couvre pas

Commençons par évacuer l’inquiétude la plus répandue : votre multirisque habitation (MRH) couvre l’incendie et le dégât des eaux quelle que soit la main qui a posé le câble ou serti le raccord. Aucun contrat standard n’exige que les travaux électriques aient été confiés à une entreprise, et poser soi-même ne vide pas la garantie.

Trois mécanismes peuvent malgré tout faire tomber l’indemnisation.

  1. La déclaration inexacte du risque. Les articles L. 113-8 et L. 113-9 du code des assurances distinguent la fausse déclaration intentionnelle, qui annule le contrat, et l’omission de bonne foi, qui réduit l’indemnité en proportion de la prime que vous auriez dû payer. Une rénovation lourde des réseaux se signale à l’assureur, en une ligne, avant les travaux.
  2. L’exclusion contractuelle. Beaucoup de contrats couvrent les conséquences du sinistre sans couvrir l’ouvrage fautif lui-même. Le plafond noirci est indemnisé, le circuit qui a chauffé ne l’est pas. Relisez les exclusions, elles tiennent en une page.
  3. L’absence de preuve. L’expert cherche l’origine du sinistre. Sans attestation, sans facture de matériel, sans photo des murs ouverts, vous n’avez rien à opposer à sa conclusion.

Il manque surtout une ligne que personne ne mentionne. Vous n’avez pas de garantie décennale. Un professionnel en a une, et son assureur répond des désordres pendant dix ans. En posant vous-même, vous êtes votre propre constructeur : si vous vendez dans les dix années qui suivent, l’article 1792-1 du code civil vous assimile au constructeur vis-à-vis de l’acquéreur, et c’est vous qui répondrez d’un désordre affectant la solidité ou la destination de l’ouvrage. L’assurance dommages-ouvrage n’est pas obligatoire pour un auto-constructeur, et elle reste très difficile à souscrire sans décennale en face.

Ce qui vous protège n’est donc pas un contrat, c’est un dossier : l’attestation Consuel visée, les factures de matériel aux normes NF ou CE, le schéma du tableau, les photos des murs ouverts avant fermeture. Ce sont les pièces que réclame le carnet d’information du logement : collectées une fois, elles servent trois fois.


7. Ce que refaire son électricité soi-même vous coûte en euros

Poser vous-même économise la main-d’œuvre et fait perdre presque toute la fiscalité favorable. Les taux réduits de TVA à 10 % et à 5,5 % s’appliquent à une facture d’entreprise, et au seul matériel que cette entreprise fournit elle-même. Les fournitures que vous achetez en négoce ou en grande surface de bricolage sortent à 20 %, sans exception.

L’ordre de grandeur se calcule vite. Sur 5 000 € hors taxes de câbles, gaines, appareillage et tubes, la facture passe de 5 500 € à 6 000 € selon que le matériel est fourni par une entreprise à 10 % ou acheté par vous à 20 %. Cinq cents euros d’écart, à mettre en face de la main-d’œuvre que vous économisez. MaPrimeRénov’ et les certificats d’économie d’énergie se ferment de la même manière : ils supposent une entreprise RGE et une facture à son nom. Le détail des cas de figure est dans l’article sur les aides et la TVA réduite en auto-rénovation.

Ajoutez enfin les 144,67 € du Consuel et une provision pour la contre-visite à 233,62 €, qui n’a rien d’exceptionnel sur un premier chantier. Ces deux lignes entrent dans la marge d’aléas, aux côtés des reprises et des oublis que recense l’article sur les erreurs qui plombent un budget d’auto-rénovation : l’estimateur de marge d’imprévus la dimensionne avant que le budget soit figé.


8. Quand appeler un professionnel, sans discuter

  • Toute intervention sur le gaz. La loi vous laisse le droit de poser vous-même et de faire viser le certificat par Qualigaz, Dekra ou Copraudit. Confiez-la quand même à un Professionnel du Gaz : c’est le seul poste du chantier où l’erreur ne prévient pas.
  • Tout ce qui se situe en amont du disjoncteur de branchement : câble d’alimentation, compteur, colonne montante en copropriété.
  • Un logement construit avant le 1er juillet 1997 pour l’amiante, avant 1949 pour le plomb. Une saignée traverse ce qu’elle traverse, et le diagnostic passe avant la disqueuse.
  • Une installation dont vous ignorez l’historique : circuits sans conducteur de terre, isolant qui s’effrite au toucher, tableau à fusibles en porcelaine.
  • Une prise de terre absente ou impossible à mesurer. Tout le reste de la protection des personnes repose dessus.

Questions fréquentes

Faut-il obligatoirement un électricien pour changer un tableau électrique ?

Non. Remplacer un tableau dans son propre logement est autorisé, à condition de respecter la norme NF C 15-100 et de travailler hors tension. L’attestation Consuel ne devient obligatoire que si le distributeur a coupé ou déposé le compteur pour permettre l’intervention, ou si l’installation est refaite en totalité.

Le Consuel est-il obligatoire si je refais l’électricité d’une seule pièce ?

Non, tant que le distributeur n’intervient pas. Une rénovation partielle réalisée après coupure au disjoncteur de branchement ne déclenche aucune démarche. L’attestation redevient obligatoire dès que le compteur a été déposé ou l’alimentation coupée par le gestionnaire du réseau, quel que soit le volume de travaux réalisé.

Mon assurance peut-elle refuser de m’indemniser si j’ai refait mon installation électrique moi-même ?

Poser soi-même n’est pas un motif de refus en soi. L’indemnisation tombe pour trois raisons : une déclaration inexacte du risque au sens des articles L. 113-8 et L. 113-9 du code des assurances, une exclusion contractuelle portant sur l’ouvrage fautif, ou l’impossibilité de prouver ce que vous avez posé.

Faire sa plomberie soi-même est-il légal ?

Oui, aucune attestation ni contrôle ne s’applique au réseau d’eau intérieur d’un logement. Le compteur et le robinet d’arrêt amont restent la propriété du service d’eau, et les colonnes montantes sont parties communes en copropriété. Les DTU 60.1 et 60.11 servent de référence en cas d’expertise après sinistre.

Que se passe-t-il si je vends une maison dont j’ai refait l’électricité moi-même ?

Vous répondez des désordres pendant dix ans : l’article 1792-1 du code civil assimile au constructeur le vendeur d’un ouvrage qu’il a réalisé. Sans décennale ni dommages-ouvrage, la réparation reste à votre charge. L’attestation Consuel visée et le dossier de travaux sont vos seuls éléments de preuve.


En résumé : le droit de faire, l’obligation de prouver

Refaire son électricité soi-même est légal en France, et refaire sa plomberie aussi. Ce qui n’est pas libre, c’est le raccordement au réseau : attestation visée par le Consuel dès que le distributeur a coupé, certificat visé par un organisme agréé pour le gaz, et sur ce dernier poste le devis d’un Professionnel du Gaz reste le meilleur achat du chantier. Le reste tient dans une phrase : vous héritez des obligations d’un professionnel sans hériter de son assurance.

Comptez donc trois choses dès le cadrage, avant le premier achat : les 144,67 € du Consuel et ses vingt jours de délai, la perte de la TVA réduite sur vos fournitures, et le dossier de preuves que vous constituerez au fil des murs ouverts.

Dans Murmur, le dépôt du dossier Consuel se pose comme une étape datée du chantier, calée trois semaines avant la mise sous tension que vous visez, et la fermeture des cloisons reste bloquée tant que les photos des réseaux encastrés ne sont pas prises.


Pour aller plus loin

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