La fenêtre est posée depuis samedi, elle ferme au doigt, le double vitrage est irréprochable. Et le premier soir de vent d’ouest, la flamme du briquet se couche en bas du dormant, à gauche, toujours au même endroit. Trois mois plus tard, une trace brune apparaît sur le tableau intérieur, sous l’appui.
Poser une fenêtre en rénovation ne se joue pas sur la menuiserie, qui arrive réglée d’usine, mais sur le vide de quelques millimètres qui l’entoure. Ce vide porte deux étanchéités différentes, dans deux plans différents, et c’est là que se décide la différence entre une fenêtre qui tient trente ans et une fenêtre qu’il faudra rouvrir. Voici comment choisir le mode de pose, puis comment traiter ce vide.
Poser une fenêtre en rénovation : trois poses, une seule irréversible
Le vocabulaire du devis recouvre trois chantiers qui n’ont ni la même durée, ni les mêmes conséquences.
- La dépose totale. On retire l’ouvrant et le dormant jusqu’au gros œuvre, on reprend le tableau, l’appui et la finition intérieure. C’est le seul mode qui supprime l’ancien cadre, donc le seul qui conserve la surface vitrée d’origine et qui traite le pont thermique du dormant existant.
- La pose en rénovation, ou pose sur dormant conservé. Le nouveau dormant vient se visser sur l’ancien, qui reste scellé dans le mur. Rien à casser, une journée pour deux fenêtres, mais deux cadres superposés au lieu d’un.
- La pose en applique. Le dormant se plaque contre l’intérieur du mur, dans l’épaisseur du doublage. Elle ne concerne pas une simple substitution de menuiserie, mais un chantier où l’isolation des murs par l’intérieur est refaite en même temps, et elle se décide donc avec l’épaisseur du complexe isolant.
Le chiffre qui tranche entre les deux premiers est le clair de jour, c’est-à-dire la partie réellement vitrée. Conserver l’ancien dormant coûte de 2 à 4 cm en largeur et autant en hauteur. Sur une fenêtre de 1,20 m par 1,00 m, passer à 1,17 m par 0,97 m fait perdre un peu plus de 5 % de surface vitrée, et l’effet se voit surtout dans une pièce qui n’a qu’une ouverture. Dans un studio ou un T2, où chaque fenêtre éclaire deux usages, c’est un arbitrage de confort autant que de budget.
Ce qui décide, c’est l’état du dormant que vous gardez
La pose sur dormant conservé n’est pas un raccourci : c’est un choix qui suppose que l’ancien cadre soit encore un support. Quatre vérifications, dans cet ordre, avant de commander quoi que ce soit.
- La solidité du bois. Enfoncez la pointe d’un poinçon ou d’un tournevis fin dans la traverse basse, à l’angle, côté extérieur. Si elle s’enfonce sans effort, le bois est attaqué et le dormant ne tiendra pas les vis d’une menuiserie neuve.
- Le scellement. Un dormant qui bouge quand on pousse dessus, ou dont les pattes de fixation sont visibles et corrodées, se dépose, il ne se recouvre pas.
- L’aplomb et les diagonales. Mesurez les deux diagonales du dormant existant. Un écart supérieur à quelques millimètres se retrouvera intégralement dans la fenêtre neuve, qui ne peut pas être plus d’équerre que ce sur quoi elle se visse.
- La largeur d’aile disponible. Le nouveau dormant a besoin d’une portée continue sur l’ancien. Un dormant ancien très étroit, ou raboté par des décennies de peinture, ne l’offre pas partout.
Un seul de ces quatre points au rouge et la décision est prise à votre place : ce sera une dépose totale, avec la reprise de plâtrerie et l’appui qui vont avec. C’est une décision de calendrier autant que de technique, parce qu’elle ajoute une finition intérieure au chantier, et les délais de fabrication d’une menuiserie sur mesure se comptent en semaines, un des ressorts décrits dans l’article sur les causes réelles d’un planning qui saute.
Les trois barrières, et pourquoi la bombe de mousse n’en est aucune
C’est le cœur du sujet, et la partie que presque tous les tutoriels escamotent. Le NF DTU 36.5 P1-1, publié en avril 2010 et aujourd’hui en réexamen à l’AFNOR, décrit le calfeutrement du joint périphérique en trois barrières superposées, chacune avec un rôle distinct :
- Le joint intérieur assure l’étanchéité à l’air. C’est lui qui empêche l’air chaud et humide du logement de traverser le joint et d’aller condenser au contact du froid.
- L’isolation centrale remplit le vide entre le dormant et la maçonnerie : mousse imprégnée précomprimée, ou fond de joint associé à un isolant. Elle traite le pont thermique et l’acoustique.
- Le joint extérieur est la barrière de pluie. Il encaisse l’eau et le vent, et il est conçu pour être exposé aux ultraviolets.
Le fond de joint, en polyéthylène ou en polyuréthane, n’est pas facultatif : sans lui, le mastic adhère sur trois faces au lieu de deux, ne peut plus travailler avec les dilatations et se déchire au premier hiver.
Règle d’or : l’étanchéité à l’air se traite à l’intérieur, l’étanchéité à l’eau à l’extérieur, et jamais un seul cordon ne fait les deux.
Quant à la mousse polyuréthane en bombe, elle est explicitement écartée par le NF DTU 36.5 comme calfeutrement d’étanchéité à l’air et à l’eau. Elle n’est pas non plus un moyen de fixation : elle n’a pas la rigidité nécessaire et elle se rétracte au fil des saisons. Elle garnit, elle cale provisoirement, elle ne remplace rien.
Le calage et les fixations, en quatre valeurs à respecter
Ce sont les seules cotes de la pose, et elles se vérifient au mètre et au niveau, pas à l’œil.
- Des cales de 5 mm minimum en partie basse, posées au droit des montants, des dormants et des meneaux, pour que la menuiserie repose sur des points durs et non sur son mastic.
- Un entraxe de fixation de 800 mm au maximum sur tout le périmètre, sans exception sur les grandes largeurs.
- Une fixation à moins de 100 mm de chaque angle, ainsi qu’au droit des points de verrouillage et des axes de rotation : ce sont les endroits où l’ouvrant tire sur le cadre.
- Aucun percement traversant vertical de la traverse basse ni du seuil. Ces profils contiennent la chambre de drainage qui évacue l’eau infiltrée dans la feuillure. Une vis qui la traverse fait entrer l’eau dans le logement, et le défaut ne se voit qu’à la première pluie battante de face.
Le conseil Murmur : avant le serrage définitif, mesurez les deux diagonales du dormant neuf et faites-les correspondre au millimètre, puis ouvrez et refermez l’ouvrant à mi-course. S’il part tout seul dans un sens, le cadre est vrillé : c’est le moment de le reprendre, pas après le calfeutrement. Repérez ensuite les trous de drainage de la traverse basse et notez-les sur une photo, vous saurez quoi déboucher dans cinq ans quand une flaque apparaîtra dans la feuillure.
L’eau qui entre par le bas, et l’appui qui la laisse entrer
Une fenêtre neuve posée sur un appui usé fuit exactement comme l’ancienne. L’appui de baie doit présenter une pente vers l’extérieur, un rejingot, c’est-à-dire le relief qui bloque l’eau avant qu’elle ne remonte sous le dormant, et un rejet d’eau en nez de dalle qui décolle la goutte de la façade.
Trois défauts fréquents dans l’ancien, et aucun ne se corrige au mastic : une pente inversée par le tassement du bâti, un rejingot arasé lors d’un ravalement, un nez d’appui cassé qui laisse l’eau ruisseler sur la façade et remonter par capillarité. La réponse est une bavette d’appui métallique, qui vient recouvrir l’appui existant et reconstituer la pente et le rejet d’eau. Elle se commande avec la menuiserie, à ses dimensions, pas après coup.
Le classement AEV, la seule ligne du devis qui parle d’étanchéité
Une menuiserie porte un classement en trois lettres, issu de trois normes européennes : AEV, pour air, eau, vent. La NF EN 12207 note la perméabilité à l’air de A*1 à A*4, la NF EN 12208 l’étanchéité à l’eau de E*1 à E*9, avec un suffixe A ou B selon la méthode d’essai, et la NF EN 12210 la résistance au vent, en classes chiffrées assorties d’une lettre A, B ou C pour la flèche admissible.
Le classement requis dépend de l’exposition : hauteur du bâtiment, région de vent, position sur la façade. Un premier étage protégé par un balcon et un huitième étage face à l’ouest ne demandent pas la même menuiserie, et c’est la seule ligne du devis qui le dit. Un vendeur qui ne sait pas vous donner le classement AEV du modèle proposé ne sait pas non plus ce qu’il vend.
Poser vous-même : ce que cela ferme, et ce que cela ouvre
Trois conséquences, à connaître avant de commander la menuiserie.
- Les aides passent par une entreprise. MaPrimeRénov’, les certificats d’économies d’énergie et l’éco-prêt à taux zéro exigent tous une facture d’entreprise certifiée RGE. Le détail du mécanisme, et les trois leviers qui restent malgré tout accessibles, sont dans l’article sur les aides financières en auto-rénovation.
- L’aspect extérieur ne vous appartient pas. Remplacer une fenêtre en modifiant sa teinte, son matériau ou son dessin change l’aspect extérieur du bâtiment. En copropriété, cette autorisation relève de l’assemblée générale à la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965, et des travaux réalisés sans elle peuvent donner lieu à une remise en état. En maison, c’est une déclaration préalable en mairie, dont les cas sont détaillés dans l’article sur les travaux à déclarer.
- La garantie du produit reste, celle de la pose disparaît. Le fabricant garantit la menuiserie, personne ne garantit votre calfeutrement. C’est précisément pour cela que les trois barrières valent d’être faites dans l’ordre.
Où la fenêtre cesse d’être un chantier de menuiserie
- Agrandir la baie. Élargir une ouverture existante touche à la structure, et cette décision sort du champ de l’auto-rénovation : elle passe par une étude, comme l’explique l’article sur les signes qui imposent d’arrêter avant d’abattre un mur.
- Une allège basse. Une ouverture dont l’allège descend sous la hauteur de protection réglementaire impose un garde-corps, qui se dimensionne et se fixe dans le gros œuvre.
- Les grandes portes-fenêtres et les coulissants. Le poids d’un vantail vitré se manipule à deux, avec des ventouses, et une chute se solde par un vitrage à recommander et six semaines de délai.
- Un bâti antérieur au 1er juillet 1997. La dépose totale attaque le tableau et l’enduit : le repérage amiante avant travaux précède le premier outil, jamais l’inverse.
Questions fréquentes
- La dépose totale dès que l’ancien dormant est abîmé, désaffleuré ou mal scellé, et dès que la lumière compte dans la pièce. La pose sur dormant conservé quand le cadre existant est sain, d’équerre et solidement scellé : elle évite toute reprise de plâtrerie, au prix de 2 à 4 cm de clair de jour en largeur et en hauteur.
- Non, ni comme étanchéité, ni comme fixation. Le NF DTU 36.5 ne la tolère pas pour le calfeutrement à l’air et à l’eau, et elle n’a pas la rigidité d’une fixation mécanique : elle se rétracte au fil des saisons. Le joint périphérique se traite en trois barrières, avec un fond de joint et des mastics adaptés à chaque face.
- Le NF DTU 36.5 impose un entraxe de 800 mm au maximum entre deux fixations, une fixation à moins de 100 mm de chaque angle, et des fixations au droit des points de verrouillage et des axes de rotation. Une fenêtre de 1,20 m de large demande donc au minimum deux points par montant, pas un seul au milieu.
- Oui dès que l’aspect extérieur change : teinte, matériau, dessin des vantaux ou type d’ouverture. L’autorisation se vote en assemblée générale à la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Sans elle, les travaux sont irréguliers et le syndicat peut exiger une remise en état.
- Non. MaPrimeRénov’, les CEE et l’éco-PTZ exigent une facture d’entreprise certifiée RGE, quel que soit le soin apporté à la pose. Un ticket de caisse de menuiserie n’ouvre aucun droit. Reste l’option de confier ce seul lot à une entreprise, ce qui fait aussi basculer sa TVA.
En résumé : la fenêtre est réglée, le joint ne l’est pas
Le briquet qui se couche en bas du dormant ne signale pas une mauvaise fenêtre, il signale une barrière manquante. Choisissez d’abord le mode de pose à partir de l’état réel du dormant existant, en acceptant les 2 à 4 cm de clair de jour que coûte la solution rapide. Calez à 5 mm minimum, fixez tous les 800 mm et à 100 mm des angles, ne percez jamais la traverse basse de part en part, et traitez le joint périphérique en trois barrières distinctes plutôt qu’en un cordon de mousse.
Dans Murmur, la pose des menuiseries arrive après la validation du mode de pose et avant la reprise des tableaux : tant que le choix dépose totale ou dormant conservé n’est pas tranché, l’étape de finition intérieure de la pièce reste bloquée, parce que ce sont deux chantiers de plâtrerie différents.
Les sources
- La fiche de la norme NF DTU 36.5 P1-1, mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures, publiée le 1er avril 2010, Norm’Info, AFNOR.
- Les détails de la norme DTU 36.5 pour les poses de fenêtres, calage et calfeutrement, Würth.
- Le DTU 36.5 : entraxes de fixation, jeux et barrières d’étanchéité, Alobees.
- Copropriété : travaux et aménagements dans l’appartement du propriétaire occupant, service-public.gouv.fr.
- L’article 25 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, Légifrance.
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Dans Murmur, le mode de pose se tranche avant la commande, et la finition des tableaux reste bloquée tant qu’il ne l’est pas.
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