Le premier soir de vent d’ouest, la flamme d’un briquet tenu au bas du dormant neuf se couche, à gauche, toujours au même endroit. La fenêtre ferme pourtant au doigt, et au bout de trois mois une trace brune apparaît sur le tableau intérieur, sous l’appui.
Quand on pose une fenêtre en rénovation, la menuiserie arrive réglée d’usine, et l’essentiel du travail porte sur le vide de quelques millimètres qui l’entoure. Ce vide reçoit deux étanchéités, l’une côté intérieur contre l’air, l’autre côté extérieur contre la pluie. Avant d’en arriver là, il faut choisir le mode de pose, d’après l’état du dormant existant.
Poser une fenêtre en rénovation : dépose totale, dormant conservé ou applique
Derrière les mots du devis, il y a des chantiers qui n’ont ni la même durée ni les mêmes conséquences.
- La dépose totale. Vous retirez l’ouvrant et le dormant jusqu’au gros œuvre, puis vous reprenez le tableau, l’appui et la finition intérieure. En supprimant l’ancien cadre, elle conserve la surface vitrée d’origine et traite le pont thermique du dormant existant.
- La pose en rénovation, ou pose sur dormant conservé. Le nouveau dormant vient se visser sur l’ancien, qui reste scellé dans le mur. Il n’y a rien à casser et deux fenêtres se posent en une journée, mais vous gardez deux cadres superposés au lieu d’un.
- La pose en applique. Le dormant se plaque contre l’intérieur du mur, dans l’épaisseur du doublage. Elle se pratique surtout quand l’isolation des murs par l’intérieur est refaite en même temps que la menuiserie, et vous la choisissez donc en même temps que l’épaisseur de l’isolant et de sa plaque.

Entre les deux premiers, comparez le clair de jour, c’est-à-dire la partie réellement vitrée. En gardant l’ancien dormant, vous perdez de 2 à 4 cm en largeur et autant en hauteur. Sur une fenêtre de 1,20 m par 1,00 m, passer à 1,17 m par 0,97 m fait perdre un peu plus de 5 % de surface vitrée, et l’effet se voit surtout dans une pièce qui n’a qu’une ouverture. Dans un studio ou un T2, où une même fenêtre éclaire souvent deux espaces, le confort compte donc autant que le budget.
Vérifier l’état du dormant que vous gardez
Pour poser sur le dormant conservé, il faut que l’ancien cadre soit encore assez solide pour porter le neuf. Vérifiez-le dans cet ordre, avant de commander quoi que ce soit.
- La solidité du bois. Enfoncez la pointe d’un poinçon ou d’un tournevis fin dans la traverse basse, à l’angle, côté extérieur. Si elle s’enfonce sans effort, le bois est attaqué et le dormant ne tiendra pas les vis d’une menuiserie neuve.
- Le scellement. Si le dormant bouge quand vous poussez dessus, ou si ses pattes de fixation sont visibles et rouillées, il faudra le déposer entièrement.
- L’aplomb et les diagonales. Mesurez les deux diagonales du dormant existant. Un écart de plus de quelques millimètres se retrouvera tel quel dans la fenêtre neuve, puisqu’elle ne peut pas être plus d’équerre que le cadre sur lequel elle se visse.
- La largeur d’aile disponible. Le nouveau dormant doit reposer sur l’ancien sur tout son tour. Un dormant ancien très étroit, ou raboté par des décennies de peinture, ne le permet pas toujours.
Si un seul de ces points pose problème, vous n’avez plus vraiment le choix : ce sera une dépose totale, avec la reprise de plâtrerie et de l’appui qui va avec. Elle allonge aussi le chantier, puisqu’elle ajoute une finition intérieure. Demandez dès le devis le délai de fabrication d’une menuiserie sur mesure, car ce délai figure parmi les causes d’un planning de chantier qui saute.
Calfeutrer le joint périphérique sans bombe de mousse
Le NF DTU 36.5 P1-1, publié en avril 2010 et aujourd’hui en réexamen à l’AFNOR, demande de calfeutrer le joint qui fait le tour de la fenêtre en trois couches, chacune avec son rôle :
- Le joint intérieur assure l’étanchéité à l’air : il empêche l’air chaud et humide du logement de traverser le joint et d’aller se condenser au contact du froid.
- L’isolation centrale remplit le vide entre le dormant et la maçonnerie, avec une mousse imprégnée précomprimée, ou un fond de joint associé à un isolant. Elle limite les pertes de chaleur et le bruit.
- Le joint extérieur est la barrière de pluie. Il reçoit l’eau et le vent, et il doit résister aux ultraviolets.
Derrière le mastic, posez un fond de joint en polyéthylène ou en polyuréthane, obligatoire avec un mastic extrudé.
Retenez que l’air se bloque côté intérieur, et l’eau côté extérieur.
La mousse polyuréthane en bombe est écartée en toutes lettres par la norme pour l’étanchéité à l’air et à l’eau. Elle ne remplace pas non plus une fixation, car elle n’est pas assez rigide et elle se rétracte au fil des saisons. Au mieux, elle peut compléter l’isolation, sur la face intérieure de la menuiserie.
Calage et fixations : les cotes du NF DTU 36.5
Chacune de ces cotes se vérifie au mètre et au niveau.
- Des cales de 5 mm minimum en partie basse, posées au droit des montants, des dormants et des meneaux, sauf pour les portes extérieures.
- Un entraxe de fixation de 800 mm au maximum sur tout le périmètre.
- Une fixation à moins de 100 mm de chaque angle, ainsi qu’au droit des points de verrouillage et des axes de rotation.
- Aucun percement traversant vertical de la traverse basse ni du seuil. Ces profils contiennent la chambre de drainage qui évacue l’eau infiltrée dans la feuillure. Une vis qui la traverse laisse entrer l’eau dans le logement, et on ne s’en rend compte qu’à la première pluie battante de face.
Le conseil Murmur : avant le serrage définitif, mesurez les deux diagonales du dormant neuf et faites-les correspondre au millimètre, puis ouvrez et refermez l’ouvrant à mi-course. S’il part tout seul dans un sens, le cadre est vrillé : reprenez-le avant le calfeutrement. Repérez ensuite les trous de drainage de la traverse basse et photographiez-les : vous saurez quoi déboucher si, dans cinq ans, une flaque apparaît dans la feuillure.
Vérifier la pente et le rejingot de l’appui
Une fenêtre neuve posée sur un appui usé risque fort de fuir comme l’ancienne. Regardez donc l’appui avant de poser : l’eau doit s’écouler vers l’extérieur, sans remonter sous le dormant.
Dans l’ancien, on trouve souvent une pente inversée par le tassement du bâti, un rejingot arasé lors d’un ravalement, ou un nez d’appui cassé qui laisse l’eau ruisseler sur la façade et remonter par capillarité. Aucun de ces défauts ne se corrige au mastic. Il faut alors une bavette d’appui métallique, qui recouvre l’appui existant et redonne la pente et le rejet d’eau. Commandez-la de préférence avec la menuiserie, à ses dimensions.
Lire le classement AEV sur le devis
Chaque menuiserie porte un classement en trois lettres, AEV, pour air, eau, vent, qui renvoie à trois normes européennes. La NF EN 12207 note la perméabilité à l’air, de A*1 à A*4. La NF EN 12208 note l’étanchéité à l’eau, de E*1 à E*9 puis E750 et plus, avec un suffixe A ou B selon l’essai. La NF EN 12210, enfin, note la résistance au vent, en classes chiffrées assorties d’une lettre A, B ou C pour la flèche admissible.
Le classement qu’il vous faut dépend de l’exposition, c’est-à-dire de la hauteur du bâtiment, de la région de vent et de la place de la fenêtre sur la façade. Un premier étage protégé par un balcon et un huitième étage face à l’ouest ne demandent pas la même menuiserie : avant de signer, demandez le classement AEV du modèle proposé et comparez-le à votre exposition.
Poser vous-même : aides, copropriété et garantie
- Les aides passent par une entreprise. MaPrimeRénov’, les certificats d’économies d’énergie et l’éco-prêt à taux zéro exigent tous une facture d’entreprise certifiée RGE. Le guide des aides financières en auto-rénovation indique ce qui reste possible si vous posez vous-même.
- Changer l’aspect extérieur demande une autorisation. Remplacer une fenêtre en modifiant sa teinte, son matériau ou son dessin change l’aspect extérieur du bâtiment. En copropriété, cette autorisation relève de l’assemblée générale à la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965, et le syndicat peut exiger une remise en état des travaux faits sans elle. En maison, remplacer une fenêtre par un autre modèle se déclare en mairie : les cas sont détaillés dans l’article sur les travaux à déclarer.
- Vérifiez la garantie. Le fabricant garantit la menuiserie, mais lisez ses conditions avant de poser vous-même, et soignez chaque couche du calfeutrement.
Agrandir la baie, allège basse, grands vantaux, amiante : à confier
- Agrandir la baie. Élargir une ouverture existante touche à la structure, et ce n’est plus un chantier à mener seul : il faut une étude, et les signes qui imposent d’arrêter avant d’abattre un mur valent aussi pour une baie.
- Une allège basse. Si l’allège descend sous la hauteur de protection réglementaire, il faut un garde-corps, calculé pour l’ouverture et fixé dans le gros œuvre.
- Les grandes portes-fenêtres et les coulissants. Un vantail vitré se manipule à deux, avec des ventouses, et s’il tombe, il faut recommander le vitrage et attendre de nouveau le délai de fabrication.
- Un bâti antérieur au 1er juillet 1997. La dépose totale attaque le tableau et l’enduit : faites faire le repérage amiante avant de sortir le premier outil.
Questions fréquentes
- En général, la dépose totale s’impose dès que l’ancien dormant est abîmé, désaffleuré ou mal scellé, ou dès que la lumière compte dans la pièce. La pose sur dormant conservé convient quand le cadre existant est sain, d’équerre et bien scellé : elle évite toute reprise de plâtrerie, mais vous perdez 2 à 4 cm de clair de jour en largeur et en hauteur.
- Non, ni pour l’étanchéité, ni pour la fixation. Le NF DTU 36.5 ne l’admet pas pour le calfeutrement à l’air et à l’eau, et elle n’a pas la rigidité d’une fixation mécanique : elle se rétracte au fil des saisons. Le joint qui fait le tour de la fenêtre se traite en trois couches, avec un fond de joint derrière le mastic.
- Le NF DTU 36.5 impose un entraxe de 800 mm au maximum entre deux fixations, une fixation à moins de 100 mm de chaque angle, et des fixations au droit des points de verrouillage et des axes de rotation. Une fenêtre de 1,20 m sur 1,00 m demande donc au minimum deux points par montant et trois par traverse.
- Oui, dès que l’aspect extérieur change : teinte, matériau, dessin des vantaux ou type d’ouverture. L’autorisation se vote en assemblée générale à la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Sans elle, les travaux sont irréguliers et le syndicat peut exiger une remise en état.
- Non. MaPrimeRénov’, les CEE et l’éco-PTZ exigent une facture d’entreprise certifiée RGE, quel que soit le soin apporté à la pose. Un ticket de caisse de menuiserie n’ouvre aucun droit. Confier la pose seule à une entreprise ne fait passer au taux réduit de TVA que la main-d’œuvre : la fourniture achetée en magasin reste à 20 %.
En résumé : vérifiez le dormant existant, puis calfeutrez en trois couches
Choisissez d’abord le mode de pose d’après l’état réel du dormant existant, en sachant que la solution rapide vous fait perdre 2 à 4 cm de clair de jour. Calez à 5 mm minimum, fixez au plus tous les 800 mm et à moins de 100 mm des angles, ne percez jamais la traverse basse de part en part, et calfeutrez le joint en trois couches plutôt qu’avec un cordon de mousse.
Murmur ne chiffre pas la pose d’une fenêtre. Pour la menuiserie intérieure, en revanche, les portes, les lambris et les moulures se chiffrent avec le matériau que vous choisissez, et chaque fourniture s’ajoute à la liste de courses, que vous cochez au fil des achats.
Les sources
- La fiche de la norme NF DTU 36.5 P1-1, mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures, publiée le 1er avril 2010, Norm’Info, AFNOR.
- Les détails de la norme DTU 36.5 pour les poses de fenêtres, calage et calfeutrement, Würth.
- Le DTU 36.5 : entraxes de fixation, jeux et barrières d’étanchéité, Alobees.
- Copropriété : travaux et aménagements dans l’appartement du propriétaire occupant, service-public.gouv.fr.
Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.
La pose confiée, chiffrée à côté des matériaux
Dans Murmur, le chiffrage d’un chantier montre le coût des matériaux et, pour les travaux dont la pose est chiffrée, celui d’une pose confiée à un professionnel.

