La cloison est montée, d’aplomb, les joints sont invisibles. Six mois plus tard, une fissure part de l’angle du plafond et descend en diagonale sur trois rangs. Elle n’est pas due au plâtre : la cloison a été collée directement à la dalle et bloquée sous le plafond, et le bâtiment a bougé comme il bouge toujours.
Monter une cloison en carreaux de plâtre est l’ouvrage de plâtrerie le plus accessible qui soit. Pas de vis, pas de bandes à maroufler, un carreau se manipule seul. Toute la difficulté tient dans une seule idée, contre-intuitive quand on empile des blocs : cette cloison ne doit toucher le gros œuvre nulle part.
Voici ce qu’il faut acheter, la règle qui évite la fissure, et la méthode rang par rang.
Ce que vous achetez vraiment
Trois choses se décident en magasin, et deux se rattrapent mal.
- Le format. Le carreau courant fait 66 × 50 cm, soit 0,33 m² : comptez trois carreaux par mètre carré de cloison, plus la casse. Un modèle plus petit, en 40 × 50 cm, existe pour les coffrages et les petites reprises.
- L’épaisseur. Les fabricants proposent 5, 7 et 10 cm, parfois 8 cm en version hydrofugée. Le 5 cm se réserve aux coffrages et aux séparations de placard, le 7 et le 10 cm portent les cloisons de distribution.
- Le type. Le carreau plein est le plus dense, l’alvéolé allège la manutention à épaisseur égale, l’hydrofugé se reconnaît à sa teinte et va dans les pièces d’eau.
La hauteur qu’une cloison peut atteindre dépend de cette épaisseur et de la façon dont elle est liée aux murs. Les limites sont dans le NF DTU 25.31 et dans la documentation du fabricant : lisez-les avant de commander, pas après avoir monté six rangs. Si vous hésitez encore entre ce système et une ossature métallique, la question se tranche sur le passage des réseaux, et elle est traitée dans placo ou carreau de plâtre.
La règle qui évite la fissure : ne toucher à rien
Un bâtiment travaille. Il se dilate l’été, il tasse, et un plancher fléchit sous la charge. Une cloison rigide coincée entre une dalle et un plafond encaisse ce mouvement dans sa propre masse, et le plâtre cède là où il est le plus contraint, en diagonale depuis les angles.
D’où la désolidarisation, qui est le vrai sujet de cet ouvrage :
- En pied, une bande résiliente en liège ou en feutre, de la largeur de la cloison, épaisse de 1 à 2 cm. Sur une dalle béton, un film polyéthylène s’intercale en plus pour couper les remontées d’humidité.
- Contre les murs, la même bande, sur toute la hauteur de la jonction.
- En tête, un jeu d’environ 2 cm sous le plafond. Le dernier rang se chanfreine pour laisser la place au remplissage, et le joint ne se ferme qu’après 24 h au minimum, le temps que la cloison prenne sa position définitive.
Règle d’or : une cloison en carreaux de plâtre repose sur son support, elle ne s’y encastre jamais.
Si le sol part de travers, réglez-le avant et non au premier rang : rattraper un défaut de niveau à la colle fait un lit irrégulier qui se paiera sur toute la hauteur. Les seuils qui départagent un ragréage d’une chape sont dans chape ou ragréage.
La méthode, rang par rang
- Tracez au sol et reportez au plafond. Le tracé au cordeau, puis l’aplomb reporté en tête. Une cloison qui vrille se voit à la première porte qu’on y pose.
- Posez la bande résiliente et le film. Sur toute l’emprise, y compris les retours contre les murs. C’est cinq minutes, et c’est ce que personne ne peut ajouter après coup.
- Montez le premier rang, et prenez-y votre temps. Il porte tout le reste : chaque défaut d’alignement ou de niveau y sera multiplié par le nombre de rangs. Contrôlez-le au niveau sur toute sa longueur avant de passer au deuxième.
- Collez tenon dans mortaise, en quinconce. La colle se dépose dans la mortaise et sur le chant du carreau déjà posé. Décalez les joints verticaux d’un rang à l’autre, au moins d’un demi-carreau : des joints alignés font une ligne de faiblesse continue.
- Vérifiez l’aplomb tous les deux rangs. Le plâtre-colle laisse quelques minutes de réglage, pas davantage. Un rang laissé de travers ne se rattrape qu’en le déposant.
- Fermez la tête après 24 h. Remplissage du jeu, puis finition. Fermer le jour même revient à annuler la désolidarisation qu’on vient de construire.
Le conseil Murmur : montez un rang de carreaux à blanc, sans colle, avant de coller quoi que ce soit. Vous verrez tout de suite si la cloison tombe sur une coupe ridicule à l’extrémité, et vous pourrez décaler le départ d’un demi-carreau plutôt que de tailler une bande de 4 cm contre le mur.
Ce qu’on oublie de commander
Le carreau est ce qui coûte le moins cher à oublier, parce qu’on le compte. Le reste part en course du samedi matin.
- Le plâtre-colle, spécifique aux carreaux, à ne pas confondre avec un enduit de rebouchage ou un mortier-colle de carrelage.
- La bande résiliente, au mètre linéaire, à mesurer sur le pourtour complet : pied, deux retours verticaux et tête.
- Le film polyéthylène si vous partez d’une dalle béton.
- Les cornières d’angle pour les jonctions et les tableaux, si votre cloison en comporte.
Pour les charges, le carreau plein accepte des fixations dans sa masse là où une cloison sur ossature demande un renfort planifié. Le calculateur de cheville et de charge admissible donne la fixation qui convient selon que le support est plein ou creux.
En pièce d’eau, la version hydrofugée ne dispense de rien : c’est le système de protection à l’eau sous carrelage qui protège la cloison en zone de douche, et le geste est détaillé dans l’étanchéité sous carrelage.
Questions fréquentes
- Les épaisseurs courantes sont 5, 7 et 10 cm. Le 5 cm se réserve aux coffrages et aux séparations de placard, le 7 et le 10 cm conviennent aux cloisons de distribution. La hauteur admissible dépend de l’épaisseur retenue et du mode de liaison aux murs : elle se vérifie dans le NF DTU 25.31 et sur la documentation du fabricant avant l’achat.
- Oui, et c’est un usage courant pour un muret de séparation ou un habillage de baignoire. Les règles ne changent pas : bande résiliente en pied, joints décalés, aplomb contrôlé. Un muret libre en tête, sans liaison haute, reste plus sensible aux chocs qu’une cloison filante, donc préférez une épaisseur de 7 ou 10 cm.
- Oui, environ 2 cm, comblés après coup. Ce jeu absorbe les mouvements du plancher haut, qui fléchit sous la charge et se dilate. Une cloison bloquée en tête reprend ces mouvements dans sa masse et fissure en diagonale depuis les angles. Le joint se ferme au minimum 24 h après la pose du dernier rang.
- Par saignée, car le carreau est plein. Il faut tracer, rainurer, poser la gaine, reboucher au plâtre, puis reprendre la finition sur la longueur. Le geste se planifie avant les finitions. Si la cloison porte plusieurs points électriques, une ossature métallique reste plus simple et se décide avant l’achat.
En résumé : la cloison flotte, elle ne s’encastre pas
Trois carreaux au mètre carré, une épaisseur choisie selon l’usage, et un pourtour qui ne touche le bâtiment nulle part. C’est tout ce qui sépare une cloison qui tient dix ans d’une cloison qui fissure au premier hiver.
Le reste, l’aplomb, le décalage des joints, le temps de prise, s’apprend en un rang. La désolidarisation, elle, ne se rattrape pas : elle se pose avant le premier carreau, ou jamais.
Pour aller plus loin
- Placo ou carreau de plâtre : que choisir ?, pour trancher avant d’acheter.
- Poser du placo soi-même : le guide de la cloison, pour la version sur ossature métallique.
Les sources
- Le NF DTU 25.31, ouvrages en carreaux de plâtre, à la boutique du CSTB.
Tous les chiffres de cet article ne sortent pas d’un texte : certains sont des ordres de grandeur de chantier, et ils portent leur réserve à l’endroit où ils sont écrits. Comment les chiffres de ce site sont établis.
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