Vous claquez la porte de la chambre que vous venez de créer, et toute la cloison vibre. Trois mois plus tard, une fissure part en biais depuis l’angle du bâti, et le placo sonne creux dès qu’on frappe entre deux montants. Rien n’a été mal vissé. Tout a été mal choisi, six semaines plus tôt, dans une allée de magasin, sur le seul critère du prix de la plaque.
C’est le piège de la cloison : poser du placo soi-même est à la portée de n’importe qui, mais deux nombres décident du résultat, et ils se lisent sur un plan, pas sur une étiquette. La hauteur sous plafond et le classement du local. Un montant M48/35 posé tous les 60 cm tient 2,45 m selon le NF DTU 25.41. Sous un plafond à 2,70 m, la cloison est hors de son domaine d’emploi avant même la première vis, et aucun serrage ne rattrapera ça.
Voici comment choisir la plaque, le montant et l’entraxe avant d’acheter, puis dans quel ordre poser.
Cloison, contre-cloison ou doublage placo : trois ouvrages, trois règles
Le mot « placo » recouvre trois ouvrages qui n’obéissent pas aux mêmes contraintes. Les confondre, c’est acheter le mauvais montant.
- La cloison de distribution sépare deux pièces chauffées. Une ossature métallique au centre, une plaque de chaque côté. La version courante, dite cloison BA13, fait 72 mm d’épaisseur totale : un montant de 48 mm et deux plaques de 13 mm.
- La contre-cloison se monte devant un mur existant, sur une ossature indépendante, avec un seul parement. C’est la solution quand le mur est irrégulier, ou qu’on veut y loger de l’isolant et des gaines sans le percer.
- Le doublage placo colle un complexe isolant directement sur le mur. Il relève d’un autre texte, le NF DTU 25.42, qui plafonne l’isolant à 140 mm pour le polystyrène expansé et à 120 mm pour le polyuréthane, le polystyrène extrudé et les laines minérales.
Les hauteurs admissibles d’une contre-cloison ne se déduisent pas de celles d’une cloison. Sans appui intermédiaire, le DTU 25.41 s’arrête à 3,90 m avec des montants M100/50 doublés posés tous les 60 cm, et monte à 6 m si vous ajoutez des appuis espacés de 1,50 m au maximum. Détail qui coûte cher quand on l’ignore : l’isolant d’une contre-cloison se découpe à la hauteur de la paroi plus 1 cm, pour qu’il se cale en compression au lieu de glisser avec le temps.
Cette étape se situe après la dépose et avant les finitions. L’article sur l’ordre idéal pour rénover sa maison soi-même place le cloisonnement en étape 5, juste avant le passage des réseaux. Si votre objectif est thermique plutôt que de séparer deux pièces, c’est le calcul de résistance R qui commande, et il est traité dans l’article sur l’isolation des murs par l’intérieur.
Quelle plaque de plâtre choisir
L’épaisseur, qui ne dit pas tout
Le nombre qui suit « BA » est l’épaisseur en millimètres. La BA13 mesure en réalité 12,5 mm, la BA15 en fait 15, et il existe des BA18 et des BA25 pour les cas où la masse compte plus que le prix. Dans un logement, l’écrasante majorité des cloisons se monte en BA13.
L’épaisseur devient un vrai sujet dans un seul cas courant : la résistance aux chocs. Le DTU distingue deux situations. En cas A, qui couvre les logements individuels et les parties communes de logements collectifs, un simple parement BA13 ou BA15 suffit. En cas B, tous les autres locaux, il faut soit un parement unique en BA18, soit deux plaques de placo BA13 ou BA15 par face. Un couloir d’immeuble où passent des vélos n’est pas une chambre.
Les types de la norme NF EN 520
La couleur du carton n’est pas une fantaisie de fabricant, elle traduit un type normé.
| Type | Ce que dit la norme | Où il sert dans un logement |
|---|---|---|
| A | plaque standard | pièces sèches, la majorité des cloisons |
| H1 | absorption d’eau réduite | salle de bain, cuisine, cellier |
| F | cohésion de l’âme à haute température | recoupement coupe-feu, gaine technique |
| I | haute dureté superficielle | couloir, entrée, chambre d’enfant |
| D | masse volumique contrôlée | ouvrages où l’acoustique est visée |
En local classé EB+ privatif, c’est-à-dire une salle de bain de logement, le DTU 25.41 impose que le parement apparent des cloisons verticales soit hydrofugé H1. La même règle vaut pour les parties sous rampant situées à moins de 1,80 m du sol. Et le texte ajoute une porte de sortie appréciable : le Système de Protection à l’Eau sous Carrelage devient inutile si le parement, l’enduit à joint et le mortier de rebouchage sont tous hydrofugés. C’est une décision qu’on prend au moment de commander les enduits, pas au moment de carreler. Les cas où le SPEC reste obligatoire sont détaillés dans l’article sur l’étanchéité sous carrelage en salle de bain.
Quel montant pour quelle hauteur
Voici le tableau que personne ne consulte en magasin, et qui explique les cloisons qui vrillent. Les valeurs viennent du NF DTU 25.41, pour une cloison à simple parement, montants simples.
| Montant | Parement | Entraxe 60 cm | Entraxe 40 cm |
|---|---|---|---|
| M48/35 | 1 BA13 par face | 2,45 m | 2,75 m |
| M48/50 | 1 BA13 par face | 2,55 m | 2,90 m |
| M70/40 | 1 BA15 par face | 3,40 m | 3,90 m |
| M90/40 | 1 BA15 par face | 4,10 m | 4,70 m |
| M100/50 | 1 BA15 par face | 4,55 m | 5,20 m |
Le DTU accorde une tolérance sur la première ligne : la hauteur de 2,50 m est admise avec des montants M48/35 d’inertie au moins égale à 2,50 cm⁴, ce qui règle le cas des plafonds standards français. Au-delà, deux leviers, et ils se cumulent. Resserrer l’entraxe à 40 cm, ou doubler les montants dos à dos. Un M48/35 doublé et posé tous les 40 cm monte à 3,40 m. Passer en double parement change encore la donne : la même ossature avec deux plaques BA13 par face admet 3,00 m à entraxe 60, et 4,15 m en montants doublés à entraxe 40.
Quand l’entraxe passe de 60 à 40 cm
Ce resserrement n’est pas facultatif, et sa condition est précise. En local EB+ privatif, l’entraxe descend de 0,60 à 0,40 m pour les cloisons à simple parement, une BA13 ou une BA15, dès que la finition est un carrelage de plus de 1 600 cm² par carreau. Traduction sur le carrelage que vous avez repéré : un 30 × 30 fait 900 cm² et n’oblige à rien, un 40 × 40 fait exactement 1 600 cm², un 45 × 45 en fait 2 025 et impose l’entraxe de 40. Le format du carreau détermine donc le nombre de montants, ce qui explique pourquoi ce calcul ne peut pas se faire au magasin.
Règle d’or : l’entraxe se fige avant de commander l’isolant et le carrelage, jamais après. Un panneau de laine taillé pour 60 cm ne remplit pas une ossature posée à 40, et un carreau de 45 cm choisi en dernier oblige à redémonter l’ossature.
Le passage de l’entraxe au nombre de montants, de rails et de vis relève d’un autre calcul, avec ses coefficients de chute et ses doublages aux angles : il est détaillé dans l’article sur le calcul des rails et des montants de placo, et le calculateur de rails et montants le fait tourner sur vos dimensions en trente secondes.
Ce qui passe dans la cloison se décide avant elle
Il n’y a rien de pire que de scier une plaque neuve pour rattraper une gaine oubliée. Le DTU règle la question par une phrase : les incorporations sont réalisées après la pose du premier parement et de l’isolant éventuel, et les traversées de cloison après la pose des deux parements et le traitement des joints. Autrement dit, la cloison s’ouvre une fois, et une seule.
Cela impose de savoir, avant de tracer au sol, combien de prises, quels circuits et quelles arrivées d’eau traversent le futur mur. Le nombre de socles et leur hauteur pièce par pièce sont fixés par la norme NF C 15-100. Comptez-les sur plan, et percez tous les boîtiers d’encastrement pendant que la seconde face est encore ouverte.
Dans un doublage placo, le passage des gaines obéit à des règles plus strictes, parce que chaque saignée dans l’isolant est un pont thermique et une fuite d’air. Le DTU 25.42 n’admet que trois solutions : encastré dans la paroi maçonnée, apparent, ou en vertical dans l’isolant côté chaud au moyen d’un thermo-furet. En laine minérale et en polyuréthane, à défaut d’autre solution, la découpe de l’isolant est tolérée jusqu’à 16 mm de profondeur.
Côté matériel, deux outils changent la journée sans justifier un achat : la visseuse à placo avec embout à butée de profondeur, et le lève-plaque. Le DTU impose d’ailleurs une manutention à deux personnes ou une aide mécanique au-delà de 25 kg par plaque, seuil qu’une BA13 de 1,20 × 2,50 m dépasse. L’arbitrage entre location et achat est chiffré dans l’article sur l’outillage de rénovation, louer ou acheter.
Poser du placo soi-même : l’ordre des gestes
- Tracer. Cordeau au sol sur toute la longueur, report au plafond au fil à plomb ou au laser. Un tracé faux de 2 cm au plafond donne une cloison qui penche et une porte qui frotte.
- Poser les rails. Fixation tous les 60 cm au maximum, et jamais à moins de 5 cm du bord d’une dalle béton, sous peine d’éclater le béton en chevillant. En local humide, ajoutez un joint souple entre la lisse et le sol, et un film polyéthylène si vous posez sur sol brut.
- Enfiler les montants. Ailes tournées dans le même sens, pour que la plaque se visse toujours dans le sens du glissement. Si vous devez rallonger un montant, les raccords ne doivent pas être alignés d’un montant à l’autre, et chaque aboutage s’éclisse avec au moins 15 cm de recouvrement, vissé sur les deux ailes.
- Visser le premier parement. Plaque calée à 10 mm du sol et 5 mm du plafond : le jeu bas évite les remontées d’humidité, le jeu haut absorbe les mouvements de la structure. Vis à placo tous les 25 cm en périphérie et 30 cm sur les montants intermédiaires, avec une pénétration d’au moins 10 mm dans le métal. Décalez les joints verticaux d’au moins un entraxe, et décalez aussi les joints horizontaux dès qu’une face compte plusieurs plaques.
- Isolant, gaines, boîtiers. La cloison est ouverte, c’est le moment. Laine glissée sans tassement entre les montants, gaines fixées, boîtiers percés à la scie cloche.
- Fermer la seconde face. Mêmes règles, mais joints décalés par rapport à la première face : deux joints en vis-à-vis créent une ligne de faiblesse sur toute la hauteur.
Le conseil Murmur : avant de visser une seule plaque, contrôlez l’aplomb de chaque montant au niveau, puis passez la règle de 2 m sur toute l’ossature. Le DTU tolère 5 mm de planéité générale sous une règle de 2 m et 5 mm de faux aplomb sur la hauteur d’étage. Un montant en retrait de 8 mm ne se voit pas sur l’ossature nue, mais il creuse dans la plaque un ventre que trois passes d’enduit ne rattraperont jamais.
Les joints, le seul endroit où le placo se voit
Une cloison bien montée et mal jointée passe pour du travail bâclé. Le DTU décrit cinq gestes, dans cet ordre : enduire au fond du creux formé par les bords amincis, poser la bande à joint, la serrer, la recouvrir d’enduit, laisser sécher, puis passer une seconde couche. Ne jamais superposer deux bandes.
Deux contraintes se négocient mal. Les enduits ne s’appliquent pas sous 5 °C, ce qui exclut un chantier non chauffé en hiver. Et la finition, peinture ou papier, ne se pose qu’après 7 jours minimum de séchage des joints en ambiance naturelle. Ce délai n’est pas une précaution de fabricant : un joint peint humide se marque en creux et ressort sur toute la longueur du mur en lumière rasante.
La suite du chantier, ponçage, rebouchage et sous-couche, est traitée dans l’article sur l’enduit, le lissage et la préparation avant peinture, puis la mise en peinture elle-même dans le guide pour peindre un appartement soi-même.
Une cloison neuve ne porte pas n’importe quoi. Si des meubles hauts, un chauffe-eau ou une console lavabo doivent s’y accrocher, le renfort se pose maintenant, entre les montants : l’article sur la fixation d’un meuble haut dans du placo donne les charges admissibles par type de cheville et les cas où un renfort bois ou métallique devient obligatoire.
Ce que coûte une cloison placo montée soi-même
Ordres de grandeur relevés en juillet 2026, pour une plaque BA13 de 250 × 120 cm : comptez entre 9 et 13 € l’unité en grande surface de bricolage, entre 11 et 16 € en négoce, où le prix affiché s’accompagne d’un conseil technique et d’une livraison. Une hydrofugée H1 se paie environ 40 % de plus.
Tous postes confondus, ossature, plaques, isolant, visserie, bandes et enduits, la fourniture d’une cloison de distribution se situe dans une fourchette de 15 à 30 € le mètre carré. Le même ouvrage posé par un plaquiste ajoute entre 20 et 45 € le mètre carré de main-d’œuvre. C’est cet écart qui rend l’auto-rénovation intéressante sur ce poste, à condition de ne pas racheter deux fois la même chose.
Les trois lignes que les listes de courses oublient : l’enduit, qui se consomme à 350 g par mètre carré et par face en poudre, la bande à joint, à environ 3,5 mètres linéaires par mètre carré de cloison, et les chutes, 5 % sur une cloison droite et 10 % dès qu’il y a des angles ou une trémie. Le calculateur de rails et montants convertit vos dimensions en nombre de barres, de plaques et de boîtes.
Quand ce n’est plus un chantier d’amateur
Une cloison en placo est un ouvrage non porteur : elle porte son propre poids et rien d’autre. Cela délimite précisément ce que vous pouvez entreprendre seul.
- Abattre un mur avant de recloisonner. Tant que vous n’avez pas la preuve écrite que le mur n’est pas porteur, ne le touchez pas. Un mur porteur se dépose avec une étude de structure et un IPN posé par un professionnel, et en copropriété avec l’accord de l’assemblée générale.
- Un logement construit avant 1997. Le diagnostic amiante avant travaux est obligatoire, et il n’est pas une formalité : percer une cloison amiantée contamine le logement entier. Peinture au plomb avant 1949, même logique.
- Une paroi coupe-feu. Le degré de résistance au feu ne se déduit pas du type de plaque : il tient au procès-verbal d’essai du système complet, ossature, isolant et plaques compris. Recouper une gaine palière, ou séparer un garage d’une pièce de vie, relève de ce cas.
- Un local hors classement EA, EB ou EB+ privatif. Le DTU 25.41 ne vise que ces trois-là. Au-delà, douche collective ou local classé EC, le placo n’est plus le bon matériau, même hydrofugé.
Questions fréquentes
- Avec des montants M48/35 posés tous les 60 cm et une BA13 par face, le NF DTU 25.41 admet 2,45 m, et tolère 2,50 m pour des montants d’inertie au moins égale à 2,50 cm⁴. Au-delà, resserrez l’entraxe à 40 cm pour atteindre 2,75 m, doublez les montants pour 3,05 m, ou passez à un montant M70 ou M90.
- Le DTU 25.41 impose un parement hydrofugé H1 sur toutes les cloisons verticales apparentes d’un local EB+ privatif, donc sur l’ensemble de la salle de bain, pas seulement autour de la douche. Sous rampant, l’obligation s’arrête à 1,80 m du sol. Le plafond, lui, admet des plaques standard.
- Oui, par collage sur plots avec un complexe de doublage, ce que régit le NF DTU 25.42. Mais c’est réservé aux murs sains, secs et plans. Sur un mur humide, irrégulier ou en pierre, montez une contre-cloison sur ossature indépendante : elle laisse une lame d’air et rattrape les défauts sans les transmettre à la plaque.
- Sept jours minimum après le traitement des joints, en ambiance naturelle, selon le DTU 25.41. Ce délai s’allonge en pièce fermée ou en hiver, et les enduits ne s’appliquent pas sous 5 °C. Peindre trop tôt marque les joints en creux, un défaut qui ressort en lumière rasante et ne se rattrape qu’au ponçage.
En résumé : une cloison qui ne bouge plus
La cloison qui vibrait au début de cet article n’avait pas un problème de pose. Elle avait un montant trop faible pour sa hauteur, et un entraxe choisi par habitude. Poser du placo soi-même tient à trois nombres, fixés avant d’aller au magasin : la hauteur sous plafond, qui commande le montant, le classement du local, qui commande le type de plaque, et le format du carrelage éventuel, qui commande l’entraxe. Le reste n’est que du vissage tous les 30 cm.
Murmur reprend cette chaîne dans l’autre sens. Vous entrez les dimensions et l’usage de la pièce, l’application en déduit le montant admissible, l’entraxe et le type de plaque, puis bloque la commande de l’isolant et du carrelage tant que l’entraxe n’est pas arrêté. C’est exactement l’aller-retour au magasin qui saute.
Pour aller plus loin
- Le guide NF DTU 25.41 et 25.42 pour les plaquistes, Les Industries du Plâtre et la CAPEB.
- La fiche de la norme NF DTU 25.41 P1-1, Afnor.
- La norme NF EN 520, définitions et types de plaques de plâtre, Afnor.
Fixez vos trois nombres avant d’acheter
Hauteur, classement du local, format de carrelage : Murmur en déduit le montant, l’entraxe et le type de plaque, puis chiffre votre cloison.
Chiffrer ma cloison