Dans une salle de bain équipée d’une douche ou d’une baignoire, le carrelage doit être posé sur une protection à l’eau. Le cahier du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) consacré aux locaux humides classe en effet une salle de bain privative de ce type en EB+ privatif, et ce classement impose cette protection. Le carrelage et ses joints ne suffisent pas : le joint ciment est poreux, il se microfissure, et l’eau qui stagne finit par passer derrière, jusqu’à la plaque de plâtre qui se délite et au plafond du voisin du dessous.
Cette protection s’appelle le système de protection à l’eau sous carrelage (SPEC) : une résine que vous appliquez au rouleau sur le mur nu, avant la colle et avant le premier carreau. Une fois le chantier fini, elle disparaît sous la faïence.
Si vous refaites toute la pièce, estimez d’abord la salle de bain entière : la résine n’est qu’un poste parmi d’autres, avec la dépose, les réseaux et le carrelage.
Pourquoi le carrelage et ses joints n’arrêtent pas l’eau
Un carreau céramique est étanche, mais pas le joint qui l’entoure. Le mortier de jointoiement absorbe l’humidité, la restitue lentement, et se fissure sous les mouvements du support. Une douche compte des dizaines de mètres de joints, et mis bout à bout, ils absorbent l’eau en continu.
Derrière, le support prend l’eau. Le placo hydrofuge, reconnaissable à son parement vert, n’est pas étanche pour autant : il ne remplace pas le SPEC. Si vous montez la cloison vous-même, le mieux est de choisir la plaque en même temps que l’ossature, avant d’acheter le carrelage. L’article sur le calcul des rails et montants de placo détaille ce choix.
Le SPEC est le troisième des quatre points de non-retour d’une pièce d’eau, après la réserve de plancher et les gaines de ventilation : l’article sur l’ordre des étapes pour refaire sa salle de bain soi-même les replace dans l’ordre du chantier.
SPEC ou SEL, deux produits pour deux zones
Les deux sigles se ressemblent tellement que la profession a publié une fiche pour les distinguer. L’un se pose sur les surfaces verticales, l’autre sur les surfaces horizontales où l’eau stagne.
| Critère | SPEC | SEL |
|---|---|---|
| Nom complet | Système de protection à l’eau sous carrelage | Système d’étanchéité liquide |
| Surfaces | verticales : murs de douche, pourtour de baignoire, crédence de vasque | horizontales soumises à l’eau stagnante : sol de douche à l’italienne, receveur à carreler |
| Cadre technique | Cahier des prescriptions techniques (CPT) du CSTB | Avis Technique, exigences de mise en œuvre plus lourdes |
| En auto-rénovation | oui, application au rouleau | non, à confier ou à contourner par un receveur extra-plat posé |
La résine de SPEC est souvent teintée en bleu ou en gris, pour que vous voyiez ce que vous avez déjà couvert.
Le SPEC ne remplace jamais le SEL au sol. Si votre chantier comprend une douche à l’italienne, l’étanchéité du sol sort de ce qu’on fait couramment soi-même. Mieux vaut la faire réaliser, ou partir sur un receveur extra-plat posé, qui vous en dispense.
Où appliquer le SPEC, surface par surface
Couvrez toute la zone où l’eau ruisselle directement, avec une marge autour. Les fabricants et le cahier du CSTB retiennent en général :
- Dans une douche : sur au moins 1,80 m de hauteur et, sans pare-douche, avec 20 cm de débordement de chaque côté du receveur. Ce débordement passe à 50 cm quand toute la paroi est carrelée, parce qu’on hésite moins à arroser un mur entièrement carrelé.
- Autour d’une baignoire équipée d’une douchette : toute la hauteur de mur bordant la baignoire, plus les retours latéraux.
- Derrière le meuble vasque : en crédence, sur la hauteur exposée aux projections.
- Au pied des cloisons : une remontée de quelques centimètres depuis le sol, pour traiter la jonction entre le mur et le sol.
Sur une douche à receveur, la résine descend sur le rebord du receveur, son aile, et la recouvre : l’eau qui glisse le long de la faïence doit retomber dedans, jamais derrière. C’est pour cela qu’il faut poser le receveur avant d’appliquer le SPEC.
Dans tous les cas, vérifiez la fiche technique de votre résine : seules ses valeurs engagent le fabricant.
Poser la résine en quatre étapes
- Préparez le support. Dépoussiérez la plaque, laissez-la sécher, retirez les résidus de colle et enfoncez les têtes de vis qui dépassent. Appliquez le primaire d’accrochage recommandé par le fabricant, et respectez son temps de séchage. Au sol, rattrapez le niveau avant la résine, jamais après : l’article chape ou ragréage donne les épaisseurs possibles et le temps d’attente avant de recouvrir.
- Traitez les angles avant tout le reste. Les jonctions mur contre mur et mur contre sol lâchent en premier, parce qu’elles bougent avec le bâtiment. Noyez une bande d’étanchéité élastique dans une première passe de résine fraîche, en la pressant bien (on dit la maroufler), sur tous les angles et autour de chaque percement de robinetterie.
- Passez la première couche. Étalez-la au rouleau à peinture, sur toute la zone vue plus haut, puis laissez sécher le temps indiqué par le fabricant, qui varie selon la température et l’humidité de la pièce.
- Croisez la seconde couche. Passez-la perpendiculairement à la première, pour former un film continu, sans manque ni micro-bulle. La teinte du produit aide à vérifier : si une zone paraît plus claire, repassez-y.
Le conseil Murmur : percez vos trous de robinetterie et de fixation de barre de douche avant d’appliquer la résine, puis traitez chaque percement à la bande. Un trou percé après coup traverse le film d’étanchéité, et le silicone ne rattrapera rien.
Quelle quantité de résine commander
Pour la résine, le plus fiable reste la consommation annoncée par le fabricant sur le seau ou dans sa fiche technique. Comptez aussi la bande d’étanchéité : additionnez la longueur de tous les angles, verticaux et horizontaux, et prévoyez une marge pour les recouvrements.
Côté carrelage, on sous-estime souvent les pertes de coupe. Avant de passer chez le négoce, entrez votre surface dans le calculateur de colle et de carrelage : il compte les chutes et donne le peigne adapté à votre format de carreau.
Pensez aussi aux arrivées d’eau. Si vous déplacez la douche ou la vasque, la plomberie passe avant la fermeture de la cloison. Le comparatif PER (polyéthylène réticulé) ou multicouche vous aide à choisir avant d’acheter.
Une fois la résine sèche, il reste à finir la pièce. La pose de la faïence murale démarre sur le SPEC, jamais sur le placo nu, et la ventilation de la salle de bain évacue l’humidité que l’étanchéité se contente de contenir. Si malgré tout l’eau passe, l’article sur le dégât des eaux après des travaux faits soi-même explique ce que la convention IRSI (indemnisation et recours des sinistres immeuble) met à votre charge.
En résumé : deux couches croisées sur 1,80 m, avant la faïence
Appliquez deux couches croisées de résine sur 1,80 m de hauteur dans la douche, avec 20 cm de débordement latéral sans pare-douche, ou 50 cm si toute la paroi est carrelée, et marouflez une bande dans tous les angles et autour de chaque percement. Posez le receveur avant la résine, la faïence après, sur la résine sèche.
Sur le chantier, l’étanchéité vient après la cloison et la plomberie, avant le carrelage, comme dans l’ordre des étapes d’une rénovation. Dans Murmur, l’étanchéité est proposée à côté du carrelage et chiffrée dans le même récapitulatif, puis la pose guidée en déroule les étapes numérotées.
Questions fréquentes
- Dans une salle de bain privative équipée d’une douche ou d’une baignoire, oui : la pièce est classée EB+ privatif, et ce classement impose une protection à l’eau sous le carrelage. L’obligation vient des règles de l’art fixées par le cahier du CSTB.
- Comptez au moins 1,80 m de hauteur et, sans pare-douche, 20 cm de débordement de chaque côté, ou 50 cm si toute la paroi est carrelée. Vérifiez la fiche technique de votre résine : elle seule engage le fabricant, et les valeurs varient d’un produit à l’autre.
- Le SPEC protège les surfaces verticales, murs de douche et pourtour de baignoire, et s’applique au rouleau. Le SEL traite les surfaces horizontales soumises à l’eau stagnante, sol de douche à l’italienne et receveur à carreler. Le SEL relève d’un Avis Technique et sort de l’auto-rénovation courante.
- Reportez-vous à la consommation indiquée par le fabricant, sur le seau ou dans sa fiche technique, et ajoutez la longueur de bande d’étanchéité qu’il faut pour tous les angles, plus une marge pour les recouvrements.
- En zone d’aspersion, non. La plaque hydrofuge, au parement vert, résiste mieux qu’une plaque standard mais n’est pas étanche : elle retarde la dégradation sans l’empêcher. La faïence se pose sur le SPEC sec, jamais sur le placo nu.
Les sources
- Le CPT « Système de Protection à l’Eau sous Carrelage Résine » du CSTB, le document technique de référence.
- SPEC et SEL, deux procédés à ne pas confondre, Fédération Française du Bâtiment.
Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.
Chiffrez l’étanchéité avec le carrelage
Murmur calcule la résine, la colle et le carrelage de votre salle de bain, arrondis au seau et au sac du commerce, pertes de pose comprises sur la plupart des matériaux.

