Dix-huit mois après la fin du chantier, la douche se vide au ralenti. Des cheveux, du savon, rien de plus : il suffirait de démonter le siphon et de le rincer. Sauf que le siphon est sous le receveur, le receveur est scellé dans son lit de mortier, et le tablier a été carrelé plein jusqu’au sol.
Poser un receveur de douche passe pour l’option facile, celle qu’on choisit justement pour ne pas former de pente dans une chape. Elle l’est, à trois conditions qui se prennent toutes avant le premier sac de mortier : le niveau, l’appui, et l’accès à la bonde. Aucune des trois ne se rattrape une fois la prise engagée.
Voici ces trois décisions, dans l’ordre où elles se posent, et ce que le receveur à carreler change à l’affaire.
Le receveur se pose de niveau, la pente est déjà dedans
C’est le geste sur lequel l’intuition se trompe. Vous savez qu’une douche s’écoule, alors vous inclinez le bac vers la bonde, un ou deux millimètres pour aider. C’est l’inverse du bon geste.
La pente d’un receveur est moulée en usine, dans le fond du bac, autour du même 1 à 2 % qu’on formerait dans une chape pour une douche à l’italienne. Elle est calculée pour un bac posé d’aplomb. Incliner le receveur ne s’ajoute pas à cette pente, il la fait tourner : l’eau qui devait converger vers la bonde part en biais, longe une aile et finit contre le seuil, du côté où il n’y a ni relevé d’étanchéité ni évacuation.
Le contrôle se fait au niveau à bulle posé sur une règle de maçon, dans les deux sens puis sur les deux diagonales, avant que le mortier commence à tirer. Après, le bac ne se rattrape plus au maillet, il se dépose. La pose arrive tard dans la pièce, après les réseaux et avant la faïence : le guide de la salle de bain en auto-rénovation la situe parmi les autres étapes.
Appui plein ou châssis : ce que le produit impose
Un receveur n’est pas un objet posé, c’est un objet porté. Ce qui le porte dépend de sa matière, et le fabricant l’écrit dans la notice, celle qu’on jette avec le carton.
- Pierre reconstituée, résine minérale, céramique : appui plein obligatoire, sur un lit de mortier de pose étalé sur toute l’empreinte du bac. Ces matériaux sont rigides et cassants. Un vide de la taille d’une paume sous la coque devient une fissure le jour où 80 kg posent le pied dessus, et une fissure dans un receveur ne se répare pas, elle se remplace. Un bac de 90 × 120 cm dans ces matériaux se compte en dizaines de kilos : prévoyez d’être deux.
- Acrylique renforcé : le fabricant livre un socle en polystyrène extrudé taillé à la forme du bac, ou un châssis métallique à pieds réglables. C’est ce socle qui porte, pas le mortier. Un acrylique posé sur un lit de mortier sans son socle fléchit au centre et décolle son joint périphérique dans l’année.
Les pieds réglables ont un avantage sous-estimé : ils laissent un vide sous le bac, donc un accès au siphon, tant que le tablier qui les masque reste démontable. Et un défaut symétrique : le seuil qu’on voulait effacer remonte de toute la hauteur du châssis. Un extra-plat de 30 mm monté sur pieds n’a plus grand-chose d’extra-plat, et cette hauteur se lit sur la fiche technique, pas à la livraison.
Le conseil Murmur : sur un lit de mortier, posez le bac, réglez le niveau, puis chargez-le tout de suite avec deux ou trois sacs de carrelage répartis sur le fond, le temps de la prise. Le poids du bac vide ne chasse pas l’air du lit, et ce sont ces poches d’air qui fissurent une pierre reconstituée six mois plus tard.
La bonde : l’accès se décide avant le mortier
C’est le point qui vaut tous les autres, parce qu’il ne se voit pas et qu’il ne se rattrape pas. Le perçage des receveurs du commerce est de 90 mm de diamètre, donc n’importe quelle bonde du rayon y entre. Ce qui varie, c’est ce qui se passe dessous.
- La garde d’eau. La norme NF EN 274-1, qui régit les dispositifs de vidage des appareils sanitaires, exige au moins 50 mm d’eau retenue en permanence dans le siphon. C’est le seul bouchon entre votre salle de bain et les odeurs de la colonne. Les bondes très plates rognent parfois cette hauteur, ou la remplacent par une membrane anti-odeur qui fonctionne jusqu’au jour où elle se colle.
- Le sens de démontage. La question à poser en magasin, celle qui ne figure sur aucune étiquette : la cloche du siphon s’extrait-elle par le dessus, capot retiré et receveur en place, ou faut-il passer par le dessous ? Les deux existent en rayon, souvent au même prix.
- La sortie. Horizontale, elle se loge dans l’épaisseur d’un extra-plat de 25 à 40 mm. Verticale, elle demande de descendre sous le sol fini, et la question devient celle de la réserve de plancher, traitée dans l’ordre des étapes pour refaire une salle de bain comme la première décision irréversible de la pièce.
Le choix n’est d’ailleurs pas toujours libre. Un bac qui exige un lit de mortier plein, donc la pierre reconstituée, la résine et la céramique, ne laisse aucun vide sous lui : le siphon est pris dans le mortier. Sur ces bacs-là, l’accès n’est pas une commodité, c’est la seule façon de revoir le siphon un jour.
Trois issues, dans l’ordre de préférence :
- Un siphon démontable par le dessus. Rien à prévoir, rien à casser. C’est ce qui doit orienter l’achat, avant même le motif du carrelage.
- Un tablier démontable. Panneau vissé ou clipsé, habillé, jamais carrelé plein. Vous perdez la continuité de la faïence, vous gagnez l’accès complet en deux minutes.
- Une trappe de visite dans le tablier carrelé. Elle se dimensionne sur la pièce à extraire, pas sur la main : mesurez le corps du siphon avant de découper, et placez-la en face de la bonde, pas au centre du tablier par symétrie.
Règle d’or : ce qui n’est pas démontable une fois la faïence posée ne le sera plus jamais.
Un cas sort de votre appartement. Percer ou dévoyer la colonne de chute touche à une partie commune en copropriété : l’intervention demande une autorisation votée en assemblée générale, et un plombier. Un raccordement sauvage se découvre au premier dégât des eaux, et l’assurance regarde de près qui a posé quoi.
Le relevé d’étanchéité passe par-dessus l’aile du receveur
L’ordre entre le receveur et l’étanchéité des murs n’est pas une commodité de chantier, c’est une question de sens d’écoulement.
L’eau qui ruisselle sur la faïence descend le long du mur. Elle doit finir dans le bac, jamais derrière. D’où la chronologie : le receveur se pose d’abord, puis le Système de Protection à l’Eau sous Carrelage (SPEC) se déroule sur les murs et vient mourir sur l’aile du receveur, en la recouvrant. La faïence passe par-dessus, et le joint silicone ferme la ligne visible, en dernier.
Un SPEC arrêté 2 cm au-dessus du bac laisse une bande de plaque hydrofuge nue entre les deux. Le silicone la couvre tant qu’il tient, quelques années, et le jour où il se décolle, l’eau entre dans la cloison sans que rien ne se voie de la salle de bain.
Dans la douche, le SPEC monte au minimum à 2,00 m de hauteur, avec 50 cm de débordement de part et d’autre de la zone d’aspersion : l’article sur l’étanchéité sous carrelage et le SPEC donne le geste et le traitement des angles. Le joint périphérique, lui, se fait au silicone sanitaire portant une mention fongicide, et non au mastic acrylique du rayon peinture, qui n’est ni élastique ni destiné à l’eau.
Le receveur à carreler n’est pas la voie facile
En rayon, les deux produits se touchent : d’un côté un extra-plat fini, de l’autre un panneau de polystyrène extrudé à pente préformée, qu’on habille du même carrelage que le sol de la pièce. Le second efface le ressaut pour un prix voisin. La différence n’est pas dans le rayon, elle est dans le chantier.
Un receveur fini est étanche par construction : votre travail se limite au joint périphérique et au raccordement du siphon. Un receveur à carreler n’est étanche que quand vous l’avez rendu étanche, parce que ce sont le carrelage et son support qui reçoivent l’eau, comme sur un sol de douche à l’italienne. Vous entrez alors dans le champ du Système d’Étanchéité Liquide (SEL), qui relève d’un Avis Technique du CSTB et n’a ni le même produit ni le même régime que le SPEC des murs.
Deux conséquences pratiques :
- Prenez le système complet du fabricant : panneau, natte ou résine, colle et bonde. La couverture technique porte sur le système, pas sur la pièce, et un panneau d’une marque étanchéifié avec la natte d’une autre ne relève plus d’aucun document. C’est ce document que votre assureur demandera.
- Choisissez le format de carreau en conséquence. Un carreau rigide de 60 × 60 cm n’épouse pas une surface qui converge vers un point. Sur un receveur à carreler, restez en mosaïque ou en 10 × 10 cm, dont les joints absorbent la géométrie.
Si la continuité du sol compte plus que la simplicité du chantier, l’arbitrage complet entre le bac et la pente formée en chape est dans l’article sur la douche à l’italienne, sa pente et son évacuation.
Ce qu’on oublie de commander
Le receveur est dans le caddie, le siphon aussi. Ce qui manque le jour de la pose, c’est ce qui n’est jamais vendu dans le même carton.
- Le mortier de pose. Un lit de 2 cm sous un bac de 90 × 120 cm représente 0,022 m³, soit de l’ordre de 40 kg, un sac et demi de 25 kg. Comptez-en deux : un lit trop mince ne se rattrape pas une fois le bac dessus.
- Le kit d’habillage ou le tablier, presque toujours vendu séparément, plus la trappe de visite si vous carrelez ce tablier.
- Le silicone sanitaire. Deux ou trois côtés du bac selon l’implantation, et une cartouche de plus que le calcul : un joint raté se retire et se refait, il ne se retouche pas.
- La bande ou la natte de relevé à la jonction entre l’aile du receveur et les murs, avec 15 % de recouvrement.
- Le carrelage et la colle du pourtour. Le calculateur de colle et de carrelage intègre les chutes de coupe et donne le peigne adapté au format, mosaïque comprise.
Le chiffrage de la pièce entière, poste par poste, est détaillé dans l’article sur ce que coûte une salle de bain faite soi-même.
- De niveau, dans les deux sens et sur les deux diagonales. Une pente de l’ordre de 1 à 2 % est moulée dans le fond du bac, et calculée pour un receveur posé d’aplomb. L’incliner ne l’accentue pas : elle tourne, et l’eau part vers le seuil.
- Sur un lit de mortier couvrant toute l’empreinte du bac pour la pierre reconstituée, la résine et la céramique, qui exigent un appui plein. Sur le socle en polystyrène ou le châssis à pieds livré par le fabricant pour un acrylique. Jamais sur quelques plots.
- Trois solutions, toutes à décider avant le mortier. Un siphon dont la cloche s’extrait par le dessus, capot retiré : le meilleur cas, et cela s’achète. Un tablier vissé ou clipsé, démontable. Ou une trappe de visite découpée en face de la bonde, dimensionnée sur le corps du siphon.
- Du silicone sanitaire à mention fongicide, jamais du mastic acrylique. Il se pose en dernier, sur des surfaces sèches, après la faïence. Il ne remplace pas l’étanchéité : le SPEC doit descendre sur l’aile du receveur en la recouvrant, sinon le silicone se retrouve seul devant l’eau.
En résumé : trois décisions, toutes avant le mortier
Poser un receveur de douche ne demande ni chape à la pente ni Avis Technique, à condition de prendre trois décisions dans le bon ordre. Le bac se pose de niveau, parce que la pente est moulée dedans. Il repose en appui plein ou sur le châssis du fabricant, jamais sur des plots improvisés. Et le siphon reste démontable une fois la faïence posée, ou il ne le sera plus. Une quatrième décision précède les trois autres, au moment de l’achat : un receveur fini vous sort du sujet de l’étanchéité de sol, un receveur à carreler vous y ramène.
Dans Murmur, la pose du receveur porte son contrôle de niveau et son essai d’écoulement comme deux étapes distinctes à cocher, et la faïence de la douche ne s’ouvre qu’ensuite. Le blocage ne sert pas à discipliner : il sert à ce que la question de la trappe se pose pendant que le tablier est encore ouvert.
Pour aller plus loin
- L’ordre des étapes pour refaire sa salle de bain soi-même, pour situer la pose du receveur dans la séquence de la pièce.
- Douche à l’italienne : pente et évacuation, pour l’alternative sans bac et la réserve de plancher qu’elle exige.
Les sources
- La norme NF EN 274-1, dispositifs de vidage des appareils sanitaires, Afnor.
- SPEC et SEL, deux procédés à ne pas confondre, Fédération Française du Bâtiment.
- Les travaux affectant les parties communes en copropriété, service-public.fr.
Tous les chiffres de cet article ne sortent pas d’un texte : certains sont des ordres de grandeur de chantier, et ils portent leur réserve à l’endroit où ils sont écrits. Comment les chiffres de ce site sont établis.
Votre salle de bain, chiffrée puis posée dans l’ordre
Murmur sort les quantités de la pièce, du receveur à la faïence, et place chaque étape avec son temps de séchage.
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