Un WC déplacé de 2,50 m, avec une pente de 2 cm par mètre, demande 5 cm de hauteur entre sa sortie et le point où il rejoint la chute. Quand on redessine une salle de bain, avec la douche qui change de mur, le lavabo à la place de la baignoire et les WC décalés pour libérer la fenêtre, ce calcul vient souvent après la commande du carrelage. On découvre alors le problème en ouvrant le sol : arrivée à la chute, l’évacuation passe 4 cm trop bas.
On a tendance à dessiner d’abord et à vérifier ensuite, parce qu’un plan se fait en une soirée et qu’une évacuation ressemble à un simple tuyau. Mais une canalisation d’eaux usées descend par gravité : il lui faut une pente, chaque mètre parcouru prend de la hauteur, alors que la hauteur disponible sous votre sol ne change pas. Avant d’acheter quoi que ce soit, vérifiez donc au mètre ruban si le déplacement d’un WC ou d’une évacuation tient.
Le test de faisabilité : quatre relevés en une heure
Quelques relevés suffisent à savoir si votre plan tient debout. Il vous faut un mètre ruban, un niveau et un crayon, dans la pièce telle qu’elle est.
- Le point de raccordement existant. Où votre évacuation rejoint-elle la chute ou le collecteur, et à quelle hauteur par rapport au sol fini actuel ? C’est votre point bas, et il ne bouge pas.
- La hauteur disponible sous l’appareil déplacé. Entre la sortie de l’appareil à son nouvel emplacement et le niveau du point de raccordement, combien de centimètres avez-vous ? Sur une dalle béton d’immeuble, la chape vous laisse en général quelques centimètres, rarement plus.
- La distance réelle du déport. Mesurez la longueur que le tube va vraiment parcourir, contournements et coudes compris, et non la distance à vol d’oiseau sur le plan.
- Le diamètre de la chute sur laquelle vous vous raccordez. Il fixe ce que vous avez le droit d’y raccorder. Pour le trouver, mesurez le tour du tube au mètre de couturière et divisez par 3,14.
Avec ces relevés, vous avez votre réponse avant tout devis. Ils complètent ceux du guide des étapes d’une salle de bain : la réserve de plancher, l’épaisseur libre entre la dalle et le sol fini, fixe la hauteur du siphon, et vos relevés disent jusqu’où l’évacuation peut aller. Le mémo des cotes standards de rénovation rassemble les diamètres et les hauteurs à retrouver au fil du chantier.
La pente : chaque mètre déporté vous coûte de la hauteur
Le texte de référence pour une évacuation d’eaux usées est le NF DTU 60.11 P2, dans son édition d’août 2013. Attention, un PDF circule encore sous le nom « DTU 60.11 » : c’est la version d’octobre 1988, remplacée depuis.
La pente usuelle d’un collecteur d’eaux usées en intérieur se situe entre 1 et 3 cm par mètre, soit 1 à 3 %. Vous n’avez besoin que d’une formule :
Longueur maximale, en mètres = hauteur disponible, en centimètres ÷ pente retenue, en centimètres par mètre.
Avec 6 cm de hauteur disponible et une pente de 2 cm par mètre, vous pouvez déporter 3 m. À 1 cm par mètre, vous montez à 6 m, à condition de poser le tube avec beaucoup de précision ; à 3 cm par mètre, vous retombez à 2 m. Ce calcul vaut pour chaque appareil du logement, et la façon dont ces déports s’articulent entre eux est traitée dans le guide pour refaire sa plomberie soi-même.
Pourquoi il n’existe pas de « longueur maximale » officielle
Vous lirez parfois qu’un WC se déplace de trois mètres, ou de cinq. Aucun de ces chiffres ne figure dans les règlements sanitaires ni dans le DTU, qui fixent des diamètres, des pentes et des conditions de pose, jamais de distance. La limite dépend de la géométrie de votre logement.
Au-delà de 3 cm par mètre : hors de la plage du DTU
Au-delà de 3 cm par mètre, vous sortez de la plage pour laquelle le DTU 60.11 prévoit ses diamètres.
Descendre à 1 cm par mètre pour gagner de la distance a aussi un prix : sur un mètre de tube, un calage faux de 5 mm suffit à effacer la moitié de la pente. Le plus sûr est de poser le tube au niveau laser, sur des supports réglables, plutôt que sur des cales de bois.
Vérifiez la pente au niveau sur toute la longueur avant de refermer.
Les diamètres : ce qui se réduit et le 100 mm du WC
Le DTU 60.11 donne des diamètres minimaux, par appareil puis pour des appareils groupés, sur des pentes de 1 à 3 cm par mètre ; ses tableaux de 1988 sont à vérifier sur l’édition de 2013. Sur le terrain, les fabricants de tubes donnent les valeurs suivantes.
| Appareil | Diamètre courant |
|---|---|
| Lavabo, lave-mains | 32 mm |
| Lave-linge, lave-vaisselle | 40 mm |
| Douche, évier, baignoire | 40 mm, 50 mm dès que la longueur s’allonge |
| WC | 100 mm |
Le tube de 100 mm d’un WC, parfois 80 mm selon le modèle, ne tient pas dans une chape de 5 cm : en appartement, il limite le déplacement autant que la pente. Pour un évier ou une douche en 40 mm, la même chape suffit sans difficulté.
Avant d’acheter un siphon, vérifiez enfin sur sa fiche qu’il garde au moins 50 mm d’eau, la garde d’eau qui bloque les odeurs, comme le demande la norme EN 274. Les modèles extra-plats, vendus pour les receveurs posés sur peu de hauteur, descendent parfois en dessous, et ils se vident alors plus facilement. Côté alimentation, il reste ensuite à choisir entre le PER et le multicouche pour la plomberie sans soudure.
Le conseil Murmur : posez un té de visite à chaque changement de direction du déport, et pas seulement en bout de ligne. Sans lui, pour déboucher une canalisation noyée dans une chape, il faut casser la chape.
La ventilation de la chute et le désiphonnage
Un déplacement peut tenir en hauteur et poser problème quand même, parce qu’il faut aussi penser à la ventilation, qu’on oublie facilement puisqu’elle ne se voit pas.
Quand une chasse d’eau part dans une chute, elle forme un « piston hydraulique » : une surpression devant lui, qui fait gargouiller les siphons, et une dépression derrière lui, qui aspire leur garde d’eau. Un siphon vidé ne bloque plus rien, et les odeurs de la canalisation remontent dans la pièce. C’est le désiphonnage, et un raccordement plus long l’aggrave, puisqu’il met plus d’air en mouvement.
Les règlements sanitaires départementaux, à leur article 42, demandent que la chute monte jusqu’au-dessus du toit, sans réduire son diamètre, pour s’ouvrir à l’air libre. C’est la ventilation primaire, et elle est obligatoire.
Les clapets équilibreurs de pression, souvent présentés comme la solution à tout, ne sont admis qu’à certaines conditions :
- Au moins un évent réel reste obligatoire par maison individuelle, et par groupe de vingt logements dans un immeuble. Le clapet ne remplace jamais la totalité de la ventilation.
- Le clapet ne s’installe pas dans une cuisine, ni encastré derrière une plaque de plâtre. Il doit rester dans un comble ventilé ou une pièce de service à ventilation permanente, et rester accessible sans démonter d’élément de construction.
- Il doit être sous avis technique. Un clapet acheté sans avis technique n’est pas conforme, quel que soit son prix.
L’article sur la douche à l’italienne et sa pente d’évacuation reprend le sujet côté receveur, et celui sur le raccordement d’un lave-vaisselle sur l’évacuation de l’évier le traite côté cuisine, où la même contrainte s’applique.
Si le test échoue : raccourcir, surélever ou relever
Si vos relevés ne passent pas, ce qui arrive souvent dans un logement existant, plusieurs solutions restent possibles.
Renoncer au déport, ou le raccourcir
C’est la solution la moins chère. Ramener le WC à 1,20 m au lieu de 2,50 m suffit souvent à rendre le projet faisable sans toucher au plancher, et il n’en coûte qu’un nouveau plan. Une douche ou un évier, évacués dans un tube plus petit, se déplacent bien plus loin qu’un WC en 100 mm : quand le plan doit céder, mieux vaut laisser le WC en place et déplacer le reste autour. Ce choix se fait avant la chape, et il fait partie de ce qui ne se rouvre pas sur un chantier de rénovation.
Décaisser, ou remonter le sol
Vous gagnez alors de la hauteur, par le bas en décaissant ou par le haut en surélevant le sol. Décaisser une dalle porteuse touche à la structure du bâtiment : faites-le valider par un professionnel. Surélever le sol est à votre portée, mais vous aurez une marche à l’entrée de la pièce, des portes à recouper et des plinthes à reprendre. Avant de choisir cette voie, vérifiez que la porte peut être raccourcie d’autant sans entamer sa traverse du bas.
Passer en relevage
Une pompe de relevage remonte les eaux usées vers un point plus haut que l’appareil, là où la pente ne suffit pas. En contrepartie, elle fait du bruit à chaque évacuation, demande de l’entretien, et l’appareil devient inutilisable à chaque panne. Elle ne dispense pas non plus de la ventilation : le règlement sanitaire précise que, même avec un poste de relevage, rien ne doit gêner la circulation de l’air dans le réseau. Enfin, il lui faut sa propre alimentation électrique, donc une ligne à tirer, à prévoir dans le planning du chantier.
Le broyeur n’est pas une rallonge d’évacuation
Le broyeur est souvent vendu comme le moyen de mettre un WC n’importe où, mais le règlement sanitaire départemental est plus restrictif. Son article 47, repris du modèle national, dit ceci :
- Le dispositif de désagrégation des matières fécales est interdit dans tout immeuble neuf, quelle que soit son affectation.
- Dans l’ancien, il peut être installé « exceptionnellement et après avis de l’autorité sanitaire », pour équiper un logement qui est totalement démuni de cabinet d’aisances, faute de possibilité technique de raccordement. Ce n’est pas le régime d’un second WC de confort dans un cellier.
- Le conduit d’évacuation « ne doit comporter aucune partie ascendante ».
Ce dernier point est important : un WC installé plus bas que son évacuation, avec un tuyau qui remonte, va à l’encontre du texte, même si l’emballage l’annonce. Les hauteurs affichées disent seulement jusqu’où la pompe peut remonter l’eau.
Un arrêté du 10 juillet 2024 a repris ces règles techniques au niveau national, dont l’interdiction de toute partie qui remonte et celle du raccordement sur les eaux pluviales. L’interdiction en immeuble neuf et la condition du logement sans WC restent fixées par les arrêtés de chaque préfecture. La règle qui vous est applicable est donc locale, et elle se lit dans le règlement sanitaire de votre département, publié par la préfecture ou par l’agence régionale de santé.
Enfin, en cas de panne du broyeur, le texte interdit d’utiliser les toilettes jusqu’à la réparation.
En appartement, la colonne ne vous appartient pas
En copropriété, la frontière est simple, mais on la place souvent mal. Le tuyau qui ne dessert que votre logement est privatif. La colonne de chute collective est une partie commune, en application de l’article 3 de la loi du 10 juillet 1965, y compris pour la portion qui traverse votre appartement. Des tribunaux ont même jugé que la culotte, la pièce qui raccorde votre tuyau à la colonne, était une partie commune quand elle est encastrée et inaccessible. Votre règlement de copropriété peut dire autre chose : lisez-le avant d’argumenter.
Créer un nouveau piquage sur la colonne, la percer ou la déplacer, ce sont donc des travaux affectant une partie commune. Ils passent en assemblée générale, à la majorité de l’article 25 b de la loi de 1965, c’est-à-dire la majorité des voix de tous les copropriétaires. Si votre prochaine assemblée est dans huit mois, votre chantier attendra huit mois, à moins de le redessiner dans les limites de votre lot. Inscrivez ce délai dans le calendrier dès que le plan est arrêté.
Colonne commune, dalle porteuse, évent en toiture : à confier
Pour ces interventions, faites appel à un professionnel, sans exception.
- Toute intervention sur une colonne collective en copropriété. Percement, piquage, déviation du tuyau : un désordre s’y propage aux logements du dessous, et la responsabilité engagée n’est pas la vôtre seule.
- Tout décaissement d’une dalle porteuse ou toute entaille de solive pour loger une canalisation. C’est une question de structure, qui se traite avec un bureau d’études comme pour l’ouverture d’un mur porteur.
- Toute reprise de ventilation de chute qui suppose de monter en toiture ou de modifier un évent. Le travail en hauteur et l’étanchéité de toiture sont deux métiers à part entière.
Le reste, un déport d’évier sous un meuble, un raccordement de lave-linge, une déviation de tuyau dans une cloison que vous montez vous-même, est à votre portée dès lors que vos relevés sont écrits.
Questions fréquentes
- Aucun texte ne fixe de distance maximale. La longueur possible se calcule en divisant la hauteur disponible, en centimètres, par la pente retenue, entre 1 et 3 cm par mètre. Avec 6 cm de hauteur et 2 cm par mètre de pente, vous disposez de 3 m. Le diamètre de 100 mm courant pour un WC pèse aussi sur le déport : un tube de cette taille ne se loge pas dans une chape de 5 cm.
- Entre 1 et 3 cm par mètre, soit 1 à 3 %. En dessous, l’écoulement stagne. Au-dessus, l’eau part plus vite que les matières, qui se déposent et forment un bouchon.
- Rarement. La plupart des WC se raccordent en 100 mm, et certains modèles acceptent un tube de 80 mm : vérifiez sur la fiche du fabricant. Un tube de 100 mm se loge mal dans une chape de faible épaisseur, ce qui limite le déport. Pour les eaux grises, comptez 32, 40 ou 50 mm selon l’appareil.
- Non. Les règlements sanitaires départementaux l’interdisent dans tout immeuble neuf et le réservent, dans l’ancien, aux logements dépourvus de WC faute de raccordement possible. Son conduit d’évacuation ne doit comporter aucune partie ascendante. Vérifiez le règlement sanitaire de votre département avant d’acheter.
- Oui, dès que vous touchez à la colonne collective, qui est une partie commune. Le vote se fait en assemblée générale à la majorité de l’article 25 b de la loi du 10 juillet 1965. Un déport qui reste entièrement dans vos canalisations privatives ne demande pas d’autorisation, sauf clause contraire du règlement de copropriété.
En résumé : relevez chute, pente et hauteur disponible, puis dessinez le plan
Relevez le point de raccordement, la hauteur disponible, la distance réelle et le diamètre de la chute avant de commander le carrelage : vous saurez si votre plan tient sans avoir dépensé un euro. La hauteur sous le receveur, l’étanchéité et la disposition du carrelage se décident ensuite, et le budget des fournitures de la pièce entière se lit sur l’estimation d’une salle de bain. En cuisine, la même contrainte s’applique à l’évier et fixe son emplacement bien avant le triangle d’activité, comme le rappelle l’article sur ce qu’il faut régler avant de refermer les murs d’une cuisine.
Une fois le plan validé, Murmur chiffre chaque poste de la salle de bain à partir des cotes que vous saisissez : quantités de matériaux, arrondies aux boîtes et aux sacs du commerce, et liste de courses à cocher au fil des achats.
Les sources
- Le NF DTU 60.11 P2, règles de calcul des installations de plomberie sanitaire, édition d’août 2013, CSTB.
- La liste des DTU en vigueur, qui donne le millésime de chaque partie, CSTB.
- L’arrêté du 10 juillet 2024 relatif aux dispositifs de désagrégation et d’évacuation des matières fécales, Légifrance.
- L’article 25 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété, Légifrance.
Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.
Chiffrez votre salle de bain depuis vos cotes
Saisissez les cotes de chaque poste dans Murmur : il calcule les quantités de matériaux, les arrondit aux boîtes et aux sacs du commerce et dresse la liste de courses.

