Vous avez posé la première rangée de faïence bien à plat sur le sol, et tout s’est enchaîné pendant deux jours. Puis la dernière rangée arrive sous le plafond, et il reste 2 cm à combler. Une bande de 2 cm de large, sur les 3 mètres du mur, pile en face de la porte.
C’est le seul endroit que le regard trouve en entrant, et cette bande ne se rattrape pas. Un carreau se décolle au maillet dans l’heure qui suit sa pose ; une fois la colle prise, reprendre 6 m² de faïence murale coûte une journée et la moitié des carreaux. Poser de la faïence murale soi-même est à la portée de tout le monde : ce sont les décisions prises avant le premier carreau qui font la différence.
Voici le classement à chercher sur la boîte, le point de départ du calepinage, et les quatre chiffres qui commandent la colle et les joints. Si vous refaites la pièce entière, replacez d’abord la faïence dans la séquence du guide de rénovation d’une salle de bain : sur 5 m², elle arrive après les étanchéités et avant les sanitaires.
1. UPEC ou WallPEC : le classement qui ne parle pas de vos murs
En magasin, l’étiquette vous parlera d’UPEC. Ce classement du CSTB note quatre résistances : Usure, Poinçonnement, tenue à l’Eau, tenue aux agents Chimiques. Il ne concerne que les sols. Sur un mur, il ne veut rien dire.
La faïence murale a son propre classement depuis 2021, le WallPEC, porté par la certification QB 50 du CSTB. Il ne garde que 2 lettres sur les 4, celles qui ont un sens sur une paroi verticale : E pour la tenue à l’eau, celle qui sépare un carreau de crédence d’un carreau de fond de douche, et C pour la tenue au détartrant. Un carreau de premier choix relève en plus de la norme NF EN 14411. Sans ces deux mentions sur la boîte, vous n’avez aucun repère écrit pour arbitrer entre deux références au même prix.
2. C’est le mur qui porte la faïence, pas la colle
Une faïence qui sonne creux ou qui se fend en ligne trahit presque toujours le support. Trois points se règlent avant d’ouvrir un sac de 25 kg.
- La planéité. Le NF DTU 52.2 demande un support dont la règle de 2 m ne révèle pas plus de 5 mm d’écart sur une cloison en plaque de plâtre. Un mortier-colle rattrape 2 ou 3 mm, pas un ventre de mur : au-delà, ratissez à l’enduit.
- La plaque. En pièce d’eau, la plaque hydrofuge se décide au moment de l’ossature, pas au moment du carrelage. Le guide complet de la cloison en placo donne les entraxes à tenir sous une faïence murale, qui pèse de 15 à 20 kg par m² une fois collée.
- L’étanchéité. Aucun carreau ne se pose avant le Système de Protection à l’Eau sous Carrelage (SPEC) : deux couches croisées de résine, des bandes marouflées dans les angles, 2,00 m de hauteur dans la douche. L’article sur l’étanchéité sous carrelage détaille le geste. Carreler sur une plaque nue, c’est prendre rendez-vous chez le voisin du dessous.
3. Le calepinage : le premier carreau ne se pose pas au sol
Le calepinage, c’est le plan de pose : où tombe le premier carreau, où tombent les coupes, et à quoi ressemble le mur une fois fini. Il se dessine au mètre et au crayon en 20 minutes.
Règle d’or : une pose de faïence ne démarre jamais au ras du sol, qui accuse couramment 1 cm de dénivelé sur 3 mètres.
- Reportez la coupe en bas, jamais en haut. Divisez la hauteur à carreler par la hauteur du carreau, joint compris. Si le reste tombe sous un tiers de carreau, descendez le trait de départ pour élargir la rangée basse. Une coupe qui longe le sol disparaît derrière un meuble ; une coupe de 2 cm sous le plafond est en pleine lumière.
- Partez d’un trait de niveau et d’un tasseau. Repérez le point le plus haut du sol fini, remontez d’une hauteur de carreau, tracez au cordeau, puis vissez un tasseau sur ce trait : il porte la première rangée pendant les 24 heures de prise. La rangée du bas se pose en dernier.
- Répartissez les coupes latérales des deux côtés. Comptez les carreaux entiers dans la largeur du mur. Si le reste fait moins d’un demi-carreau, décalez le départ d’un demi-carreau : vous obtenez 2 coupes égales et plus larges. En dessous d’un tiers de carreau, la bande casse à la coupe et se voit à 3 mètres.
- Donnez les carreaux entiers au mur d’en face. Les coupes partent dans l’angle derrière la porte, derrière la colonne de douche ou sous la vasque.
4. Peigne, double-encollage, temps ouvert, joint : les quatre chiffres
- La denture du peigne suit le format. 6 mm jusqu’au 20 × 20 cm, 8 à 10 mm jusqu’au 40 × 40 cm, 10 à 12 mm au-delà. Un peigne trop fin laisse des vides sous le carreau, et un vide sous une faïence de douche est une réserve d’eau.
- Le double-encollage dès 1 200 cm². Le NF DTU 52.2 impose d’encoller le mur et le dos du carreau au-delà de 1 200 cm² en intérieur, soit dès le 30 × 40 cm. Entre 500 et 1 200 cm², il s’impose déjà quand la porosité descend sous 0,5 %, ce qui vise la plupart des grès cérame. En mural intérieur, le format s’arrête à 3 600 cm².
- Le temps ouvert : 20 minutes. Un mortier-colle C1 ou C2 conforme à la NF EN 12004 tient 20 minutes entre le peignage et la pose du carreau ; une colle classée E dépasse 30 minutes. Après, la colle a formé une peau : le carreau adhère en apparence et se décolle six mois plus tard. Ne peignez jamais plus d’un mètre carré d’avance.
- Le joint : 2 mm au minimum. Le NF DTU 52.2 retient 2 mm sur un carreau rectifié, davantage sur un carreau non rectifié dont les bords ne sont pas calibrés. Il absorbe la dilatation et les écarts de dimension d’une même série. Prenez les croisillons à cette largeur, en croix pour une pose droite, en T pour une pose décalée. Les angles rentrants, eux, se ferment au mastic silicone : un joint ciment y fissure au premier mouvement de la cloison.
Le conseil Murmur : toutes les dix minutes, retirez un carreau que vous venez de poser et regardez son dos. Si moins de 85 % de sa surface porte de la colle, votre peigne est trop fin ou votre temps ouvert est dépassé ; en zone de douche, visez 95 %. Le contrôle prend trente secondes tant que la colle est fraîche, et un burin après.
5. Ce qu’il faut commander, et ce qu’on oublie
- La faïence et ses pertes de coupe. Comptez 10 % de perte sur une pose droite, 15 % en diagonale, en chevron ou en petit format. Commandez la totalité en une fois : deux bains de cuisson ne donnent pas la même nuance.
- La colle. En double-encollage, comptez au moins 7 kg/m² de mortier-colle, contre 3 à 5 kg/m² en simple encollage. Le calculateur de colle et de carrelage fait le compte en sacs et en cartons, pertes comprises, et donne le peigne adapté au format.
- L’outil de coupe. Une carrelette manuelle coupe droit une faïence de 8 mm pour le prix de 2 sacs de colle. Le coupe-carreaux électrique ne devient nécessaire qu’au-delà : découpes en L autour d’une prise, grès cérame épais, grands formats. Louer ou acheter son outillage donne le seuil de bascule.
- Le silicone et les profilés d’angle, qu’on découvre manquants le jour de la pose.
Si votre douche est une italienne, la zone de sol obéit à d’autres règles : la pente de 1 à 2 % impose un petit format, détaillé dans faire une douche à l’italienne soi-même.
En résumé : le mur se dessine avant d’être collé
Poser de la faïence murale soi-même tient à quatre décisions prises avant le premier carreau : un support plan à 5 mm sous la règle de 2 m et protégé par un SPEC, un trait de départ calculé pour renvoyer la coupe en bas plutôt qu’en haut, une denture de peigne accordée au format, et le double-encollage dès 1 200 cm². Le reste tient dans la patience et une éponge.
Dans Murmur, la faïence n’entre dans la liste des courses qu’une fois l’étanchéité cochée, et la quantité se calcule sur votre métré avec vos 10 ou 15 % de pertes. Un carton commandé trop juste ne se rattrape plus quand la référence a changé de bain de cuisson.
Pour aller plus loin
- Étanchéité sous carrelage (SPEC) : quand et comment l’appliquer ?, l’étape qui précède obligatoirement la pose.
- Poser du placo soi-même : le guide complet de la cloison, pour un support plan en pièce d’eau.
- La certification QB WallPEC, sur le site du CSTB.
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Calculez vos surfaces de carrelage, de colle et d’étanchéité dans Murmur, et posez chaque étape au bon moment.
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