Le tableau à fusibles en porcelaine vissé dans l’entrée depuis des décennies a tout l’air d’une affaire de deux heures de câblage : un coffret neuf, une poignée de disjoncteurs. La réglementation n’exige pas d’attestation du Consuel pour un tableau remplacé seul ; si vous en demandez une, elle coûte 147,66 € au format électronique.
Remplacer son tableau électrique soi-même est légal, et un particulier soigneux peut tout à fait le faire. Les erreurs qui coûtent cher viennent surtout de l’ordre : acheter le coffret avant d’avoir regardé ce qu’il y a derrière le mur, ou ouvrir avant d’avoir vérifié que l’installation est bien hors tension. Le droit de poser et la couverture de l’assurance sont traités dans l’article sur le droit de refaire son électricité soi-même . Ici, il ne sera question que du tableau.
Couper le courant, puis prouver que c’est coupé
Sur un tableau électrique encore sous tension, ne dévissez et ne débranchez rien. Procédez dans cet ordre.
- Abaissez les disjoncteurs divisionnaires, rangée par rangée, puis les interrupteurs différentiels qui les commandent.
- Basculez le disjoncteur de branchement sur 0. C’est l’appareil placé en tête d’installation, contre le compteur ou dans la gaine technique. Tout le logement s’éteint.
- Bloquez la manette avec du ruban adhésif ou un cadenas de consignation, et posez dessus un mot bien lisible. Quelqu’un finira par vouloir savoir pourquoi il n’y a plus de lumière, et ce quelqu’un est parfois vous. Avant de couper, prévoyez de quoi travailler sans tableau : l’article sur l’électricité provisoire de chantier décrit l’installation.
- Testez votre appareil sur une source sous tension, avec son autotest ou sur une prise d’un autre logement. Un appareil en panne vous dira qu’il n’y a de tension nulle part.
- Vérifiez l’absence de tension sur chaque conducteur du tableau, puis contrôlez de nouveau le fonctionnement de l’appareil. Sans ce second essai, la mesure ne prouve rien.
Cet appareil s’appelle un vérificateur d’absence de tension (VAT) : un détecteur de tension dont on contrôle le fonctionnement juste avant et juste après chaque vérification. Un tournevis testeur à néon ne fait pas l’affaire, car il s’allume à travers un corps humain et ne dit rien du neutre.
Une manette abaissée ne suffit pas : l’absence de tension se mesure.
Le conseil Murmur : repérez les départs avant la coupure générale, capot fermé, en n’actionnant que des manettes. Abaissez un disjoncteur, demandez à quelqu’un de faire le tour du logement pour dire ce qui s’est éteint, et notez la pièce sur un ruban de masquage collé au-dessus de la manette. Avec ce repérage, vous ne risquez pas de rebrancher la chambre du fond sur le circuit de la cuisine.
Où s’arrête votre installation : le disjoncteur de branchement
Le disjoncteur de branchement, ou appareil général de commande et de protection (AGCP), marque la limite de votre installation. Tout ce qui se trouve avant lui appartient au gestionnaire du réseau, Enedis dans la plupart des communes : le câble d’alimentation, le compteur, et les bornes d’entrée du disjoncteur, qui restent sous tension même manette baissée. Elles sont plombées, et vous ne devez jamais y toucher.
- Le calibre ne se règle pas librement. Il dépend de la puissance souscrite : 15 à 45 A, 60 A ou 90 A. Pour le changer, il faut modifier votre contrat, donc faire venir le distributeur.
- Sa sensibilité différentielle est de 500 mA. Les personnes sont protégées par les interrupteurs différentiels 30 mA, en tête de rangée du nouveau tableau électrique.
- Le plomb ne se coupe pas. Un scellé brisé se voit, et votre chantier devient alors une intervention frauduleuse sur le réseau.
Entre ce disjoncteur et votre tableau électrique, tout se loge dans la gaine technique logement (GTL), un volume vertical réservé du sol au plafond. Si le tableau change de place, cette liaison doit le suivre, et vous sortez du simple remplacement à l’identique.
Quand l’attestation Consuel est exigée
Changer son tableau électrique sans électricien ne demande aucune autorisation : vous coupez au disjoncteur de branchement, vous déposez l’ancien coffret et vous posez le neuf au même endroit, sans dossier à envoyer ni visite à attendre.
Le texte qui s’applique, l’article D342-19 du code de l’énergie, en vigueur depuis le 1er janvier 2025, exige une attestation de conformité visée avant la mise sous tension dans deux cas : une nouvelle installation à caractère définitif, et une installation entièrement rénovée dont le distributeur a coupé l’alimentation à la demande de son client. Un tableau remplacé seul n’entre dans aucun des deux.
Vous pouvez néanmoins demander une attestation auprès du Comité national pour la sécurité des usagers de l’électricité (CONSUEL). Le Cerfa jaune de l’installation domestique coûte 147,66 € TTC au format électronique et 149,17 € au format papier, au barème en vigueur depuis le 1er septembre 2026, et le dossier se dépose trois semaines avant la date prévisionnelle de raccordement.
Les deux constats qui arrêtent le remplacement
Vérifiez-les avant l’achat, en démontant une prise et une boîte de dérivation.
Il n’y a pas de conducteur de terre
Vos circuits n’ont que deux fils, une phase et un neutre, sans aucun conducteur vert et jaune. Un tableau neuf n’y changera rien : le coffret ne crée pas de terre, et les personnes ne seront toujours pas bien protégées.
Pour créer cette terre, il faut une prise de terre dont la résistance mesurée ne dépasse pas 100 Ω avec un disjoncteur de branchement de 500 mA, puis un conducteur de protection ajouté sur chaque circuit, ce qui oblige à rouvrir les murs. Le chantier devient une réfection des réseaux, et en appartement, la copropriété s’en mêle vite.
Un tableau à fusibles en porcelaine
Ses coupe-circuits sont à cartouche, ou parfois à fil de plomb nu. Le porte-fusible se dépose en dix minutes, mais ce qu’il alimente demande plus d’attention, à commencer par la section des conducteurs, que la norme NF C 15-100 associe à chaque calibre (1,5 mm² pour 16 A).
Si vous posez un disjoncteur 16 A neuf sur un conducteur de 1 mm², le calibre est trop élevé pour la section du câble, qui n’est plus protégé. Avant de commander quoi que ce soit, faites venir un électricien pour un diagnostic de l’existant. Les sections et les calibres qui vont par paire sont détaillés dans l’article sur la norme NF C 15-100 et le nombre de circuits, et le calculateur de section de câble et de disjoncteur vérifie le couple circuit par circuit.
Combien coûte un tableau électrique complet
Pour un tableau de trois rangées de 13 modules, il vous faut :
- le coffret nu ;
- les interrupteurs différentiels 30 mA, dont au moins un type A, exigé pour certains circuits ;
- les disjoncteurs divisionnaires, un par circuit ;
- les peignes d’alimentation, les borniers et les fils souples de câblage interne.
Le total dépend de la marque et du nombre de circuits, Consuel non compris : relevez les prix en rayon pour votre liste avant de commander.
Au premier passage en caisse, on oublie souvent les embouts de câblage, ces manchons sertis au bout d’un conducteur souple pour qu’aucun brin ne s’échappe de la borne. Ils coûtent quelques euros les cent, mais il faut une pince à sertir. On oublie aussi le parafoudre, à poser en tête de tableau. La NF C 15-100 l’impose sur un bâtiment équipé d’un paratonnerre. En zone AQ2, elle l’impose aussi quand une coupure met en jeu la sécurité des personnes, une médicalisation à domicile par exemple, et quand l’alimentation arrive par une ligne aérienne. Pour la ligne aérienne seulement, une analyse du risque peut justifier de s’en passer.
La pince à sertir se loue ou s’achète. Le VAT, lui, s’achète et se garde : un appareil emprunté, vous ne savez pas dans quel état il est. Pour chaque outil, le choix entre location et achat est détaillé dans le comparatif sur la location ou l’achat de l’outillage.
Si vous demandez une attestation, ajoutez les 147,66 € du Cerfa jaune et gardez 238,44 € de côté pour une éventuelle contre-visite, dans la marge d’imprévus, avant d’arrêter le budget. Pour la calculer, vous pouvez utiliser l’estimateur de marge d’imprévus.
En résumé : coupez, vérifiez au VAT, puis achetez le coffret
Repérez les départs, coupez, bloquez la manette, vérifiez au VAT, ouvrez et regardez ce qu’il y a derrière : le passage en caisse vient en dernier. La place de ce poste dans la chronologie du chantier est décrite dans l’ordre idéal pour rénover sa maison soi-même.
Gardez les photos du tableau déposé, la facture du coffret et le schéma des départs : ils font partie des pièces à verser au carnet d’information du logement.
Le catalogue de Murmur ne comprend pas le remplacement d’un tableau. En revanche, la pose d’une prise, d’un interrupteur ou d’un luminaire y est chiffrée avec ses fournitures et découpée en étapes.
Questions fréquentes
- Oui, dans votre propre logement, à condition de travailler hors tension et de respecter la norme NF C 15-100. Aucune autorisation n’est demandée tant que le distributeur n’intervient pas sur l’alimentation, et c’est le cas quand vous coupez au disjoncteur de branchement pour reposer le coffret neuf au même endroit.
- Pas pour remplacer un tableau seul : le texte ne l’exige que pour une installation neuve ou entièrement rénovée, avec mise hors tension par le distributeur à la demande du client. Vous pouvez tout de même demander une attestation, qui liste les circuits couverts.
- Avec un vérificateur d’absence de tension bipolaire, que vous testez sur une source sous tension avant et après la mesure. Vérifiez l’absence de tension sur chaque conducteur du tableau, puis contrôlez de nouveau le fonctionnement de l’appareil. Un tournevis testeur à néon ne convient pas : il ne dit rien du neutre.
- Dans ce cas, le remplacement du tableau s’arrête là. Sans conducteur de protection, l’installation n’a pas de terre, et un interrupteur différentiel 30 mA ne la remplace pas. Créer une terre suppose une prise de terre dont la résistance, mesurée, ne dépasse pas 100 Ω avec un disjoncteur de branchement de 500 mA, et un conducteur de protection sur chaque circuit.
- Le prix dépend du coffret, du nombre de rangées et de la marque des interrupteurs différentiels 30 mA et des disjoncteurs ; relevez-le en rayon pour votre composition, Consuel non compris. Les embouts de câblage et le parafoudre s’ajoutent souvent au second passage en caisse.
Les sources
- Article D342-19 du code de l’énergie, en vigueur depuis le 1er janvier 2025, Légifrance.
- La série de normes NF C 15-100 sur les installations électriques à basse tension, AFNOR.
- Le barème des attestations de conformité CONSUEL, CONSUEL.
Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.
Ce que Murmur chiffre en électricité
Le catalogue de Murmur ne remplace pas de tableau, mais il chiffre la pose d’une prise, d’un interrupteur ou d’un luminaire avec ses fournitures.

