Le tableau est câblé, les cloisons sont fermées, et vous découvrez qu’il manque un circuit spécialisé pour le lave-vaisselle. Il faudra rouvrir une saignée dans un mur peint, ou brancher l’appareil sur la ligne des prises et vivre avec un disjoncteur qui saute un dimanche sur deux. En rénovation électrique, tout se joue au moment du comptage des circuits, avant la première gaine.
La référence est la norme NF C 15-100, qui fixe les sections de câble, les protections et le nombre de points par pièce. Voici comment dimensionner vos circuits et votre tableau, et où s’arrête l’auto-rénovation.
Cette étape se place tôt dans le chantier, juste après la dépose et avant l’isolation : la séquence complète est décrite dans l’article sur l’ordre des étapes de rénovation.
1. La règle qui ne souffre aucune exception : section et disjoncteur vont par paire
Chaque circuit associe une section de conducteur, exprimée en mm², et un disjoncteur divisionnaire d’un ampérage maximal. Le disjoncteur protège le câble avant de protéger l’appareil. Un calibre trop élevé sur une section trop fine laisse le fil chauffer sans jamais déclencher.
| Type de circuit | Section minimale | Disjoncteur maximal | Nombre de points |
|---|---|---|---|
| Éclairage | 1,5 mm² | 16 A | 8 points lumineux |
| Prises de courant | 1,5 mm² | 16 A | 8 socles |
| Prises de courant | 2,5 mm² | 20 A | 12 socles |
| Circuit spécialisé (four, lave-linge, lave-vaisselle) | 2,5 mm² | 20 A | 1 appareil |
| Plaque de cuisson | 6 mm² | 32 A | 1 appareil |
Ces conducteurs passent en gaine ICTA, posée avant la fermeture des cloisons. Si les vôtres sont en plaques de plâtre, les boîtiers d’encastrement se positionnent pendant le montage de l’ossature : le calcul des entraxes est détaillé dans l’article sur les rails et montants de placo.
2. Le tableau : ce qu’il doit contenir, et ce qu’il doit garder libre
- La GTL, gaine technique logement. Un emplacement vertical réservé à l’électricité et aux communications, du sol au plafond. Rien d’autre n’y passe, ni eau, ni gaz.
- Les interrupteurs différentiels 30 mA. Placés en tête de rangée, ils protègent les personnes contre les fuites de courant. Comptez au minimum deux interrupteurs différentiels par logement, dont au moins un de type A, imposé pour la plaque de cuisson et le lave-linge.
- Une réserve de 20 % de modules libres sur chaque rangée. Un tableau rempli à ras bord condamne toute évolution, et c’est le poste le moins cher à anticiper : quelques centimètres de rail DIN.
Règle d’or : on ajoute un circuit à un tableau, jamais un appareil à un circuit déjà occupé.
3. Les circuits obligatoires, pièce par pièce
- Cuisine. Un circuit 32 A dédié à la plaque de cuisson, trois circuits spécialisés 20 A pour le four, le lave-vaisselle et le lave-linge, et 6 socles de prise dans la pièce dès qu’elle dépasse 4 m². Quatre de ces six socles se répartissent au-dessus du plan de travail, à 8 cm au moins de sa surface. Les deux autres se placent ailleurs dans la pièce, à 1,30 m du sol au plus, hauteur maximale retenue pour l’accessibilité. En dessous de 4 m², la cuisine descend à 3 socles. Aucun socle au-dessus des plaques ni de l’évier ; la prise de hotte fait exception, à 1,80 m au minimum. C’est le poste le plus dense d’un logement, et celui que détaille le guide de rénovation d’une cuisine.
- Salle de bain. Le découpage en volumes 0, 1 et 2 commande tout : aucun socle de prise dans le volume 0, ni dans les volumes 1 et 2, qui couvrent la baignoire, la douche et leurs abords immédiats. La liaison équipotentielle locale relie toutes les masses métalliques de la pièce. Les percements de la cloison de douche se traitent en même temps que l’étanchéité sous carrelage, sous peine de percer le film après coup.
- Chambres et séjour. Trois socles minimum par chambre. Dans le séjour, un socle par tranche de 4 m², avec cinq socles au minimum.
Les saignées de ces circuits se font en même temps que celles de la plomberie, pour ne rouvrir les murs qu’une fois. Le choix du tuyau se prépare en parallèle, dans le comparatif PER ou multicouche.
Le conseil Murmur : photographiez chaque mur ouvert, gaines et boîtiers visibles, mètre déplié dans le champ, avant de visser la première plaque. Le jour où vous percerez pour fixer une étagère ou un meuble haut, ces photos vaudront plus qu’un détecteur de métaux.
4. Où s’arrête l’auto-rénovation
Câbler ses circuits soi-même est légal. Se raccorder au réseau public sans contrôle ne l’est pas.
Le décret du 14 décembre 1972 impose une attestation de conformité visée par un organisme agréé avant toute mise sous tension par le distributeur, pour une installation neuve comme pour une installation entièrement rénovée dont l’alimentation a été coupée le temps des travaux. Sur une rénovation partielle, cette attestation reste possible à la demande du propriétaire et précise alors les circuits qu’elle couvre.
Trois situations appellent un professionnel sans discussion : l’intervention en amont du disjoncteur de branchement, qui reste la propriété du distributeur, le remplacement du tableau sur une installation dont vous ne connaissez pas l’historique, et tout logement où l’isolant des conducteurs s’effrite au toucher. Le risque n’est pas le contrôle administratif, c’est l’échauffement derrière une cloison fermée.
5. Chiffrer les fournitures sans oublier de ligne
Une fois les circuits comptés, la liste d’achats se déduit : longueurs de couronnes en 3 x 1,5 mm², 3 x 2,5 mm² et 3 x 6 mm², nombre de disjoncteurs 16 A, 20 A et 32 A, interrupteurs différentiels, gaine ICTA, boîtiers d’encastrement et boîtes de dérivation.
Le poste qui manque le plus souvent au premier passage en caisse n’est pas le câble, c’est le boîtier : un par point de commande, un par socle, et un jeu de rechange pour les percements ratés dans le placo.
En résumé : compter les circuits avant de tirer la première gaine
Le lave-vaisselle sans ligne dédiée du début n’est pas une erreur de câblage, c’est une erreur de comptage. Listez vos appareils, attribuez un circuit spécialisé à chacun, comptez les socles pièce par pièce, additionnez les modules, puis ajoutez 20 % de réserve au tableau. L’ordre est celui-là, et il ne se rattrape pas après la fermeture des cloisons.
Murmur tient ce comptage pour vous à partir des pièces de votre projet, et garde la commande des plaques de plâtre en attente tant que les circuits ne sont pas tous déclarés.
Pour aller plus loin
- La série de normes NF C 15-100 sur les installations électriques à basse tension, AFNOR.
- Le décret du 14 décembre 1972 sur l’attestation de conformité des installations électriques intérieures, Légifrance.
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