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TECHNIQUELecture : 9 min
Publié le 17 septembre 2026Mis à jour le 1 octobre 2026

Mettre un réseau d’eau hors gel avant l’hiver

Fondateur de Murmur, dix ans dans la tech puis une reconversion dans l’artisanat
Élévation d’un réseau d’alimentation vidé, vanne générale fermée et point bas ouvert au-dessus d’un seau, les cinq portions qui restent pleines tracées en terracotta.
Sommaire8 sections

Faut-il vider le réseau d’eau quand le chantier s’arrête trois semaines en décembre, dans un logement sans chauffage ? Oui, entièrement, y compris le PER neuf qui passe derrière la cloison fraîchement montée. Au retour, rien ne se voit : c’est au dégel que l’eau sort, par une fente qu’aucun raccord n’explique, derrière une plaque de BA13 posée la semaine d’avant.

La réparation porte alors sur le parement à déposer, la bande, l’enduit et deux couches de peinture sur la zone touchée, bien plus que sur le tube. Les consignes d’hiver courantes visent un logement habité : purger le robinet extérieur, calfeutrer le compteur, laisser le thermostat en position basse. Aucune ne tient sur un chantier arrêté, où il n’y a ni chauffage à laisser ni occupant pour surveiller.


L’eau restée dans le tube le fait éclater

L’eau fait partie des rares corps qui augmentent de volume en se solidifiant. Un tube rempli d’eau qui gèle n’a nulle part où mettre ce surplus.

Le tube cède pourtant rarement à l’endroit du bouchon de glace. Le bouchon se forme là où il fait le plus froid, puis il grossit et pousse l’eau encore liquide vers l’extrémité du réseau. C’est ce segment coincé entre la glace et un robinet d’équerre fermé qui monte en pression, et il fend la paroi bien plus loin que le point de gel. D’où une première consigne qui ne coûte rien : un robinet laissé ouvert donne une issue à l’eau poussée.

Un chantier arrêté est plus exposé qu’une maison vide, et les causes se cumulent. Le chauffage y est coupé, parfois avec le tableau déposé. Les tubes courent dans l’épaisseur d’un doublage qui ne sépare plus rien de chaud. Et le réseau neuf reste souvent en eau après l’essai en pression, plein par construction, de novembre à février.


Fermer, ouvrir, vidanger : l’ordre qui vide vraiment

Mettre un réseau d’eau hors gel demande cinq gestes, dans cet ordre. Vider par le bas sans ouvrir par le haut ne vide rien : l’eau reste en colonne, retenue par le vide, exactement comme un doigt posé sur une paille.

  1. Fermer la vanne générale du logement, en aval du compteur, puis vérifier qu’elle ferme réellement : ouvrez un robinet et attendez que le filet s’arrête. Une vanne à opercule ancienne ferme parfois mal.
  2. Ouvrir le point de puisage le plus bas, seau en place. Sur un réseau neuf, c’est le robinet de vidange de la nourrice ou le départ le plus bas resté ouvert. L’ordre de pose, de la vanne générale à l’essai en pression, part du même point : ce qui sert à mettre le réseau en eau sert à le vider.
  3. Ouvrir tous les robinets, eau chaude et eau froide, du plus haut au plus bas, et les laisser ouverts jusqu’à la remise en eau. Ce geste casse le vide et laisse la colonne descendre.
  4. Vider le chauffe-eau. Fermez son arrivée, ouvrez la vidange du groupe de sécurité, et ouvrez un robinet d’eau chaude pour laisser l’air entrer. Une cuve de 200 litres met un long moment à descendre, et l’article sur ce que pèse un chauffe-eau plein donne l’ordre de grandeur de l’eau qui y reste.
  5. Vider les siphons déjà posés. La garde d’eau exigée par le NF DTU 60.1 P1-1-3 pour tous les siphons d’appareils est de 50 mm, et ces 50 millimètres gèlent comme le reste. Épongez-les, ou déposez le siphon et bouchez l’attente.

Le conseil Murmur : mettez chaque mitigeur en position centrale avant de partir, ni tout chaud ni tout froid. La cartouche ouvre alors en principe ses deux voies en même temps ; laissée sur une extrémité, elle peut en garder une pleine, et c’est celle-là qui risque de se fendre.


Les endroits qui restent pleins quand vous croyez avoir vidé

La gravité ne vide que ce qui descend. Cinq endroits gardent leur eau après une purge qui semblait complète, et ce sont eux qui cassent.

  • Les horizontales sans pente. Un PER posé à plat en fond de saignée ou sous une chape garde son eau sur toute sa longueur. Enfoui dans la saignée ou la chape, il reste invisible.
  • Le corps des mitigeurs et des robinets d’arrêt. Un robinet d’équerre fermé retient l’eau en amont comme en aval, et la cartouche d’un mitigeur garde la voie qu’elle n’a pas ouverte.
  • Ce qui se trouve derrière un clapet anti-retour. Celui du groupe de sécurité, celui d’un réducteur de pression : il empêche par construction l’eau de repartir en arrière. Ce qui est derrière lui ne se vide que par son propre point bas.
  • Le robinet extérieur et sa traversée de mur. On l’oublie parce qu’il n’est pas dans le logement. Fermez-le depuis l’intérieur, puis purgez-le en le laissant grand ouvert tout l’hiver.
  • La portion conservée en cuivre. Quand le tube neuf rejoint un réseau ancien, l’endroit où le cuivre a été coupé fixe aussi l’endroit où l’eau cesse de descendre. Un raccord mixte posé en point haut laisse tout le cuivre plein derrière lui.

Laisser en pression, calorifuger, chauffer : ce qui ne remplace pas une vidange

L’essai en pression et l’hiver donnent deux consignes contraires. L’essai demande un réseau plein, maintenu sous pression le temps que la notice indique ; le gel demande un réseau vide. La valeur d’épreuve et sa durée figurent au NF DTU 60.1, qui régit les réseaux d’alimentation d’eau froide et chaude sanitaire, et sur la notice de votre raccord, qui prime. Dans l’ordre : faites l’essai, relevez le résultat, videz. Prolongé trois semaines, l’essai laisse un réseau plein exposé au froid.

Restent les parades qui promettent d’éviter la vidange. Les règles professionnelles des canalisations de chauffage et de conditionnement d’air, qui ne couvrent pas l’eau sanitaire mais décrivent les mêmes moyens, en listent cinq : le local maintenu hors gel, la température positive tenue par un fonctionnement au ralenti, le calorifuge avec éventuellement un ruban chauffant électrique, l’antigel, et le choix du parcours.

Transposées sur un chantier arrêté, quatre d’entre elles tombent. Le local hors gel suppose un chauffage, le ralenti suppose une chaudière en service, le ruban chauffant suppose une alimentation électrique maintenue trois semaines dans un logement vide. Et l’antigel ne figure dans cette liste que pour les circuits de chauffage et de conditionnement d’air : il n’a rien à faire dans une alimentation destinée à la consommation. Le choix du parcours se décide à la conception du réseau, pas sur un réseau déjà posé. Reste le calorifuge, qui ralentit le refroidissement sans jamais l’empêcher : il protège quelques heures, jamais trois semaines d’arrêt.

Ce que le froid interdit par ailleurs, colle, enduit et peinture comprises, est détaillé dans l’article sur les températures de travail en logement non chauffé, et le mémo des températures et délais de mise en œuvre en donne les seuils. Ni l’un ni l’autre ne traite le réseau d’eau, qui obéit à d’autres contraintes.


La remise en eau, et le contrôle qui suit le dégel

La remise en eau obéit elle aussi à un ordre, et elle se fait par température positive, pas sur un réseau encore pris en glace.

  1. Refermer tous les robinets avant de toucher à la vanne générale. Un réseau laissé ouvert et remis en eau inonde la pièce en quelques secondes.
  2. Rouvrir la vanne lentement, un quart de tour, puis attendre. Une remise en pression brutale sur un réseau vide provoque un coup de bélier qui trouve les points faibles.
  3. Purger l’air, du robinet le plus bas vers le plus haut, jusqu’à obtenir un filet régulier et silencieux.
  4. Laisser sous pression une nuit avant de refermer quoi que ce soit. Ce délai n’a rien de normatif : c’est celui qui rend visible un suintement lent.

Le contrôle après un gel ne cherche pas au même endroit qu’un contrôle d’essai : une fente de gel s’ouvre dans la paroi du tube, sur une portion droite, et pas au raccord. Regardez le sol et le bas des cloisons avant les jonctions. Une plaque de plâtre qui a bu se reconnaît à un liseré sombre au ras du rail, longtemps avant de goutter.

Un tube encore gelé ne se dégèle pas au chalumeau ni au décapeur thermique : la flamme fait monter la pression de la vapeur dans un volume fermé aux deux bouts, et elle enflamme le doublage qu’elle traverse. Chauffage doux du local, patience, puis remise en eau sous surveillance. Si l’eau est déjà passée, lisez l’article sur la convention IRSI (indemnisation et recours des sinistres immeuble) et les pièces que l’expert réclame avant de déclarer le sinistre.


Colonne montante, réseau déformé, chauffage : à confier

Ces cas se reconnaissent avant le premier geste et sortent du périmètre de l’auto-rénovation.

  • La colonne montante et le compteur. Ils appartiennent à la copropriété ou au service d’eau. Le règlement du service public de l’eau à Paris met la protection du compteur contre le gel à la charge de l’abonné, avec pénalités en cas d’absence de protection. La manœuvre sur la colonne passe par le syndic.
  • Un réseau déjà gelé et déformé. Un tube bombé, un raccord fendu, un corps de robinetterie ouvert : ce réseau ne se remet pas en eau pour voir. La portion se remplace, ou l’intervention se confie à un professionnel.
  • Un circuit de chauffage. Radiateurs, plancher chauffant, chaudière : le fluide n’y est pas de l’eau de consommation, et ni la vidange ni le remplissage ne sont la même opération. C’est le domaine du chauffagiste.

Questions fréquentes

  • Sur un logement habité, oui. Sur un chantier, le chauffage d’appoint suppose une alimentation électrique maintenue et un local fermé, alors que les cloisons sont ouvertes et le tableau parfois déposé. La vidange, elle, ne dépend plus de personne une fois faite. Beaucoup de contrats d’assurance habitation imposent d’ailleurs l’un ou l’autre en cas d’inoccupation prolongée : la clause exacte figure dans vos conditions générales.
  • Il n’existe pas de seuil unique. La durée dépend du diamètre, du volume d’eau immobile, de l’exposition de la paroi et de la vitesse à laquelle la température descend, et aucune valeur publiée ne couvre le cas d’un tube de chantier. La règle qui suit est donc une consigne de métier, et non une durée mesurée : videz dès qu’un arrêt dépasse quelques jours entre novembre et février.
  • Le comportement au gel se lit sur la fiche technique du tube que vous avez posé plutôt que sur sa famille : un PER, un multicouche et un cuivre du même diamètre peuvent se comporter différemment, et les fabricants ne promettent pas tous la même chose. En revanche, quel que soit le tube, un raccord, une olive et un corps de mitigeur ne se déforment pas du tout.
  • Non. Un bouchon de glace peut se former et fondre sans fendre la paroi, surtout si un robinet est resté ouvert quelque part. Le problème est que la fente, quand elle existe, ne se voit pas tant que la glace la bouche. C’est pour cela que la remise en eau se fait lentement, sous surveillance, et qu’on laisse le réseau en pression une nuit avant de refermer la moindre cloison.

En résumé : videz le réseau entier, mitigeurs et points bas compris

Fermez la vanne générale, ouvrez le point bas puis tous les robinets, videz le chauffe-eau et les siphons, et placez les mitigeurs en position centrale. Avant de partir, passez en revue les horizontales sans pente, ce qui se trouve derrière un clapet et le cuivre conservé : aucun de ces endroits ne doit rester plein.

Une vanne d’arrêt de plus sur le réseau facilitera la mise hors gel de l’hiver prochain. Dans Murmur, un chantier de plomberie se chiffre poste par poste, flexibles et siphons compris, et sa pose se suit en étapes numérotées. Le réseau lui-même, tubes et vannes, n’y figure pas.

Les sources

Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.

Application Murmur

Chiffrez vos travaux de plomberie

Murmur chiffre les flexibles et siphons de vos travaux de plomberie, avec la liste de courses qui va avec et la pose étape par étape.

Cet article peut servir à quelqu’un qui attaque le même chantier.

À lire ensuite

Les fournitures de plomberie chiffrées, puis les étapes

Murmur chiffre les fournitures de plomberie, flexibles, siphons et bondes, puis donne les étapes dans l’ordre. L’assistant répond aux questions techniques pendant la pose. Compte gratuit, sur ordinateur et sur Android, bientôt sur iPhone.

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