L’évier d’une cuisine neuve se vide au ralenti depuis le premier jour : derrière les caissons, le tube d’évacuation court sur 2,40 m, posé à plat. Pour lui rendre ses 3 cm de dénivelé, il faut vider le meuble sous-évier, déposer les caissons, ouvrir le doublage et redescendre le percement de la cloison.
Quand on refait sa plomberie soi-même, on est tenté de commencer par l’alimentation, parce que c’est elle qu’on voit : la nourrice, les tubes rouges et bleus, les robinets. C’est le mauvais bout. Un tube sous pression monte, redescend et contourne un obstacle sans rien perdre de son débit. Une évacuation ne fonctionne que si elle descend, et chaque mètre parcouru lui coûte une hauteur qu’aucun raccord ne lui rendra.
Tracez donc dans l’ordre inverse de celui qu’on a en tête : d’abord ce qui ne se plie pas, puis le reste dans la place libre.
L’eau monte sous pression, elle redescend par gravité
Un logement porte deux réseaux d’eau qui ne se comportent pas du tout de la même façon et n’occupent pas la même place. L’alimentation part du compteur, passe la vanne générale et distribue l’eau froide et l’eau chaude sous la pression du réseau public. L’évacuation ramène tout vers la colonne de chute, sans autre moteur que la pesanteur. Les deux ne se rencontrent qu’au pied de chaque appareil, séparés par le siphon.
Tout le chantier part de cette différence. Un tube d’alimentation de 16 mm de diamètre extérieur se loge dans une cloison étroite et se moque de savoir s’il monte ou s’il descend. Une évacuation de WC fait de 80 à 100 mm, ne remonte pas, et perd de la hauteur à chaque mètre franchi. Le rapport d’encombrement entre les deux va de un à six, et il n’y a qu’un des deux réseaux qui accepte de contourner l’autre.
La plomberie se tire en une seule fois, à l’étape des réseaux primaires, quand le logement est encore une coquille vide. C’est la place que lui donne l’ordre idéal pour rénover sa maison soi-même : après la démolition, avant l’isolation, le cloisonnement et la moindre chape. La fenêtre dure quelques jours et elle ne se rouvre pas sans casse.
Ce qu’on a le droit de refaire soi-même, et ce qui ne dépend pas de vous
Aucun texte ne soumet la plomberie d’un particulier à un contrôle avant mise en service. Le Consuel ne vise que l’électricité, et les NF DTU 60.1 et 60.11 sont des documents de référence des marchés de travaux : le NF DTU 60.1 renvoie lui-même aux « documents particuliers du marché ». Le droit de refaire son électricité et sa plomberie soi-même détaille ce régime et ce que votre assurance en fait.
Quelle que soit votre compétence, vous ne touchez pas à ces installations :
- Le compteur et le robinet d’arrêt situé en amont. Ils restent au service des eaux. Vous manœuvrez la vanne générale de votre logement, pas celle du branchement.
- La colonne de chute et les colonnes montantes en copropriété. Ce sont des parties communes. Un piquage neuf dessus, c’est-à-dire un nouveau raccordement, passe par l’assemblée générale, et se confie à un plombier assuré pour cet ouvrage.
- Tout ce qui touche au gaz. L’arrêté du 23 février 2018 encadre les installations de gaz combustible des bâtiments d’habitation, et impose un certificat de conformité délivré par un organisme habilité. Une alimentation de chaudière ou de table de cuisson ne relève pas de l’auto-rénovation.
Prévenez votre assureur avant d’ouvrir les murs, pas après la fuite. Un dégât des eaux causé par une installation que vous avez posée vous-même se règle selon la convention IRSI (Indemnisation et recours des sinistres immeuble) entre assureurs, puis selon votre responsabilité civile.
L’évacuation se trace en premier, parce qu’elle ne se plie pas
Avant le premier achat, vérifiez que la pente, le diamètre et la garde d’eau passent. Si l’un d’eux ne passe pas, revoyez l’implantation des appareils.
Chaque mètre de pente se prend sur la hauteur disponible
Une évacuation horizontale se pose entre 1 et 3 cm de pente par mètre. Le calcul se fait dans ce sens : la hauteur disponible sous l’appareil, divisée par la pente retenue, donne le nombre de mètres praticables. Un évier à 2 cm par mètre qui rejoint une chute à 4 m consomme 8 cm de hauteur, et ces 8 cm se prennent sur votre réserve de plancher.
Trop de pente bouche autant que pas assez. Au-delà de 3 cm par mètre, la fourchette préconisée est dépassée : l’eau peut filer plus vite que ce qu’elle transporte, et les matières restent en route. Quand le calcul ne passe pas, le déplacement d’un WC et sa pente d’évacuation montre les issues possibles.
Le diamètre suit l’appareil : de 32 à 100 mm
Valeurs du NF DTU 60.11 P2 pour des tubes en PVC : 32 mm pour un lavabo, 40 mm pour une douche, un évier, une baignoire, un lave-linge de 6 kg ou un lave-vaisselle, et de 80 à 100 mm de diamètre pour un WC. Le diamètre monte avec la charge à évacuer : une baignoire dont la conduite dépasse 1 m passe de 40 à 50 mm, tout comme un lave-linge de 12 kg, selon le NF DTU 60.11 P2 ; le principe vaut pour une douche à l’italienne et à sa pente d’évacuation comme au raccordement d’un lave-vaisselle sur l’évacuation de l’évier. Ces diamètres, et les pentes qui vont avec, sont rassemblés dans les tableaux de cotes standards de rénovation, avec la source de chaque tableau.
En appartement, c’est le WC, d’un diamètre de 80 à 100 mm, qui peut bloquer un déplacement, avant même la pente. Un tube de 100 mm ne se loge pas dans une chape rapportée, dont l’épaisseur minimale va de 3 à 6 cm selon le NF DTU 26.2. Un évier ou une douche en 40 mm demandent moins de place, ce qui explique qu’une douche se déplace plus facilement qu’un WC, qui reste souvent où il est.
Garde d’eau et ventilation primaire
La garde d’eau est la hauteur d’eau retenue en permanence dans le siphon, qui barre la route aux odeurs de la colonne. Le NF DTU 60.1 en exige 50 mm pour tous les siphons d’appareils. Certains modèles extra-plats rognent cette hauteur ou la remplacent par une membrane : la fiche technique l’indique, et un modèle dont la fiche ne donne pas la hauteur de garde d’eau est à écarter.
Un défaut de ventilation se repère à l’oreille. Une chasse d’eau qui part dans la chute forme un piston qui laisse une dépression derrière lui, et cette dépression aspire la garde d’eau des siphons voisins. Un siphon vidé ne protège plus rien. La parade est la ventilation primaire : le NF DTU 60.1 prolonge la colonne de chute en ventilation jusqu’à l’air libre, dans le même diamètre. Un clapet équilibreur de pression peut la remplacer, sous Avis Technique ou Document Technique d’Application.
Une évacuation ne remonte pas, avec une pente minimum de 1 % dans les parties horizontales.
L’alimentation suit, en étoile depuis la nourrice
Une fois les évacuations tracées, l’alimentation se dessine dans l’espace restant, et elle s’en accommode. La forme que ce guide conseille est la distribution en étoile : une nourrice placée après la vanne générale, un départ par appareil, une vanne d’arrêt sur chaque départ. Son intérêt se mesure le jour d’une fuite : vous fermez le point d’eau concerné et l’eau continue de couler dans le reste du logement.
Le diamètre se lit à l’intérieur du tube, pas sur l’étiquette. Le NF DTU 60.11 fixe 10 mm de diamètre intérieur minimum pour un lavabo, un WC ou un lave-linge, 12 mm pour une douche ou un évier, 13 mm pour une baignoire. Sur les tubes consultés, un tube vendu « 16 » n’a pas le même intérieur selon qu’il est en PER ou en multicouche, et la conversion, le raccord qui va avec et la pince qu’il impose se comparent entre PER et multicouche en plomberie sans soudure. Rares sont les chantiers qui repartent d’une page blanche : quand le tube neuf rejoint un cuivre conservé, l’endroit où le cuivre se coupe se décide avant le raccord mixte.
Le NF DTU 60.11 part de la pression minimale disponible, qu’aucune norme ne vous donne : mesurez-la chez vous, puis comptez un départ par appareil, plus un de réserve. Choisissez un éventuel réducteur de pression d’après la valeur relevée.
Le conseil Murmur : remplissez un seau gradué au robinet le plus éloigné du compteur, chronomètre en main, avant de dessiner quoi que ce soit. Le débit que vous mesurez là est celui dont vous disposerez, et il n’augmentera pas parce que vous aurez posé des tubes plus gros. La mesure prend trente secondes et vous évite de dimensionner une nourrice à six départs pour une arrivée qui ne suit pas.
Dernier point, réglementaire celui-là : l’arrêté du 30 novembre 2005 plafonne la température de l’eau chaude sanitaire à 50 °C aux points de puisage des pièces destinées à la toilette, et à 60 °C dans les autres pièces. Si votre production dépasse ces seuils, posez un mitigeur thermostatique : il met l’installation en conformité. L’appareil qui produit cette eau se pose au même moment, et la pose d’un chauffe-eau avec son groupe de sécurité commence par son support.
Le relevé qui tient sur une page, avant le premier coup de masse
Prenez ces mesures pièce encore équipée, avant la dépose : une fois les appareils partis à la déchetterie, les raccordements existants ne se lisent plus. Aucune ne coûte un euro.
- Le point de coupure. Où se trouve la vanne générale du logement, et si elle tourne encore. Une vanne grippée se remplace avant le chantier, pas pendant une fuite.
- La hauteur disponible sous chaque appareil, du dessous du futur sol fini jusqu’au point de raccordement existant. Elle autorise ou non le déport calculé plus haut.
- La distance à la chute, mesurée en mètres de tube parcourus, coudes compris, et non à vol d’oiseau sur le plan.
- Le diamètre de ce qui existe déjà, mesuré au pied à coulisse sur la canalisation, jamais supposé d’après l’âge de l’immeuble.
- La hauteur des attentes de chaque appareil. Les valeurs courantes figurent dans les cotes standards de rénovation, mais vérifiez toujours la notice du meuble ou du sanitaire que vous avez acheté : un fabricant impose sa cote, et elle prime.
Ces relevés préparent les décisions irréversibles avant travaux. Ajoutez-y une provision : sur un réseau d’eau en logement ancien, ce qu’on découvre derrière le doublage pèse plus lourd que ce qu’on avait chiffré, et l’estimateur de marge pour imprévus donne l’ordre de grandeur à mettre de côté.
L’ordre de pose, de la vanne générale à l’essai en pression
Ne sautez pas le cinquième temps, la mise en eau mur ouvert.
- Couper et vidanger. Vanne générale fermée, point bas ouvert, réseau vide. Une purge incomplète se signale au premier coup de scie. La même séquence sert quand le chantier s’interrompt l’hiver, en allant plus loin : mettre le réseau d’eau hors gel suppose de vider aussi ce que la gravité ne vide pas.
- Poser l’évacuation, en partant de l’appareil le plus éloigné et en descendant vers la chute. La pente se cale à la règle de maçon et au niveau à bulle, pas à l’œil, et se contrôle à chaque longueur.
- Placer les siphons et boucher les attentes. Un bouchon d’attente coûte quelques euros et empêche les gravats de finir dans le collecteur. Vérifiez au passage que chaque siphon restera démontable une fois la finition posée : sous une douche, cela se règle à la pose du receveur.
- Monter la nourrice et tirer les départs, chaque tube sous gaine annelée, chaque départ repéré au feutre indélébile sur la gaine. Le tube reste ainsi retirable sans casser le mur.
- Mettre en eau et en pression, mur ouvert. Les évacuations se testent au seau, appareil par appareil, en surveillant chaque raccord. L’alimentation se met sous pression et se laisse sous surveillance. La valeur d’épreuve et sa durée figurent sur la notice de votre système de raccord : lisez-les avant, elles diffèrent d’un fabricant à l’autre.
- Photographier, puis refermer. Chaque mur ouvert, avec un mètre déplié dans le cadre.
Coordonnez le passage des tubes avec le pré-câblage des gaines avant fermeture des cloisons, qui se fait pendant la même fenêtre. Et avant de visser la première plaque, la checklist avant de refermer un mur reprend point par point ce qui ne se vérifie plus après.
Gaz, colonnes communes, solives : ce qui sort de l’auto-rénovation
Ces situations se reconnaissent avant d’ouvrir la caisse à outils. Le gaz, en totalité, du raccordement de la chaudière à celui de la table de cuisson. Le piquage sur une colonne de chute ou une colonne montante en copropriété, qui touche une partie commune. Le branchement au réseau public et tout ce qui se trouve en amont du compteur, qui reste au concessionnaire.
Le plancher bois est moins évident. Loger un siphon ou une évacuation entre des solives suppose parfois de les entailler ou de les couper, et l’opération touche à la structure du bâtiment. Avant d’ouvrir le plancher, demandez à un professionnel du bâtiment si les solives le permettent, et relisez le règlement de copropriété.
Enfin, si le permis de construire de votre logement est antérieur à juillet 1997, un doute sur l’amiante se lève avant le premier percement, pas après. Colles de sol, conduits et calorifugeages de canalisations peuvent encore en contenir, et le repérage de l’amiante en rénovation donne la marche à suivre.
Questions fréquentes
- Oui, dans votre logement et sur vos ouvrages privatifs. Le Consuel ne vise que l’électricité ; pour l’eau, les textes consultés ne décrivent aucun visa de ce type avant la mise en service. Restent hors de portée le gaz, qui exige un certificat de conformité, les colonnes communes en copropriété, et tout ce qui se trouve en amont du compteur.
- Le NF DTU 60.11 raisonne en diamètre intérieur minimum d’alimentation : 10 mm pour un lavabo, un WC ou un lave-linge, 12 mm pour une douche ou un évier, 13 mm pour une baignoire. Attention à l’étiquette du rayon, qui donne le diamètre extérieur : sur les tubes consultés, un PER 16 et un multicouche 16 n’ont pas le même passage d’eau.
- Entre 1 et 3 cm par mètre. Trop plate, l’eau n’entraîne plus les matières ; trop raide, elle file plus vite qu’elles et les laisse en route. Divisez la hauteur disponible sous l’appareil par la pente retenue : le résultat vous donne la longueur de déport possible, en mètres.
- Aucune règle ne l’impose. C’est pourtant la distribution qui se pose le plus simplement en rénovation. Un départ par appareil et une vanne sur chacun permettent d’isoler un point d’eau sans couper le logement entier. Comptez vos appareils, ajoutez un départ de réserve, et vérifiez le débit disponible avant de choisir le modèle.
- En maison individuelle, oui. En copropriété, non : la colonne de chute est une partie commune, et un piquage neuf dessus relève d’une autorisation de l’assemblée générale. Faites réaliser le raccordement par un plombier assuré pour cet ouvrage, sans quoi une fuite à cet endroit se retourne contre vous.
En résumé : tracez l’évacuation, puis faites passer l’alimentation
Relevez avant le premier achat la pente, comprise entre 1 et 3 cm par mètre, le diamètre imposé par chaque appareil et les 50 mm de garde d’eau au siphon. Tracez d’abord ce qui descend, faites passer ensuite ce qui monte, et mettez le tout en eau pendant que les murs sont encore ouverts : un raccord qui suinte se reprend alors avec un joint.
Dans Murmur, les flexibles, siphons et bondes de vos travaux de plomberie passent dans la liste de courses, cochée au fil des achats. Murmur ne gère pas les tubes du réseau.
Les sources
- Le NF DTU 60.11 P1-1, règles de calcul des installations de plomberie sanitaire, Afnor.
- Le NF DTU 60.11 P2, évacuation des eaux usées et des eaux vannes, Afnor.
- La norme NF EN 274-1, dispositifs de vidage des appareils sanitaires, Afnor.
- L’arrêté du 23 février 2018 relatif aux installations de gaz combustible des bâtiments d’habitation, Légifrance.
- L’arrêté du 30 novembre 2005 modifiant l’arrêté du 23 juin 1978 relatif aux installations fixes destinées au chauffage et à l’alimentation en eau chaude sanitaire, Légifrance.
Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.
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