Avant de fermer un mur sur un réseau d’eau neuf, un plombier l’éprouve à 1,1 fois sa pression de fonctionnement admissible, pendant 10 minutes, avec une pompe d’épreuve. Ouvrir la vanne générale et regarder les raccords cinq minutes n’a rien de comparable : un raccord qui suinte lentement ne perle pas à la pression du compteur, la cloison se ferme le lendemain, et le liseré sombre apparaît au pied de la plaque, sous le lavabo, une fois le mur peint.
Ce qui se répare alors, c’est d’abord le mur. Il faut trouver la fuite, déposer, reposer, puis refaire bandes, enduit et peinture. En immeuble, l’eau passée chez le voisin relève de la convention IRSI entre assureurs, qui déclenche une expertise dès 1 600 € HT de dommages. Mené mur ouvert, un essai en pression coûte un après-midi et une pompe de location. Reste à savoir à quelle pression le conduire, combien de temps, et comment lire une aiguille qui bouge.
Pourquoi l’eau du compteur ne suffit pas à éprouver un réseau neuf
L’eau du compteur arrive à la pression de distribution, celle que le réseau public vous livre et que votre réducteur, si vous en avez un, ramène plus bas. Elle se mesure chez vous, au manomètre, comme le rappelle le guide pour refaire sa plomberie soi-même, dont l’essai en pression est le cinquième temps. Le réseau posé tient davantage : c’est sa pression de fonctionnement admissible (PFA), celle que le tube et ses raccords supportent en service continu, donnée par la documentation technique du fabricant.
La fiche PB2 de l’Agence Qualité Construction (AQC) transpose sur une attestation l’essai du NF DTU 60.1, le document technique unifié des réseaux d’eau froide et chaude sanitaire. Elle place l’épreuve au-dessus de l’une et de l’autre : une pression d’essai égale à 1,1 fois la PFA, tenue 10 minutes. Un raccord qui tient à la pression du compteur a prouvé qu’il tient ce jour-là ; la marge que le réseau doit garder en service reste à vérifier.
La fiche prévoit elle-même où la pression de distribution suffit : les parties apparentes, les tronçons encastrés sans aucun assemblage, et les ajouts de moins de 3 m sur une installation existante. Un réseau neuf dont les raccords disparaissent derrière une plaque n’entre dans aucun de ces cas, et la fiche le dit : les parties qui comportent au moins un raccord s’essaient avant de devenir inaccessibles.
Pompe d’épreuve, manomètre, bouchons : le matériel d’un seul après-midi
Pour un essai en pression, la fiche AQC nomme trois appareils de mesure, une pompe à pression, un manomètre et un thermomètre. S’y ajoutent les bouchons qui ferment le réseau.
- La pompe d’épreuve. Un bac à remplir d’eau, un levier et un manomètre. Demandez au loueur le tarif de la journée et la graduation du manomètre. Pour un seul réseau, la comparaison entre location et achat se fait sur le tarif de la journée de location.
- Le manomètre. Sur un cadran de 60 bar de la taille d’une montre, une baisse de quelques dixièmes ne se voit pas. C’est une limite de lecture, pas une valeur de norme, et elle justifie un second manomètre à échelle plus courte quand la pompe en accepte un.
- Les bouchons. Un par attente, eau froide et eau chaude, plus deux de réserve. Leur modèle suit le système de raccord, glissement, compression ou sertissage, que le choix entre PER et multicouche a déjà tranché.
- Le thermomètre, pour noter la température de l’eau au début et à la fin de l’essai en pression.
Conduire l’essai en pression mur ouvert
Deux préalables, d’après la fiche AQC : le réseau a été rincé avec plus de 20 fois son volume d’eau, et les appareils sensibles comme les mitigeurs thermostatiques sont protégés, ou pas encore posés.
Remplir le réseau et purger l’air
- Mettre le chauffe-eau hors circuit. Son groupe de sécurité est défini par la norme NF EN 1487, et sa soupape s’ouvre au-delà de son tarage. La fiche exclut de l’épreuve tout appareil protégé par une soupape tarée sous la pression d’essai. Faites donc l’essai avant de raccorder le chauffe-eau, ses deux attentes bouchées, eau froide et eau chaude. S’il est déjà en place, débranchez-le des deux côtés : fermer le robinet du groupe ne suffit pas, parce que la sortie d’eau chaude relie encore la cuve au réseau que vous mettez en pression. La pose du chauffe-eau et de son groupe montre ces deux raccordements.
- Boucher toutes les attentes, y compris celles des appareils à venir.
- Remplir lentement, point le plus haut ouvert jusqu’à ce que l’eau y sorte sans crachoter, puis le refermer. L’air se comprime et l’eau presque pas : une bulle restée dans un tube fait ressort, l’aiguille dérive et une petite fuite s’y cache.
Monter en pression, fermer la pompe, ne plus toucher
- Pomper jusqu’à la pression d’essai, soit 1,1 fois la PFA de votre système. La pompe monte bien au-delà : arrêtez-vous à la pression d’essai de votre réseau.
- Fermer la vanne de la pompe, puis noter l’heure, la pression et la température de l’eau.
- Attendre au moins 10 minutes sans rien toucher, en passant d’un raccord à l’autre, du plus bas au plus haut.
- Relâcher lentement par la purge de la pompe, jamais en dévissant un bouchon sous pression.
Le conseil Murmur : glissez une bande d’essuie-tout sous chaque raccord avant de monter en pression. Une goutte se perd sur un laiton couvert de condensation, elle se voit tout de suite sur du papier sec, et la tache reste là si vous étiez dans la pièce voisine quand elle est tombée.
Les évacuations, au seau et appareil par appareil
L’évacuation ne se met pas en pression : l’eau y coule par gravité, et elle s’éprouve comme elle travaille, et la fiche AQC la range dans les essais de fonctionnement. Versez d’un coup un seau d’eau dans chaque attente, du plus haut au plus bas, et regardez chaque jonction pendant que l’eau passe. Ce volume n’a rien de normatif, c’est celui qui remplit le tube au lieu de glisser au fond.
Une chute au manomètre n’est pas toujours une fuite
L’aiguille est partie de 4 bar, elle affiche 3,8 bar dix minutes plus tard, et aucun raccord ne semble mouiller. La question revient sans cesse sur les forums, et la fiche AQC y répond de biais : elle juge l’essai en pression par un examen visuel des raccords, qui doit constater l’absence de fuite. Si l’aiguille baisse, allez d’abord voir les raccords : s’ils sont secs, la fiche tient l’essai pour bon, et la baisse s’explique souvent autrement.
La température, le tube et la pompe font baisser l’aiguille sans qu’une goutte sorte. Aucune valeur publiée ne chiffre ces baisses : ce sont des observations de métier.
- La température. L’eau enfermée suit celle du local : tirée froide, elle se réchauffe et l’aiguille monte ; tiède, elle refroidit et l’aiguille descend. D’où les deux relevés au thermomètre.
- Le tube de synthèse. Un PER ou un multicouche prend un peu de volume dans les premières minutes sous pression, et ce volume se paie en dixièmes de bar.
- La pompe elle-même. Un clapet qui laisse repasser l’eau vers le bac fait baisser la pression sans rien mouiller dans le mur.
Remontez à la pression d’essai et recommencez : une baisse due au tube ou à l’air se tasse au deuxième cycle. Si l’aiguille descend encore, régulièrement et à température stable, la fuite existe, et elle se cherche attente par attente, bouchons compris.
Laisser le réseau une nuit sous la pression du compteur
Trois durées circulent sans se contredire. L’essai en pression normatif est un minimum court et à pression élevée, 10 minutes à 1,1 fois la PFA. La notice de votre système de raccord peut en demander davantage : elle passe devant, parce que les valeurs diffèrent d’un fabricant à l’autre. La troisième est une nuit sous la pression du compteur.
Une nuit entière sous la pression du compteur, attentes bouchées, n’est prévue par aucun texte. C’est un contrôle de plus, qui rend visible le suintement lent qu’aucune épreuve de 10 minutes ne montre, et c’est ce que conseille, après un raccord mixte, l’article sur le raccord de PER ou de multicouche sur du cuivre. Il s’ajoute à l’essai en pression sans le remplacer, puisque la pression de distribution reste sous la pression d’épreuve.
Si le chantier s’arrête ensuite en hiver, sans chauffage, l’ordre devient essai, relevé, vidange, et la mise hors gel d’un réseau d’eau dit pourquoi un réseau plein ne passe pas trois semaines dans un logement qui gèle.
Aucune plaque ne se visse sur un raccord qui n’a pas passé l’essai en pression, y compris un raccord ajouté ou resserré après coup.
Garder la preuve avant de visser la première plaque
La fiche AQC se termine par une fiche d’enregistrement : pour chaque réseau, sa localisation, la référence de l’essai, la mention « essai satisfaisant » et une colonne d’observations. Pour votre essai en pression, recopiez-la sur une page de carnet datée, avec la pression atteinte, la durée, les deux températures et ce qui a été resserré.
Ajoutez les photos qu’on ne peut plus prendre une fois la plaque vissée : le manomètre en gros plan au bout des 10 minutes, puis chaque raccord, le mètre déplié dans le cadre. Ce carnet n’a pas la valeur d’un procès-verbal de réception entre professionnels, mais un expert le demandera quand même après un dégât des eaux, pour voir ce que vous avez posé. La checklist avant de refermer un mur reprend ces photos pour tous les réseaux de la cloison, électricité comprise.
Compteur, colonne montante, gaz, chauffage : hors de votre essai
Quatre situations sortent du périmètre d’un essai en pression fait soi-même, et se reconnaissent avant de brancher la pompe.
- Le compteur et le branchement. La pompe se branche en aval de la vanne générale fermée, jamais sur la partie qui appartient au service d’eau.
- La colonne montante d’une copropriété. Elle est commune, et toute manœuvre dessus passe par le syndic.
- Le gaz. Une canalisation de gaz ne s’éprouve ni à l’eau ni avec une pompe de plombier : sa pose comme son contrôle reviennent à un professionnel qualifié, sans exception.
- Un circuit de chauffage. Radiateurs, plancher chauffant ou chaudière s’éprouvent selon d’autres règles que l’eau sanitaire, celles du chauffagiste.
Questions fréquentes
- La fiche AQC PB2 admet l’air ou l’eau selon ce que prévoit le marché, mais la procédure qu’elle décrit remplit le réseau d’eau. Pour un particulier, l’eau reste le bon choix : l’air comprimé stocke bien plus d’énergie que l’eau à pression égale, un bouchon qui cède part comme un projectile, et une fuite d’air ne mouille aucun papier. Aucun article de norme ne l’écrit : c’est une réserve de métier.
- Oui. L’essai qui compte est celui du réseau tel qu’il sera fermé, et un raccord resserré n’est plus celui qui a été éprouvé. Relâchez, remontez à la pression d’essai et comptez de nouveau 10 minutes au moins. Un second essai prend un quart d’heure.
- Aucun texte ne l’impose à un particulier : la fiche PB2 prévoit ces essais avant la réception d’un chantier confié à un professionnel. Une attestation d’essai montre que le réseau tenait le jour où le mur s’est fermé : datée et accompagnée de photos, elle sert de preuve en cas de dégât des eaux.
- Regardez d’abord ce qui n’est pas dans le mur : la vanne et le clapet de la pompe, les bouchons, les deux attentes du chauffe-eau. Comparez ensuite la température de l’eau le soir et le matin, car un réseau qui refroidit perd de la pression sans perdre d’eau. Remontez à la pression d’essai, posez du papier sec sous chaque raccord, et relisez l’aiguille dix minutes plus tard.
En résumé : montez à 1,1 fois la PFA et tenez 10 minutes, mur ouvert
Chauffe-eau hors circuit, attentes bouchées, air purgé : pompez jusqu’à 1,1 fois la PFA de votre système, fermez la pompe et passez de raccord en raccord pendant 10 minutes, un papier sec sous chacun. Ajoutez une nuit sous la pression du compteur après un raccord mixte, puis notez pression, durée et températures sur une page datée, photos à l’appui, avant de visser la moindre plaque.
Dans Murmur, les flexibles et siphons se chiffrent avec vos travaux de plomberie, et chaque étape de leur pose est décrite. Les tubes du réseau que vous éprouvez n’y figurent pas. La checklist avant de refermer un mur reprend ensuite les contrôles de chaque réseau de la cloison.
Les sources
- L’attestation d’essais de fonctionnement PB2, réseaux d’eaux intérieurs aux bâtiments, Agence Qualité Construction, édition de janvier 2023.
- La fiche de la norme NF DTU 60.1, réseaux d’alimentation d’eau froide et chaude sanitaire, Afnor.
- La fiche de la norme NF EN 1487, groupes de sécurité hydraulique, Afnor.
Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.
Chiffrez vos travaux avant de refermer
Murmur chiffre les flexibles et siphons de vos travaux de plomberie, et donne la pose étape par étape.

