Le ballon est arrivé un samedi matin, 200 litres, debout dans le couloir. À midi, ses deux pattes sont vissées sur la cloison du placard technique, à la cheville à expansion, bien d’aplomb. À 16 h, la cuve est pleine et le parement de plaque de plâtre s’ouvre en éventail autour des quatre points de fixation.
Installer un chauffe-eau soi-même se joue avant l’achat, sur deux relevés qui ne coûtent rien : ce que l’appareil pèsera une fois plein, et ce que tient le mur censé le porter. Le raccordement, la partie que tout le monde cherche, est de loin la plus simple. Voici l’ordre qui évite la reprise : le support d’abord, le tube ensuite, l’électricité en dernier.
Ce que pèse un chauffe-eau plein, avant même de l’acheter
Un chauffe-eau à accumulation, celui qu’on appelle ballon ou cumulus, stocke son eau dans une cuve et la chauffe par une résistance. C’est ce stock qui fait tout le problème : un litre d’eau pèse un kilogramme, ce n’est pas une estimation mais la définition du litre. Un modèle de 100 litres suspend 100 kg, un 200 litres en suspend 200, et ces valeurs ne se négocient pas.
S’y ajoute le poids à vide de la cuve, de son isolant et de sa jaquette. Celui-là varie trop d’un fabricant à l’autre pour être annoncé ici : il se lit sur la fiche technique du modèle, à côté de l’entraxe des pattes de fixation. Relevez les deux avant de commander, ce sont les seuls chiffres qui tranchent entre mur et trépied.
Le lot se tire au moment des réseaux, local technique encore ouvert : l’alimentation dessert l’appareil, elle ne s’adapte pas à lui après coup, comme le montre le guide pour refaire sa plomberie soi-même. Un mot sur le périmètre : tout ce qui suit vise l’électrique. Un chauffe-eau gaz relève de l’arrêté du 23 février 2018 et d’un certificat de conformité délivré par un organisme agréé.
Ce que le mur tient vraiment, et quand le trépied s’impose
Sur plaque de plâtre, la charge suspendue obéit à trois paliers, posés par le NF DTU 25.41 dans son annexe B.1.2 : jusqu’à 10 kg au crochet simple, de 10 à 30 kg à la cheville adaptée avec 400 mm au minimum entre deux points, et au-delà de 30 kg un renvoi obligatoire à l’ossature par une traverse fixée dans les montants. Les deux façons de reprendre cette charge sont détaillées dans l’article sur la fixation d’un meuble haut sur du placo.
Un chauffe-eau plein n’entre dans aucun de ces paliers, 200 kg contre 30, il les dépasse presque sept fois. Sur une cloison ou un doublage, la seule pose murale acceptable passe donc par un renfort continu, tasseau ou traverse métallique, fixé dans les montants et posé avant de refermer. Décidé après coup, il impose de rouvrir le parement.

Sur un mur plein, la question devient celle du matériau, et elle se relève en quatre gestes détaillés dans l’article pour reconnaître le type de mur avant de percer. L’écart est considérable : une même cheville tient dix fois moins dans une brique creuse que dans du béton. Le calculateur de cheville et de charge rend la traction et le cisaillement par point selon le support, et dit le cas où aucune cheville ne convient.
Reste le trépied, qui n’est pas un aveu d’échec mais un report de charge : le poids descend au sol au lieu de tirer sur le mur. Vérifiez alors le plancher plutôt que la cloison : un plancher de logement est dimensionné pour 150 kg par m², soit 1,5 kN/m² au sens de l’Eurocode 1, valeur reprise dans l’article sur le stockage des matériaux en petit logement. Un trépied concentre tout sur trois appuis : il se place contre un mur porteur ou un refend, jamais au milieu d’une portée.
Règle d’or : sous un ballon plein, aucune cheville ne rachète un mur qu’on n’a pas identifié. Support inconnu ou doublage collé, c’est le trépied.
Le groupe de sécurité, la pièce qui n’a pas d’équivalent
Le groupe de sécurité se visse sur l’entrée d’eau froide du chauffe-eau. Il réunit un robinet d’arrêt, un clapet anti-retour, une soupape de sûreté et une vidange dans un seul corps en laiton. La norme NF EN 1487 le définit pour les diamètres DN 15 à DN 25, entre 0,1 et 0,7 MPa de pression de service, sur des appareils de stockage dont la température ne dépasse pas 95 °C.
Sa raison d’être tient en une phrase : l’eau se dilate en chauffant, et ce volume doit sortir quelque part. La soupape le laisse partir goutte à goutte pendant la chauffe. C’est pour cela qu’aucun organe de coupure ne se pose entre le groupe et la cuve : une vanne fermée transforme le chauffe-eau en récipient clos, et la dilatation n’a plus d’issue. Toutes les notices de fabricant l’écrivent, et la pose des appareils de production d’eau chaude sanitaire relève du NF DTU 60.1 P1-1-3.
La sortie du groupe se raccorde à un entonnoir siphoïde, à l’air libre, avec une rupture visible entre les deux. Jamais en direct sur l’évacuation : vous ne verriez plus rien couler, alors qu’une soupape qui coule en continu est le premier symptôme d’une pression trop haute. Le volume rejeté à chaque chauffe dépend du modèle et de la consigne : il se lit sur la notice, il ne se devine pas, et il justifie une évacuation permanente plutôt qu’un récipient qu’on viderait.
Le conseil Murmur : manœuvrez la molette de vidange du groupe une fois par mois, quelques secondes, appareil en service. Le calcaire fige la soupape en position fermée, et une soupape figée ne se signale que le jour où elle aurait dû s’ouvrir.
Ce qu’on achète en plus du ballon
Le prix affiché sur l’appareil n’est pas le prix de la pose. Six postes s’y ajoutent, et la moitié se découvre au deuxième aller-retour au négoce.
- Le groupe de sécurité et son entonnoir, plus le tube qui le mène à l’évacuation.
- Deux raccords diélectriques, un par piquage. Le cuivre au contact direct de l’acier forme une pile, et la corrosion galvanique attaque le métal le moins noble. Le manchon diélectrique coupe ce contact : c’est lui qui règle la question, pas une distance qu’on retiendrait, les notices ne donnant pas toutes la même.
- Les flexibles ou le tube d’alimentation. Le choix entre PER et multicouche, le raccord et la pince qu’il impose sont traités dans l’article sur le PER et le multicouche sans soudure. Si le piquage se fait sur du cuivre déjà posé, il faut d’abord trancher où couper ce cuivre, puis choisir le raccord mixte.
- Le support, trépied ou traverse de renfort.
- Le circuit électrique dédié. Le calculateur de section de câble donne, pour un chauffe-eau de 2 400 W, du 2,5 mm² protégé par un disjoncteur 20 A, et 59 m de ligne praticable avant de dépasser 5 % de chute de tension.
- Le contacteur heures creuses, si votre abonnement en propose et que le tableau n’en porte pas déjà un.
Ce circuit est un circuit spécialisé : il ne dessert que cet appareil, depuis le tableau, sans rien partager. L’article sur la NF C 15-100 et les circuits du tableau montre comment il s’inscrit dans le reste de l’installation.
La mise en eau précède toujours la mise sous tension
La séquence tient en cinq temps, et c’est le quatrième qui coûte une résistance quand on l’inverse.
- Fixer le support à vide. Mur renforcé ou trépied d’aplomb, ballon posé, rien de raccordé. C’est le dernier moment où l’appareil se déplace à deux.
- Monter le groupe de sécurité sur l’entrée d’eau froide, sans aucune vanne entre lui et la cuve, sa vidange raccordée à l’entonnoir.
- Raccorder l’eau froide et l’eau chaude, un raccord diélectrique par piquage, sans forcer sur le corps des piquages.
- Remplir la cuve, robinet d’eau chaude grand ouvert, jusqu’à ce que l’eau coule franche et sans à-coups. C’est ce qui chasse l’air. Une résistance mise sous tension dans une cuve partiellement vide grille en quelques minutes, et cette panne n’est pas couverte par la garantie.
- Mettre sous tension en dernier, le disjoncteur du circuit fermé après tous les autres.
Si le chauffe-eau prend place dans la salle d’eau, le découpage en volumes 0, 1 et 2 de la NF C 15-100 s’applique à tout ce qui s’y branche. Réglez enfin la consigne : l’arrêté du 30 novembre 2005 plafonne l’eau chaude sanitaire à 50 °C aux points de puisage des pièces destinées à la toilette et à 60 °C dans les autres pièces.
Questions fréquentes
- Non, rien ne l’impose dans votre logement, et aucun organisme ne contrôle l’installation avant sa mise en service. Le chauffe-eau demande un circuit spécialisé depuis le tableau, en 2,5 mm² protégé par un disjoncteur 20 A pour un appareil de 2 400 W. Si le tableau est plein ou si son état vous inquiète, c’est là que le professionnel se justifie, pas sur le raccordement lui-même.
- Oui, à condition de respecter le découpage en volumes de la NF C 15-100. Les volumes 0, 1 et 2 couvrent la baignoire, la douche et leurs abords immédiats, et l’appareillage électrique y est restreint. La liaison équipotentielle locale relie par ailleurs toutes les masses métalliques de la pièce, et elle se pose avant la fermeture des cloisons.
- Oui pendant la chauffe, l’eau se dilate et la soupape évacue ce volume, c’est sa fonction. Un écoulement continu, y compris quand le chauffe-eau ne chauffe plus, ne l’est pas. Il signale en général une pression de réseau trop élevée, qui se mesure au manomètre et se traite par un réducteur de pression posé en amont.
- Toujours, et complètement. Un ballon de 200 litres décroché encore plein pèse plus de 200 kg, et il n’existe aucune façon sûre de le retenir. Coupez l’alimentation électrique, fermez l’arrivée d’eau froide, ouvrez un robinet d’eau chaude pour casser le vide, puis vidangez par le groupe de sécurité ou par un raccord bas.
En résumé : le support décide, le reste suit
Trois chiffres commandent la pose et se relèvent avant l’achat : le volume du chauffe-eau, qui donne son poids en eau kilo pour litre, les 30 kg au-delà desquels une plaque de plâtre ne tient plus rien sans renfort, et le 2,5 mm² sous disjoncteur 20 A du circuit qui l’alimentera.
Dans Murmur, le support se renseigne avant la fourniture : tant que la nature du mur et le volume du ballon ne sont pas saisis, l’application ne débloque ni le mode de fixation, ni la quantité de tube, ni le renfort à poser avant fermeture. C’est ce qui évite d’acheter un 200 litres pour une cloison qui ne le portera jamais.
Les sources
- La fiche de la norme NF DTU 25.41 P1-1, ouvrages en plaques de plâtre, Afnor.
- La norme NF EN 1487, groupes de sécurité hydraulique, Afnor.
- Le NF DTU 60.1 P1-1-3, appareils sanitaires et appareils de production d’eau chaude sanitaire, Afnor.
- La norme NF C 15-100, installations électriques à basse tension, Afnor.
- L’Eurocode 1, actions sur les structures, poids volumiques et charges d’exploitation, Afnor.
- L’arrêté du 30 novembre 2005 relatif à la température de l’eau chaude sanitaire, Légifrance.
- L’arrêté du 23 février 2018 relatif aux installations de gaz combustible des bâtiments d’habitation, Légifrance.
Tous les chiffres de cet article ne sortent pas d’un texte : certains sont des ordres de grandeur de chantier, et ils portent leur réserve à l’endroit où ils sont écrits. Comment les chiffres de ce site sont établis.
Posez le support avant d’acheter le ballon
Renseignez la nature du mur et le volume du chauffe-eau dans Murmur : ils commandent ensuite le mode de fixation, le renfort et la longueur de tube.
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