La réception de travaux
L’artisan dit « c’est fini ». C’est le seul moment du chantier où vous avez un levier, et il se referme le jour même. Voici ce qui se vérifie, ce qui se réclame, et ce qui doit être écrit avant que quiconque signe. Le raisonnement, lui, est dans réception de travaux, vos réserves et la retenue de 5 %.
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Avant la visite
La réception est un rendez-vous, pas un passage. Ce qui n’a pas été apporté ce jour-là ne se vérifie plus.
Ce que le devis devait contenir, et qui se relit avant de comparer au chantier, est dans la checklist de contrôle d’un devis.
Ce qui se voit sur l’ouvrage
Ce qui ne se voit qu’en marche
Un ouvrage peut être impeccable à l’œil et ne pas fonctionner. Ces essais se font pendant la visite, pas le soir même.
Les pièces à réclamer
Les cas où le Consuel est obligatoire, et ceux où il reste facultatif, sont détaillés dans le mémo des formalités, et le raisonnement complet dans refaire son électricité soi-même.
Le procès-verbal, et les réserves
C’est le seul document du chantier qui vaut mieux qu’un souvenir. Tout ce qui n’y est pas écrit est réputé accepté.
L’argent, et la retenue de 5 %
La retenue de garantie n’est pas un droit de ne pas payer. C’est une somme confiée à un tiers, et la différence est tout le sujet.
Après, et pendant dix ans
Ce que la décennale change au moment de revendre un bien qu’on a rénové soi-même est traité dans décennale et revente.
Ce que cette liste tranche
Le jour où l’artisan dit « c’est fini »
Ce qu’elle couvre
- La visite elle-même : ce qui se regarde sur l’ouvrage, et ce qui ne se vérifie qu’en faisant fonctionner.
- La rédaction du procès-verbal, et ce qui rend une réserve exploitable plutôt que décorative.
- Les pièces à obtenir, avec la distinction entre celles qu’un texte impose et celles qui relèvent de l’usage.
- Le maniement de la retenue de garantie de 5 %, et l’obligation de consignation qui va avec.
- Ce qui se passe après : la levée des réserves, et les trois délais qui courent depuis la date de réception.
Ce qu’elle ne couvre pas
- Le contentieux. Cette page décrit un cadre, pas une procédure : un litige engagé se traite avec une association de consommateurs, une ADIL ou un avocat.
- L’expertise technique. Savoir si un désordre compromet la solidité de l’ouvrage n’est pas une question de checklist.
- La construction neuve et le contrat de construction de maison individuelle, qui obéissent à des règles propres, dont l’assurance dommages-ouvrage.
- Les équipements posés en remplacement sur de l’existant, pompe à chaleur, poêle, chaudière ou insert. Leur régime de garantie a changé le 21 mars 2024, et cette page ne le tranche pas.
Les chiffres, et d’où ils viennent
- Forme du procès-verbal imposée par la loi
- Aucune
- Article 1792-6 du code civil, qui ne dit rien de la forme. C’est ce silence qui rend possible la réception tacite, et c’est pour cela que l’écrit reste indispensable en preuve.
- Garantie de parfait achèvement
- 1 an
- Article 1792-6, alinéa 2, du code civil, « à compter de la réception ».
- Garantie de bon fonctionnement
- 2 ans au moins
- Article 1792-3 du code civil, dans sa rédaction en vigueur depuis le 9 juin 2005. Le texte dit « durée minimale » : un contrat peut allonger, jamais raccourcir.
- Garantie décennale
- 10 ans
- Articles 1792 et 1792-4-1 du code civil, ce dernier créé par la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008, « à compter de la réception des travaux ».
- Retenue de garantie, plafond
- 5 %
- Article 1er de la loi n° 71-584 du 16 juillet 1971. Elle est facultative et contractuelle : sans clause écrite, elle n’existe pas.
- Libération de la retenue consignée
- 1 an
- Article 2 de la même loi, inchangé depuis le 17 juillet 1971. Le délai court depuis la réception, faite avec ou sans réserve, et le versement a lieu même en l’absence de mainlevée.
- Réserve « utile », critère légal
- Il n’en existe pas
- Aucun texte ne distingue une réserve utile d’une réserve inopposable. Ce qui est écrit, en revanche, c’est que la garantie s’attache aux désordres « signalés » : une réserve qui ne nomme ni la pièce, ni l’ouvrage, ni le défaut ne signale rien.
Les sources
Chaque règle de cette liste est rattachée à son texte, avec sa date, dans les textes qui fondent cette réception plus bas sur cette page. Ce bloc ne les répète pas : une référence tenue à deux endroits finit par diverger, et c’est l’autre qui fait foi.
Deux ressources publiques complètent utilement cette page. Le service public de la rénovation de l’habitat décrit le déroulé d’une réception côté particulier (France Rénov’), et le programme PROFEEL publie des fiches de réception par ouvrage, relayées par l’Institut national de la consommation. Elles disent quoi vérifier sur une pompe à chaleur, une VMC ou une isolation, ce qu’une liste générale ne peut pas faire.
État du droit au 29 juillet 2026, date de rédaction. Un point n’est volontairement pas traité ici : le régime de garantie des équipements posés en remplacement sur un ouvrage existant, que la Cour de cassation a modifié le 21 mars 2024 et que plusieurs arrêts postérieurs affinent. Tant qu’ils n’ont pas été lus, cette page n’affirme rien à leur sujet.
Les textes qui fondent cette réception
Chaque règle avec sa source et sa date. Une obligation sans date est invérifiable.
- Ce qu’est une réception, et sous quelle forme
- Article 1792-6 du code civil, créé par la loi n° 78-12 du 4 janvier 1978, en vigueur au 1er janvier 1979 : « La réception est l’acte par lequel le maître de l’ouvrage déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserves. Elle intervient à la demande de la partie la plus diligente, soit à l’amiable, soit à défaut judiciairement. Elle est, en tout état de cause, prononcée contradictoirement. » Le texte n’impose aucune forme : l’écrit est un mode de preuve, pas une condition de validité. Légifrance, article 1792-6
- La réception tacite, et pourquoi elle piège un particulier
- Cour de cassation, 3e chambre civile, 18 avril 2019, n° 18-13.734, publié au bulletin : la prise de possession de l’ouvrage et le paiement des travaux font présumer la volonté non équivoque du maître de l’ouvrage de le recevoir, avec ou sans réserves. C’est une présomption, donc elle peut tomber, notamment quand le maître d’ouvrage n’a cessé de dénoncer la qualité des travaux (même chambre, 18 mars 2021, n° 19-24.537). Légifrance, arrêt du 18 avril 2019
- L’effet d’une réserve, et celui d’une absence de réserve
- Article 1792-6, alinéas 2 à 5, du code civil : la garantie de parfait achèvement s’étend aux désordres signalés par des réserves portées au procès-verbal, ou notifiés par écrit pour ceux révélés ensuite. À défaut d’accord sur le délai de reprise, ou en cas d’inexécution, les travaux peuvent être exécutés aux frais et risques de l’entrepreneur après mise en demeure restée infructueuse. À l’inverse, la réception sans réserve couvre les désordres apparents non dénoncés, ce que la Cour de cassation juge de façon constante. Légifrance, article 1792-6
- Les trois garanties, et leur point de départ commun
- Parfait achèvement, un an « à compter de la réception » (article 1792-6). Bon fonctionnement, deux ans au minimum « à compter de sa réception » (article 1792-3, dans sa rédaction en vigueur depuis le 9 juin 2005). Décennale, dix ans « à compter de la réception des travaux » (articles 1792 et 1792-4-1, ce dernier créé par la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008). Le mot « minimale » de l’article 1792-3 compte : un contrat peut allonger, jamais raccourcir. Et l’article 1792-5 répute non écrite toute clause qui limiterait ces garanties. Légifrance, article 1792-4-1
- La retenue de garantie de 5 %, et l’obligation de consigner
- Loi n° 71-584 du 16 juillet 1971. Article 1er : les acomptes « peuvent être amputés d’une retenue égale au plus à 5 p. 100 de leur montant », pour satisfaire le cas échéant aux réserves faites à la réception ; le maître de l’ouvrage « doit consigner entre les mains d’un consignataire, accepté par les deux parties ou à défaut désigné par le président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce, une somme égale à la retenue effectuée ». La retenue n’est pas pratiquée si l’entrepreneur fournit une caution personnelle et solidaire d’un établissement financier. Légifrance, loi du 16 juillet 1971, article 1er
- La libération de la retenue au bout d’un an
- Article 2 de la même loi, inchangé depuis le 17 juillet 1971 : à l’expiration du délai d’une année à compter de la réception, faite avec ou sans réserve, les sommes consignées sont versées à l’entrepreneur « même en l’absence de mainlevée », sauf opposition notifiée au consignataire par lettre recommandée et motivée par l’inexécution. L’opposition abusive entraîne condamnation à des dommages-intérêts. L’article 3 rend nulle toute clause qui ferait échec à ce mécanisme. Légifrance, loi du 16 juillet 1971, article 2
- Ce qui arrive quand la retenue n’est pas consignée
- Cour de cassation, 3e chambre civile, 18 décembre 2013, n° 12-29.472, publié au bulletin : le maître d’ouvrage qui a opéré la retenue sans la consigner ne peut pas se prévaloir du mécanisme d’opposition, et doit la somme à l’entrepreneur nonobstant l’absence de levée des réserves. Il est, écrit la Cour, « mal venu de tirer argument d’un manquement contractuel de sa part pour échapper aux exigences d’ordre public de la loi du 16 juillet 1971 ». Légifrance, arrêt du 18 décembre 2013
- L’attestation d’assurance décennale de l’entreprise
- Articles L241-1 et L243-2 du code des assurances, dans leur rédaction issue de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, en vigueur depuis le 8 août 2015 : l’assurance est obligatoire et doit être justifiée à l’ouverture du chantier, la justification prenant la forme d’attestations « jointes aux devis et factures des professionnels assurés ». Ce n’est donc pas une pièce du procès-verbal : elle se réclame au devis, et se vérifie à la réception sur deux points, la période couverte et l’activité déclarée. Légifrance, article L243-2
Cette page décrit un cadre légal, pas votre situation. Elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel du droit, et un désaccord sur un chantier engagé se traite avec l’aide d’une ADIL, d’une association de consommateurs ou d’un avocat.
Avant, pendant, après
Une réception se prépare bien avant le jour dit. Ce qui se contrôle au moment de signer le devis décide de ce qu’il sera possible de réserver à la fin : un poste absent du devis ne se réclame pas, et une prestation décrite en trois mots ne se compare à rien. C’est l’objet de contrôler un devis d’artisan et de la checklist qui l’accompagne.
Pendant le chantier, deux choses vous engagent et se règlent en amont. Votre assurance habitation, d’abord : ce qu’il faut lui déclarer, et à quel moment, est traité dans l’assurance habitation pendant les travaux. La date de réception, ensuite, qui est une date de planning comme une autre et qui glisse pour les mêmes raisons que les autres, comme l’explique les trois causes d’un planning qui saute.
Le jour même, la manière d’écrire une réserve qui vaut quelque chose, et le maniement de la retenue de 5 %, sont développés dans vos réserves et la retenue de 5 %. Cette liste en est le versant pratique : l’article raisonne, la liste fait faire.
Après, la réception continue de produire ses effets pendant dix ans, et elle réapparaît au moment le plus inattendu : la revente. Ce qu’un acquéreur peut vous opposer sur un bien rénové est détaillé dans décennale et revente d’un bien rénové soi-même. Enfin, la réception d’un lot sous-traité ne dispense pas de provisionner ce qu’elle peut révéler, ce que les cinq erreurs qui plombent un budget met en euros.
Arriver à la réception avec le chantier écrit
Murmur garde les cotes, les photos et les postes de chaque pièce au fil du chantier. Le jour de la réception, la comparaison entre ce qui était prévu et ce qui est posé est déjà faite.
Rejoindre la liste d’attenteQuestions fréquentes
- Oui, et c’est précisément le risque. L’article 1792-6 du code civil n’impose aucune forme, et la Cour de cassation juge que la prise de possession de l’ouvrage assortie du paiement des travaux fait présumer la volonté du maître d’ouvrage de recevoir l’ouvrage (3e chambre civile, 18 avril 2019, n° 18-13.734). Emménager et régler le solde peut donc valoir réception tacite, sans qu’aucune réserve n’ait été écrite. L’écrit n’est pas une condition de validité, c’est la seule preuve de ce qui a été réservé.
- Aucun texte n’oblige à réceptionner. Mais le refus n’est pas une position confortable : l’entrepreneur peut demander au juge une réception judiciaire, qui est ordonnée dès lors que les travaux sont en état d’être reçus, sans qu’un refus abusif ait à être caractérisé (Cour de cassation, 3e chambre civile, 12 octobre 2017, n° 15-27.802). Et surtout, tant qu’aucune réception n’est intervenue, ni la garantie décennale ni celle de bon fonctionnement ne courent, puisque toutes deux partent de la réception. Recevoir avec des réserves écrites est presque toujours préférable à ne pas recevoir.
- Non. La loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 parle d’une retenue « stipulée contractuellement » : sans clause au devis ou au marché, elle n’existe pas. Et lorsqu’elle existe, elle ne se garde pas sur son propre compte : le texte impose de consigner la somme entre les mains d’un consignataire accepté par les deux parties, ou désigné par le président du tribunal. Un maître d’ouvrage qui opère la retenue sans la consigner perd le bénéfice du mécanisme et doit la somme malgré les réserves.
- Cela dépend de ce qu’on pouvait en voir le jour de la réception. Un désordre qui n’était pas apparent et qui se révèle ensuite relève, selon sa nature, de la garantie de parfait achèvement s’il est notifié par écrit dans l’année, de la garantie de bon fonctionnement, ou de la décennale. Un désordre qui était visible et qui n’a pas été réservé est en revanche couvert par la réception : le maître d’ouvrage ne peut plus l’invoquer. Le caractère apparent s’apprécie au regard de sa compétence, et un particulier n’est pas tenu d’avoir vu ce qu’un professionnel aurait vu.
- Oui, et c’est le cas le plus fréquent en auto-rénovation. La réception porte sur ce qui a été confié, pas sur le chantier entier : chaque lot sous-traité se réceptionne pour lui-même, et c’est cette date qui fait courir les garanties de l’entreprise concernée. Faire faire un lot puis reprendre le chantier soi-même sans avoir rien écrit revient à mélanger, pour la suite, ce dont l’artisan répond et ce dont vous répondez.
- Oui, sur cet appareil. Les cases cochées sont retenues dans votre navigateur et reviennent à votre prochaine visite, avec un bandeau qui vous le dit. Cette mémoire est locale : elle se perd en navigation privée, au nettoyage du navigateur et au changement de téléphone, et elle ne connaît que cette page. C’est là toute la différence avec l’application Murmur, qui suit un chantier de six mois, pièce par pièce, avec les photos et les cotes.
