La couronne est achetée, les raccords aussi, et c’est en approchant le tube de la nourrice que la mauvaise nouvelle arrive : il manque la pince, et elle coûte plus cher que tout le reste du caddie. Choisir entre PER et multicouche, ce n’est pas choisir un tuyau, c’est choisir un outillage, une méthode de pose et une façon de refermer ses murs.
La matière elle-même pèse peu dans un budget de salle de bain. Ce qui coûte, c’est l’outil racheté au troisième aller-retour, et surtout la reprise : un raccord qui suinte derrière une cloison fermée, carrelée et peinte. Voici comment trancher avant de passer commande.
La plomberie se tire au même moment que l’électricité, avant l’isolation et le cloisonnement. L’article sur l’ordre des étapes d’une rénovation situe ce lot à l’étape 3, quand le logement est encore une coquille vide.
1. Deux tubes, deux comportements
- Le PER, polyéthylène réticulé. Un tube plastique souple, vendu en couronne, rouge pour l’eau chaude et bleu pour l’eau froide. Il est sensible aux ultraviolets : il ne se pose jamais en apparent, toujours sous gaine ou encastré. Il garde la courbure de sa couronne et cherche à y revenir, ce qui complique les tracés propres.
- Le multicouche. Un sandwich de trois épaisseurs : une âme en aluminium prise entre deux couches de polyéthylène. L’aluminium fait deux choses. Il bloque la mémoire de forme, donc le tube reste où vous le cintrez, à la main. Et il rend la paroi étanche à l’oxygène, ce qui évite la formation de boues dans un circuit de chauffage.
Les deux se posent sans flamme, sans chalumeau et sans soudure. C’est ce qui les a mis entre les mains des auto-rénovateurs, à la place du cuivre.
2. Ce que chaque tube vous impose sur le chantier
| Critère | PER | Multicouche |
|---|---|---|
| Tenue en forme | rebondit, à maintenir par colliers | garde le cintrage à la main |
| Pose apparente | interdite, sensible aux UV | possible, finition blanche |
| Dilatation | forte, prévoir du jeu en traversée | faible, l’aluminium bride le tube |
| Circuit de chauffage | version avec barrière anti-oxygène obligatoire | barrière intégrée par l’âme alu |
| Outillage type | pince à glissement | pince à sertir et mâchoires |
| Prix au mètre | le plus bas du marché | plus élevé, tube et raccords |
Le multicouche revient plus cher que le PER, tube et raccords confondus. L’écart varie trop d’une enseigne et d’une semaine à l’autre pour être figé ici : relevez-le sur les deux références le jour de votre commande, en comparant à diamètre intérieur égal et non à étiquette égale. Le comparatif entre grandes surfaces de bricolage et négoces explique où l’écart se creuse le plus.
3. Le diamètre utile est à l’intérieur, pas sur l’étiquette
C’est le point où la moitié des installations d’auto-rénovation se trompent. Le NF DTU 60.11, qui porte les règles de calcul des installations de plomberie sanitaire, ne raisonne jamais en diamètre extérieur. Son tableau 1 fixe, appareil par appareil, un débit minimal et un diamètre intérieur minimal d’alimentation.
| Appareil | Débit minimal | Ø intérieur minimal |
|---|---|---|
| Lavabo | 0,20 l/s | 10 mm |
| WC à réservoir de chasse | 0,12 l/s | 10 mm |
| Machine à laver le linge | 0,20 l/s | 10 mm |
| Douche | 0,20 l/s | 12 mm |
| Évier | 0,20 l/s | 12 mm |
| Baignoire | 0,33 l/s | 13 mm |
Le rayon, lui, vend du diamètre extérieur. Un PER 16 s’écrit 16 x 1,5 : 16 mm dehors, 1,5 mm de paroi, donc 13 mm dedans. Un multicouche 16 s’écrit 16 x 2 : même étiquette, 12 mm dedans seulement. À numéro identique, le multicouche fait passer moins d’eau que le PER, et c’est pour cette raison qu’un plombier remplace un PER 16 par un multicouche 20, jamais par un multicouche 16.
| Étiquette | Ø intérieur | Alimente |
|---|---|---|
| PER 16 x 1,5 | 13 mm | lavabo, WC, douche, évier, baignoire |
| PER 20 x 1,9 | 16,2 mm | départ de nourrice, alimentation générale |
| Multicouche 16 x 2 | 12 mm | lavabo, WC, douche, évier |
| Multicouche 20 x 2 | 16 mm | baignoire, départ de nourrice |
| Multicouche 26 x 3 | 20 mm | alimentation générale |
Retenez la règle de conversion : à usage égal, le multicouche prend un cran de plus que le PER.
Le conseil Murmur : posez la nourrice et repérez chaque départ au feutre indélébile, directement sur la gaine, jamais sur un ruban adhésif qui se décollera dans six mois. Le jour où une fuite apparaît sous la chape, la seule chose qui vous évite de couper l’eau de tout le logement, c’est de savoir quel piquage fermer.
4. Glissement, compression ou sertissage
Le raccord décide de l’outillage, du budget et de ce que vous avez le droit d’enfermer dans un mur.
- À glissement, pour le PER. Une bague poussée sur le tube par une pince dédiée. L’assemblage est indémontable, sans joint torique, et c’est la solution la plus fiable en encastré. Elle suppose une pince à glissement, manuelle ou hydraulique.
- À compression, pour les deux tubes. Un écrou, une olive, deux clés plates, aucun outillage spécifique. C’est la porte d’entrée du bricoleur, et le raccord se démonte. Ce qui se démonte doit rester accessible.
- À sertir, surtout pour le multicouche. Une pince à sertir et des mâchoires au bon profil, TH, U ou H selon la marque de raccord. Assemblage définitif, encastrable, mais l’outil est le poste le plus lourd de la commande.
Règle d’or : un raccord à compression ne se referme jamais derrière une cloison fermée ni sous une chape. En encastré, glissement ou sertissage, sans exception.
Avant d’acheter une pince à sertir pour une seule salle de bain, faites le calcul contre la location : c’est exactement le type d’arbitrage que traite l’article sur l’outillage à louer ou à acheter. Et pensez à la suite immédiate du chantier : les percements pour les boîtiers électriques et le passage des tubes se coordonnent avec l’ossature, détaillée dans l’article sur le calcul des rails et montants de placo, et avec les volumes de sécurité de la norme NF C 15-100 en salle de bain.
5. Ce qu’il faut commander en plus du tube
La couronne ne fait pas la moitié de la commande. Prévoyez :
- La gaine annelée, un mètre pour chaque mètre de tube encastré. Elle protège le tube et permet de le retirer sans casser le mur.
- La nourrice, avec un départ par appareil et une vanne par départ. Comptez les points d’eau de la pièce, ajoutez un départ en réserve.
- Les colliers de fixation, en apparent comme en gaine, pour éviter les points bas où l’eau stagne.
- Le réducteur ou le mitigeur thermostatique, si votre production d’eau chaude dépasse les seuils réglementaires.
Ce dernier point n’est pas un détail de confort. L’arrêté du 30 novembre 2005 plafonne la température de l’eau chaude sanitaire à 50 °C aux points de puisage des pièces destinées à la toilette et à 60 °C dans les autres pièces, pour limiter le risque de brûlure. Si votre installation touche à une chaudière gaz, arrêtez-vous là et faites intervenir un professionnel : le raccordement gaz ne relève pas de l’auto-rénovation.
Le tracé de la plomberie se fige avant l’étanchéité et le carrelage. Si la pièce concernée est une salle d’eau, calez la séquence complète sur le guide de rénovation d’une salle de bain et sur l’article consacré à l’étanchéité sous carrelage, qui vient juste après la fermeture de la cloison.
En résumé : le tube se choisit après la pince, pas avant
Reprenez la scène du départ dans l’ordre inverse. Décidez d’abord comment vous allez raccorder, glissement, compression ou sertissage, puis achetez ou louez l’outil, et seulement ensuite la couronne qui va avec. Vérifiez que le diamètre intérieur atteint les 10, 12 ou 13 mm exigés par le DTU 60.11 pour chaque appareil, en vous rappelant qu’un multicouche prend un cran de plus qu’un PER pour le même usage.
Dans Murmur, vous listez vos équipements sanitaires et l’application en déduit le diamètre intérieur exigé, la longueur de couronne, le nombre de raccords et de départs de nourrice. Tant que le mode de raccordement n’est pas tranché, elle bloque la commande de la couronne : c’est lui qui commande l’outillage, et l’outillage qui commande le budget.
Pour aller plus loin
- L’arrêté du 30 novembre 2005 sur la température de l’eau chaude sanitaire, Légifrance.
- La fiche de la norme NF DTU 60.11 P1-1, règles de calcul des installations de plomberie sanitaire, Afnor.
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