Les caissons hauts arrivent demain, et la cloison qui doit les porter est repeinte depuis huit jours. En relisant la notice de montage, vous vous demandez sur quoi les visser : sous la peinture, il y a 13 mm de plâtre, puis de la laine, et deux montants de 48 mm qui ne tombent jamais là où il faudrait.
Quand vous refaites votre cuisine vous-même, la pose des meubles, la découpe du plan de travail et le collage de la crédence occupent toute votre attention, et une erreur sur ces gestes-là se rattrape. Les décisions qu’on ne peut plus reprendre se prennent trois semaines plus tôt, quand la pièce est encore un chantier ouvert, et elles deviennent toutes définitives le même jour : celui où vous vissez la première plaque de plâtre.
Mieux vaut donc arrêter avant ce jour-là l’implantation, les circuits, les renforts et la hauteur du plan de travail. Chacune se règle en quelques heures de réflexion. Si l’une d’elles est oubliée, il faut en général rouvrir une cloison.
Ce qu’une plaque de plâtre rend inaccessible
Une cuisine est la pièce du logement où passent le plus de réseaux. Sur une dizaine de mètres carrés, elle concentre une arrivée d’eau chaude, une arrivée d’eau froide, une évacuation, parfois une alimentation gaz, et quatre circuits électriques spécialisés. Tout cela passe derrière les plaques, et devient inaccessible dès que la dernière vis est posée.
Par rapport à une chambre, la différence tient surtout au coût d’un oubli. Sur des devis publiés, rouvrir une cloison pour ajouter une ligne électrique se chiffre de 120 à 250 € la prise, entre la découpe, la reprise de bande, le ponçage et la peinture. Poser le fourreau vide au bon endroit avant fermeture coûte une trentaine d’euros de fournitures pour quatre prises, tire-fil compris. Rapporté à la prise, l’écart va de seize à trente-trois pour un. Ces montants sont des fourchettes de devis publiées sans méthodologie : prenez-les comme des ordres de grandeur. Les réservations qu’on regrette d’avoir oubliées sont listées dans l’article sur le pré-câblage et les attentes à laisser dans les murs.
Dans une cuisine, on retrouve ce même écart sur le tasseau de renfort d’un meuble haut, le déplacement d’une évacuation et la hauteur de la première rangée de faïence. Ces décisions n’ont rien en commun, sauf leur échéance : il faut les prendre avant de fermer les murs. Les fournitures correspondantes sont chiffrées sur la page pour équiper et poser sa cuisine soi-même.
Dessiner l’implantation avant de placer les arrivées
Dessinez d’abord la cuisine, puis placez les arrivées d’après ce plan : vous ferez le trajet entre l’évier et les plaques à chaque repas, alors qu’une arrivée d’eau ne se rallonge qu’une fois.
L’implantation dépend d’abord de la largeur de la pièce. La première cote à vérifier est le passage entre deux façades qui se font face : les guides d’agencement comptent en général 120 cm, ce qui demande au moins 240 cm de largeur pour une cuisine en II avec des meubles bas de 60 cm de profondeur. Pour tracer ce plan, appuyez-vous sur le triangle d’activité et les cotes de chaque implantation.
Une fois le plan arrêté, passez à l’eau : l’alimentation et l’évacuation ne posent pas du tout les mêmes problèmes, et seule l’évacuation peut vraiment vous bloquer.
- L’alimentation se déplace facilement. Un tube PER ou multicouche se tire sans soudure jusqu’au nouveau point de puisage, et le comparatif PER ou multicouche met les deux tubes en regard, prix compris. Tracez-la en fonction de l’évacuation, comme le montre le guide pour refaire sa plomberie soi-même.
- L’évacuation impose sa pente. Il lui faut une pente de 1 à 3 cm par mètre vers la chute. Si vous allongez un tube de 40 mm sur 3 m, vous perdez donc de 3 à 9 cm de hauteur sous le plan de travail, et cela suffit parfois à interdire de déplacer l’évier sur un autre mur.
Les diamètres, la garde d’eau et la hauteur de la boucle antiretour sont détaillés dans l’article sur le raccordement de l’évier et du lave-vaisselle.
Compter les circuits dédiés avant la saignée
La norme NF C 15-100 impose quatre circuits spécialisés pour une cuisine. Faites le compte avant d’ouvrir la moindre saignée, car chaque circuit demande un départ au tableau. Les deux premières lignes de la liste donnent ces quatre circuits, les deux suivantes concernent les prises.
- La plaque de cuisson, sur son propre circuit 32 A, câblé en 6 mm².
- Trois circuits spécialisés avec socle 16 A, un par gros appareil : le four, le lave-vaisselle et le lave-linge s’il est dans la pièce.
- Six socles de prise au-delà de 4 m² de pièce, dont quatre au-dessus du plan de travail. À 4 m² ou moins, trois socles suffisent.
- Aucun socle au-dessus de l’évier ni des plaques, sauf celui de la hotte, à 1,80 m du sol au minimum.
Quatre circuits, cela fait quatre départs à trouver dans le tableau. Si le vôtre est un ancien tableau à 2 rangées déjà pleines, la cuisine peut vous obliger à reprendre le tableau, et se posera alors la question du passage du Consuel. Comptez vos départs avec l’article sur les circuits et le tableau selon la NF C 15-100. Circuit par circuit, le calculateur de section de câble donne la section en mm², le calibre du disjoncteur et le diamètre de gaine, avec ses hypothèses affichées.
Le conseil Murmur : tirez les quatre circuits en attente, même si vous gardez vos vieux appareils pour l’instant. Le four encastrable que vous achèterez peut-être en solde dans trois ans devra se brancher sur son circuit spécialisé, et non sur la ligne des prises du séjour. Une couronne de câble posée maintenant vous évite de rouvrir un jour une cloison derrière un meuble haut chargé.
Renfort d’ossature au-delà de 30 kg
Ce renfort ne se voit plus une fois la cuisine finie, et on l’oublie facilement. Pourtant, un meuble haut suspendu à deux mètres du sol, rempli de vaisselle, de conserves et d’un service qui ne sert jamais, peut dépasser 30 kg.
Le NF DTU 25.41, qui régit les cloisons et doublages en plaques de plâtre, distingue trois seuils dans son annexe B.1.2 :
- Jusqu’à 10 kg : fixation directe dans la plaque, avec des crochets ou des chevilles à bascule. C’est le cas d’un cadre ou d’un miroir.
- De 10 à 30 kg : fixation directe possible avec des chevilles adaptées à l’épaisseur du parement, en respectant 400 mm au minimum entre deux points de fixation.
- Au-delà de 30 kg : la charge doit passer par l’ossature : une traverse en bois ou en métal, fixée dans les montants, la reprend.
Au-delà de 30 kg, le renfort est obligatoire, et il se pose avant les plaques : une traverse d’au moins 25 mm d’épaisseur et 150 mm de hauteur, vissée dans les montants à la hauteur du rail d’accroche. La hauteur compte autant que l’épaisseur : elle laisse de la marge si le rail n’est pas vissé exactement à la cote prévue. Il vous en coûtera une chute de bois et un quart d’heure. Une fois les plaques posées, il ne reste en général que le rail de suspension traversant, plus visible et plus contraignant. La fixation d’un meuble haut de cuisine sur du placo compare ces deux méthodes, avec les cotes et la charge réelle d’une cheville métallique à expansion. Pour situer votre charge par rapport aux trois seuils, le calculateur de cheville et charge admissible tient compte du support et de l’effet de levier.
Arrêter la hauteur du plan de travail avant les plaques
Cette décision-là devient définitive au moment du carrelage. La hauteur de votre plan de travail fixe celle de la crédence, donc celle du premier rang de faïence et la répartition des carreaux sur tout le mur. Une fois la faïence collée, si vous changez le réglage des pieds de 3 cm, il restera une bande de mur nu ou un chevauchement.
La hauteur finale est la somme du caisson, de ses pieds réglables et du plan, et vous la réglez aux pieds : sur un caisson de 72 cm de Castorama, ils vont de 12,5 à 19,5 cm, soit 84,5 à 91,5 cm avant le plan, plus l’épaisseur du plan. Notez la hauteur que vous visez : elle fixe le bord bas des meubles hauts, donc la hauteur de la crédence, et la distance qui reste sous la hotte. Cette distance est donnée par la notice de la hotte : sur un modèle Whirlpool, par exemple, 65 cm au-dessus d’une plaque à gaz. L’article sur l’agencement d’une cuisine détaille l’empilement caisson par caisson.
Reportez ces cotes au crayon sur la cloison encore ouverte, avant les plaques : elles vous indiquent où poser le tasseau de renfort et à quelle hauteur sortir les boîtiers d’encastrement. Viendront ensuite la découpe et l’étanchéité du plan de travail, puis le matériau de la crédence.
L’ordre de fermeture, du tracé au premier tour de vis
Ces décisions s’enchaînent, et chacune a besoin de la précédente :
- Poser l’implantation sur le papier, puis au ruban de masquage à l’échelle 1 sur le sol de la pièce vide.
- En déduire les points d’eau, tracer l’évacuation avec sa pente et vérifier la hauteur restante sous le futur plan.
- Compter les circuits et vérifier le tableau. À cette étape, le chantier peut basculer vers une reprise complète de l’installation.
- Reporter les hauteurs au crayon sur les montants : hauteur de plan fini, bord bas des meubles hauts, axe du rail d’accroche.
- Poser gaines, tubes et tasseaux de renfort, tire-fil compris dans les fourreaux laissés vides.
- Photographier chaque mur ouvert, mètre déplié dans le cadre.
- Visser les plaques. À partir de là, tout ce qui précède ne bouge plus.
Les photos ne coûtent rien, et elles vous diront où percer sans toucher un tube le jour où vous fixerez la barre de crédence. Pour l’écartement des montants et la liste des pièces de la cloison, reprenez le guide sur la pose du placo.
Gaz et colonne de chute : à confier
Dans une cuisine, le gaz et la colonne de chute ne se touchent pas soi-même. Vérifiez leur tracé avant de démolir quoi que ce soit.
Le gaz. Déplacer une alimentation, changer un robinet de coupure, ou seulement modifier le tracé d’un tube relève d’un professionnel. L’arrêté du 23 février 2018 exige, pour toute installation de gaz neuve ou modifiée, un certificat de conformité visé par un organisme agréé. Sur une cuisine au gaz, réglez la question avant l’implantation, car le tracé du gaz peut vous empêcher de déplacer les plaques.
La colonne de chute. Piquer une nouvelle évacuation sur la colonne collective sort du lot privatif dans la quasi-totalité des règlements de copropriété. Le dimensionnement relève du NF DTU 60.11 P2, et l’intervention demande l’accord de l’assemblée générale.
Tout le reste, y compris les quatre circuits, est à votre portée. Ce que vous avez le droit de faire vous-même sur l’électricité, et ce que l’assurance couvre, est détaillé dans l’article sur le droit de refaire son électricité soi-même.
Questions fréquentes
- Ce n’est qu’un ordre de grandeur : comptez dix à quinze journées de travail effectif pour une cuisine de 10 m² avec reprise des réseaux, hors délai de livraison des meubles. Les caissons se posent en deux jours ; le reste du temps passe dans la dépose, les saignées, les cloisons, puis les séchages d’enduit et de peinture avant la pose.
- Quatre circuits dédiés au minimum selon la NF C 15-100 : un 32 A en 6 mm² pour la plaque de cuisson, et trois circuits spécialisés avec socle 16 A pour le four, le lave-vaisselle et le lave-linge. S’y ajoutent six socles de prise au-delà de 4 m² de pièce, dont quatre au-dessus du plan de travail.
- Oui, dès que la charge dépasse 30 kg, ce qui peut être le cas d’un meuble haut rempli de vaisselle. Le NF DTU 25.41 impose alors une reprise dans l’ossature par une traverse en bois ou en métal, d’au moins 25 mm d’épaisseur et 150 mm de hauteur. Posée avant les plaques, elle demande un quart d’heure.
- L’alimentation se rallonge sans difficulté, l’évacuation beaucoup moins. Elle réclame 1 à 3 cm de pente par mètre vers la chute, et un tube de 40 mm rallongé sur 3 m fait perdre de 3 à 9 cm sous le plan de travail. Selon la hauteur qui reste, vous pourrez déplacer l’évier ou non.
- La cuisine se fait en deux temps, au milieu des autres pièces : ses réseaux se tirent pendant que tous les murs du logement sont ouverts, et ses meubles se posent en toute fin, après les sols finis. Poser les caissons avant le revêtement de sol oblige à découper autour, ou à recaler les pieds.
En résumé : tracez arrivées et circuits, et renforcez l’ossature des meubles hauts
Avant de visser la première plaque, tracez l’implantation au sol, tirez l’évacuation avec sa pente, comptez les circuits au tableau, posez les traverses de renfort à la hauteur du rail d’accroche et reportez au crayon la hauteur du plan fini. Un meuble haut sans renfort, un four sans circuit dédié ou un évier impossible à déplacer viennent presque toujours d’une décision prise trop tard, une fois les murs fermés.
Dans Murmur, les travaux de cuisine du catalogue (plan de travail, crédence, évier, hotte, dépose, montage) se chiffrent depuis vos cotes, et les travaux préparatoires qu’ils demandent sont proposés à côté d’eux, chiffrés dans le même récapitulatif. Relevez ces cotes pendant que la cloison est encore ouverte.
Les sources
- La page de l’Afnor sur la norme NF C 15-100 des installations électriques, Afnor.
- La fiche de la norme NF DTU 25.41 P1-1, ouvrages en plaques de plâtre, Afnor.
- L’arrêté du 23 février 2018 relatif aux installations de gaz combustible des bâtiments d’habitation, Légifrance.
Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.
Fermez vos murs une seule fois
Murmur chiffre les travaux de cuisine du catalogue depuis vos cotes, et propose à côté d’eux les travaux préparatoires et les travaux liés, chiffrés dans le même récapitulatif.

