La cloison est montée, bandée, poncée, et repeinte depuis huit jours. Les caissons hauts arrivent le lendemain, et c’est en relisant la notice de montage que la question tombe : sur quoi va-t-on les visser ? Derrière le parement, il y a 13 mm de plâtre, de la laine, et deux montants de 48 mm qui ne tombent jamais où il faudrait.
Refaire sa cuisine soi-même se joue plus tôt que vous ne le croyez. La pose des meubles, la découpe du plan de travail, le collage de la crédence : ces gestes-là se corrigent, et ils occupent pourtant toute l’attention. Les décisions qui ne se corrigent pas sont prises trois semaines plus tôt, quand la pièce est encore un chantier ouvert, et elles se referment toutes le même jour, celui où la première plaque de plâtre se visse.
Quatre choses doivent être arrêtées avant ce jour-là. Aucune ne coûte plus de quelques heures de réflexion, et chacune coûte une cloison rouverte si elle est oubliée.
Ce qu’une plaque de plâtre referme pour de bon
Une cuisine est la pièce la plus dense du logement en réseaux. Sur 8 à 12 m², elle concentre une arrivée d’eau chaude, une arrivée d’eau froide, une évacuation, parfois une alimentation gaz, et quatre circuits électriques que n’exige aucune autre pièce. Tout cela passe derrière le parement, et se retrouve inaccessible dès que la dernière vis est posée.
La différence avec une chambre tient à un rapport de coût. Rouvrir une cloison pour ajouter une ligne électrique se chiffre de 120 à 250 € la prise, entre la découpe, la reprise de bande, le ponçage et la peinture. Poser le fourreau vide au bon endroit avant fermeture coûte une trentaine d’euros de fournitures pour quatre prises, tire-fil compris. Le rapport va de quatre à sept pour un, et ces montants sont des fourchettes de devis publiées sans méthodologie, pas des moyennes mesurées. L’article sur le pré-câblage et les attentes à laisser dans les murs détaille les six réservations qui se regrettent.
Dans une cuisine, ce même écart se retrouve sur trois autres postes : le tasseau de renfort d’un meuble haut, le déplacement d’une évacuation, et la hauteur de la première rangée de faïence. Ces quatre décisions n’ont rien en commun sauf leur échéance : elles doivent toutes être prises avant que le parement ne se ferme. Le chiffrage des fournitures qui en découlent est rassemblé sur la page pour équiper et poser sa cuisine soi-même.
L’implantation commande les arrivées, pas l’inverse
L’erreur la plus courante consiste à dessiner la cuisine autour des arrivées existantes. Faites l’inverse : une arrivée d’eau se rallonge en une demi-journée, alors que le trajet entre l’évier et les plaques se répète à chaque repas pendant quinze ans. Le tuyau, lui, ne bouge qu’une fois.
L’implantation se déduit de la largeur de la pièce et non d’un goût. Le chiffre qui commande tout est le dégagement entre deux façades qui se font face : comptez 120 cm, ce qui impose 240 cm de largeur minimale pour une cuisine en II avec des meubles bas de 60 cm de profondeur. La méthode complète, avec le triangle d’activité et les cotes de chaque implantation, est dans l’article sur l’agencement d’une cuisine et son triangle d’activité. Posez ce plan d’abord : la suite en découle entièrement.
Une fois le plan arrêté, deux contraintes de réseau se révèlent, et une seule est vraiment bloquante.
- L’alimentation se déplace facilement. Un tube PER ou multicouche se tire sans soudure jusqu’au nouveau point de puisage, et l’arbitrage entre les deux familles est chiffré dans l’article sur le PER et le multicouche.
- L’évacuation ne pardonne pas. Elle réclame une pente de 1 à 3 cm par mètre vers la chute. Allonger un tube de 40 mm sur 3 m mange donc de 3 à 9 cm de hauteur sous le plan de travail, et c’est ce détail qui interdit le plus souvent de faire traverser l’évier d’un mur à l’autre.
Les diamètres, la garde d’eau et la hauteur de boucle antiretour du lave-vaisselle sont traités dans l’article sur le raccordement de l’évier et du lave-vaisselle.
Quatre circuits dédiés, décidés avant la saignée
La norme NF C 15-100 fait de la cuisine le poste électrique le plus lourd du logement, et le compte se fait avant d’ouvrir la moindre saignée, parce qu’il ne se joue pas dans la cuisine mais dans le tableau.
- Un circuit dédié 32 A en conducteurs de 6 mm² pour la plaque de cuisson.
- Trois circuits spécialisés 20 A, un par gros appareil : le four, le lave-vaisselle et le lave-linge s’il est dans la pièce.
- Six socles de prise dès 4 m² de pièce, dont quatre au-dessus du plan de travail, à 8 cm au moins de sa surface. Sous 4 m², trois socles suffisent.
- Aucun socle au-dessus de l’évier ni des plaques, sauf celui de la hotte, à 1,80 m du sol au minimum.
Quatre circuits, c’est quatre départs à trouver dans le tableau. Si le vôtre est un tableau ancien à 2 rangées déjà pleines, la cuisine ne se décide plus dans la cuisine : elle impose une reprise du tableau, avec la question du Consuel derrière. Le dimensionnement du tableau et le comptage des circuits sont détaillés dans l’article sur les circuits et le tableau selon la NF C 15-100.
Le conseil Murmur : tirez les quatre circuits en attente même si vous gardez vos vieux appareils. Un four encastrable acheté en solde dans trois ans se branche sur un 20 A dédié, jamais sur la ligne des prises du séjour. La différence, aujourd’hui, tient dans une couronne de câble et une demi-journée. Dans trois ans, elle tiendra dans une cloison rouverte derrière un meuble haut chargé.
Au-delà de 30 kg, le renfort n’est plus une option
C’est le verrou le plus souvent manqué, parce que rien dans une cuisine ne signale qu’il existe. Un meuble haut vide pèse 15 kg. Rempli de vaisselle, de conserves et d’un service qui ne sert jamais, il monte à 70 kg suspendus à deux mètres du sol.
Le NF DTU 25.41, qui régit les ouvrages en plaques de plâtre, pose trois paliers dans son annexe B.1.2 :
- Jusqu’à 10 kg : fixation directe dans la plaque, crochets ou chevilles à bascule. Le domaine du cadre et du miroir.
- De 10 à 30 kg : fixation directe possible avec des chevilles adaptées à l’épaisseur du parement, en respectant 400 mm au minimum entre deux points de fixation.
- Au-delà de 30 kg : la charge doit être reprise par renvoi à l’ossature, au moyen d’une traverse en bois ou en métal fixée dans les montants. Aucune tolérance, aucune cheville miracle.
Un meuble haut chargé pèse plus du double du troisième seuil. Le renfort est donc obligatoire, et il se pose avant les plaques : une traverse d’au moins 25 mm d’épaisseur et 150 mm de hauteur, vissée dans les montants à la hauteur du rail d’accroche. La hauteur compte autant que l’épaisseur, parce qu’elle absorbe les tolérances de pose sur la ligne de fixation. Comptez le prix d’une chute de bois et un quart d’heure. Après fermeture, il reste le rail de suspension traversant, plus visible et plus contraignant. Les deux méthodes, avec les cotes et la charge réelle d’une cheville Molly, sont dans l’article sur la fixation d’un meuble haut de cuisine sur du placo.
Règle d’or : un renfort se pose là où le meuble ira, pas là où l’ossature tombe.
La hauteur de plan de travail se fige dans le carrelage
Le quatrième verrou est le plus discret, parce qu’il ne se referme pas dans la cloison mais sur elle. La hauteur de votre plan de travail décide de la hauteur de la crédence, donc du premier rang de faïence, donc du calepinage de tout le mur. Une fois la faïence collée, changer le réglage des pieds des caissons de 3 cm laisse une bande de mur nu ou un chevauchement.
L’empilement d’un caisson, de ses pieds réglables et du plan donne 85 à 95 cm selon le réglage, avec 90 cm comme valeur la plus répandue. Retenez celle que vous visez, parce qu’elle en commande deux autres : le bord bas des meubles hauts, donc la hauteur de crédence, et la distance sous la hotte, qui ne descend pas sous 65 cm au-dessus d’une plaque à gaz au titre de la NF EN 60335-2-31. Le détail de l’empilement, caisson par caisson, est dans l’article sur l’agencement d’une cuisine.
Ces cotes se reportent au crayon sur la cloison ouverte, avant les plaques, parce que ce sont elles qui indiquent où poser le tasseau de renfort et à quelle hauteur sortir les boîtiers d’encastrement. La découpe et l’étanchéité du plan sont traitées dans l’article sur la pose d’un plan de travail de cuisine, et le choix du matériau dans celui sur la crédence de cuisine.
L’ordre de fermeture, du tracé au premier tour de vis
Les quatre décisions ne se prennent pas en même temps. Elles s’enchaînent, et chacune a besoin de la précédente :
- Poser l’implantation sur le papier, puis au ruban de masquage à l’échelle 1 sur le sol de la pièce vide.
- En déduire les points d’eau, tracer l’évacuation avec sa pente et vérifier la hauteur restante sous le futur plan.
- Compter les circuits et vérifier le tableau. C’est le point qui peut faire basculer le chantier vers une reprise complète de l’installation.
- Reporter les hauteurs au crayon sur les montants : 90 cm de plan fini, bord bas des meubles hauts, axe du rail d’accroche.
- Poser gaines, tubes et tasseaux de renfort, tire-fil compris dans les fourreaux laissés vides.
- Photographier chaque mur ouvert, mètre déplié dans le cadre.
- Visser les plaques. À partir d’ici, les quatre décisions sont prises.
La photographie est la seule étape gratuite de la liste, et celle qui rapporte le plus tard : elle vous dira où percer sans toucher un tube le jour où vous fixerez la barre de crédence. Les entraxes d’ossature et la nomenclature de la cloison elle-même sont dans le guide sur la pose du placo.
Où la cuisine cesse d’être un chantier d’amateur
Deux situations arrêtent l’auto-rénovation dans une cuisine, et elles se repèrent avant la démolition.
Le gaz. Déplacer une alimentation, changer un robinet de coupure, ou seulement modifier le tracé d’un tube relève d’un professionnel. L’arrêté du 23 février 2018 impose un certificat de conformité visé par un organisme agréé pour toute installation neuve ou modifiée. Sur une cuisine au gaz, la question se tranche avant l’implantation, parce qu’elle peut interdire de déplacer les plaques.
La colonne de chute. Piquer une nouvelle évacuation sur la colonne collective sort du lot privatif dans la quasi-totalité des règlements de copropriété. Le dimensionnement relève du NF DTU 60.11 P2, et l’intervention demande l’accord de l’assemblée générale.
Le reste, y compris les quatre circuits, reste à votre portée. La question de ce que vous avez le droit de faire vous-même sur l’électricité, et de ce que l’assurance couvre, est traitée dans l’article sur le droit de refaire son électricité soi-même.
Questions fréquentes
- Comptez de l’ordre de dix à quinze journées de travail effectif pour une cuisine de 10 m² avec reprise des réseaux, hors délai de livraison des meubles. Ce n’est pas une moyenne mesurée, c’est une provision de métier. Les caissons se posent en deux jours : tout le reste est du chantier, dépose, saignées, cloisons, puis les séchages d’enduit et de peinture avant la pose.
- Quatre circuits dédiés au minimum selon la NF C 15-100 : un 32 A en 6 mm² pour la plaque de cuisson, et trois circuits spécialisés 20 A pour le four, le lave-vaisselle et le lave-linge. S’y ajoutent six socles de prise dès 4 m² de pièce, dont quatre au-dessus du plan de travail.
- Oui dès que la charge dépasse 30 kg, ce qui est le cas de tout meuble haut rempli, autour de 70 kg. Le NF DTU 25.41 impose alors une reprise dans l’ossature par une traverse en bois ou en métal, d’au moins 25 mm d’épaisseur et 150 mm de hauteur. Posée avant les plaques, elle demande un quart d’heure.
- L’alimentation se rallonge sans difficulté, l’évacuation beaucoup moins. Elle réclame 1 à 3 cm de pente par mètre vers la chute, et un tube de 40 mm rallongé sur 3 m mange de 3 à 9 cm sous le plan de travail. C’est cette hauteur disponible qui autorise ou interdit le déplacement.
- La cuisine s’intercale avec les autres pièces : ses réseaux se tirent pendant que tous les murs du logement sont ouverts, et ses meubles se posent en toute fin, après les sols finis. Poser les caissons avant le revêtement de sol oblige à découper autour, ou à recaler les pieds.
En résumé : quatre décisions avant la première vis
Un meuble haut sans renfort, un four sans circuit dédié, un évier qu’il n’y a plus la hauteur de déplacer, une crédence qui ne tombe pas juste : ces quatre défauts partagent une seule cause, une décision prise après la fermeture des murs alors qu’elle devait l’être avant. Le jour où vous vissez la première plaque est donc une échéance, pas une étape.
Dans Murmur, l’implantation se renseigne avant les postes de plomberie et d’électricité, et elle les alimente. Tant que les positions de l’évier, des plaques et du réfrigérateur ne sont pas posées, l’application ne débloque ni le comptage des circuits, ni la liste des renforts à poser avant fermeture. C’est ce qui empêche de visser une plaque devant un mur qui n’a pas encore son tasseau.
Les sources
- La page de l’Afnor sur la norme NF C 15-100 des installations électriques, Afnor.
- La fiche de la norme NF DTU 25.41 P1-1, ouvrages en plaques de plâtre, Afnor.
- L’arrêté du 23 février 2018 relatif aux installations de gaz combustible des bâtiments d’habitation, Légifrance.
- La fiche de la norme NF EN 60335-2-31 sur les hottes de cuisine, Afnor.
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Posez votre implantation de cuisine dans Murmur : les circuits, les renforts et les attentes à laisser avant la première plaque s’en déduisent.
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