Tant que la cloison est ouverte, une gaine posée vide ne coûte que quelques euros de fourniture. Une fois les plaques vissées et la deuxième couche de peinture sèche, la ligne oubliée vers la télé ou la box passe par une saignée.
Il paraît logique de garder l’électricité et le réseau pour la fin, quand vous saurez où iront les meubles. Pourtant, le pré-câblage ne peut se faire que pendant quelques jours, entre le montage de l’ossature et le vissage des plaques. Après, chaque mètre de câble vous coûte une saignée, de l’enduit et deux couches de peinture.
Conduit ICTA, fourreau, tire-fil, GTL : le vocabulaire du pré-câblage
Le pré-câblage prépare le chemin que les câbles suivront, aujourd’hui ou dans huit ans ; le schéma du tableau et son câblage viennent plus tard.
- Conduit ICTA (Isolant, Cintrable, Transversalement élastique, Annelé) : la gaine annelée grise ou orange, qui se courbe à la main et permet de remplacer les fils sans ouvrir le mur.
- Fourreau en attente : un conduit posé vide et bouché à ses deux extrémités, qui ne dessert rien le jour de la pose.
- Tire-fil : le fil d’acier ou de nylon laissé dans le conduit, qui servira à tirer les conducteurs plus tard. Sans lui, un conduit vide et fermé est presque inutilisable.
- GTL (Gaine Technique Logement) : le volume qui regroupe le tableau de répartition et le coffret de communication, d’où partent tous les circuits.
Pour quelques euros de conduit, un fourreau vide vous permet de changer d’avis même après la peinture.
Il y a aussi une raison technique. Le NF DTU 25.41 P1-1 de février 2022 traite des passages percés après le plaquiste, qui ne doivent pas dégrader la cloison. Si vous percez une cloison finie, il faudra donc reprendre chaque passage pour qu’elle garde son isolation.
Ce que dit la NF C 15-100 depuis la série de 2024
La norme a changé de forme. La NF C 15-100 datait de 2002 et avait reçu cinq amendements, de A1 à A5. Depuis août 2024, elle est publiée en une série de 21 normes, et l’AFNOR précise : « À compter de septembre 2025, la série NF C15-100 devient la référence pour les installations neuves ».
Pour le pré-câblage, les parties utiles sont la NF C 15-100-10, pour l’espace technique électrique du logement, et la NF C 15-100-11, pour les réseaux de communication.
Attention toutefois à la version qui s’impose réellement. L’arrêté du 3 août 2016 qui la rend obligatoire vise, dans son article 4, la NF C 15-100 de 2002, sa mise à jour de 2005 et ses amendements A1 à A5. Pour savoir si la série de 2024 s’impose déjà, vérifiez sur Légifrance la version à jour de l’arrêté.
En rénovation ou en extension, la norme s’applique aux parties que vous refaites. Le cadre exact, avec le Consuel et l’assurance, est détaillé dans l’article sur le droit de refaire son électricité soi-même.
Quelle que soit la version, certains emplacements sont à réserver avant de fermer les murs. L’ETEL (Espace Technique Électrique du Logement), qui accueille la GTL, demande 600 mm de large et 250 mm de profondeur, du sol au plafond. Les prises réseau, traitées plus bas, se prévoient aussi à ce moment.
Fourreaux et attentes à laisser dans les cloisons
Les tuyaux, PER ou multicouche, se tirent dans la même cloison, au même moment que les gaines. Les oublis ci-dessous sont classés selon ce qu’ils coûtent à rattraper.
- Un fourreau vide entre la GTL et chaque pièce. Un ICTA de 25 ou 32 mm, avec son tire-fil, qui part du coffret et s’arrête dans une boîte d’encastrement fermée. Dix ans plus tard, il vous servira à passer la ligne que vous n’aviez pas prévue.
- Le fourreau de pénétration pour la fibre. Il va de la façade ou du palier jusqu’à la GTL. Le raccordement final revient à l’opérateur et s’arrête au DTIo (dispositif de terminaison intérieur optique), mais sans fourreau, le technicien risque de passer en apparent le long de la plinthe, et vous n’aurez pas votre mot à dire.
- Deux prises réseau là où l’écran finira. Pas forcément là où se trouve la box aujourd’hui : le téléviseur, la console et la barre de son finissent en général au même endroit, souvent sur le mur le plus éloigné du coffret.
- Une alimentation en attente au-dessus de chaque baie. Une sortie de câble dans le coffre de volet roulant, même si vos volets restent manuels pendant cinq ans. Rien ne l’impose, mais aucune goulotte ne rattrape proprement cet oubli.
- Le fil pilote au droit de chaque radiateur. Un fil non raccordé peut quand même être sous tension : isolez son extrémité, ne le laissez jamais nu.
- Une gaine qui traverse vers l’extérieur. Garage, portail, éclairage de terrasse, et surtout point de recharge de véhicule électrique, qui demande un circuit spécialisé. Percez cette traversée avant l’isolation.
Ces attentes font partie des décisions irréversibles d’un chantier, avec les cotes d’évacuation et les niveaux de sol fini.
Dans une pièce d’eau, prévoyez aussi l’attente du sèche-serviette, hors des volumes de sécurité, en même temps que la ventilation et sa gaine.
Pendant que le tableau est déposé, alimentez la pièce par une électricité provisoire de chantier.
Combien de prises réseau, et où les mettre
La NF C 15-100-11, dans son article 5.2.2.1, fixe le nombre de prises réseau d’après le nombre de pièces principales :
- Logement d’une pièce principale : 2 socles RJ45 juxtaposés.
- Deux pièces principales : 2 socles juxtaposés dans la pièce principale, plus 1 dans l’autre pièce.
- Trois pièces principales et plus : 2 socles juxtaposés dans la pièce principale, plus 1 socle dans au moins deux autres pièces.
Cela fait 2, 3 ou 4 prises selon le logement, c’est un minimum, que vous compléterez d’après vos usages.
Vous choisissez aussi la façon de poser pendant le pré-câblage. Le câblage part en étoile depuis le coffret, avec un câble par prise, chacun dans son fourreau. Posez chaque RJ45 près d’une prise de courant 2P+T, parce qu’on y branche presque toujours un appareil qu’il faut alimenter. Le coffret, enfin, contient au minimum le DTI ou le DTIo, la répartition audiovisuelle, un bandeau de brassage d’au moins 4 socles RJ45 et la mise à la terre.
Il reste à choisir le grade, qui donne la catégorie de câble à acheter. Il est défini par la NF C 90-483, homologuée en mars 2024, qui remplace la XP C 90-483 de novembre 2020. Le Grade 2 TV correspond à du câble et du connecteur de catégorie 6 blindée, le Grade 3 TV à de la catégorie 6a.
Les débits annoncés changent d’un document à l’autre, et le texte de la norme est payant. Fiez-vous donc à la catégorie inscrite sur la gaine du câble et sur le connecteur, plutôt qu’à un chiffre en mégahertz.
Diamètre de gaine ICTA et règle du tiers
Le conduit ICTA relève de la NF EN IEC 61386-22 de juillet 2021. Le code imprimé dessus se lit chiffre après chiffre, dans cet ordre : écrasement, chocs, température minimale, température maximale. Le 3422 s’emploie de −5 °C à +90 °C, selon la fiche technique Legrand. La gamme va du 16 au 63 mm.
Pour savoir combien de fils une gaine peut recevoir, regardez le tableau de son fabricant. La fiche du 3422 donne le tiers de la section intérieure :
- Ø 16 mm : 30 mm².
- Ø 20 mm : 52 mm².
- Ø 25 mm : 88 mm².
- Ø 32 mm : 155 mm².
Ces valeurs découlent de la règle du tiers. Promotelec la formule ainsi : « l’occupation d’un conduit ou d’un conduit-profilé est limitée au tiers de sa section intérieure lorsque les conducteurs isolés sont mis en œuvre après la pose des conduits ». La condition compte autant que le chiffre, et c’est exactement votre cas, puisqu’en pré-câblage les fils arrivent toujours après la gaine. Au fond, la règle est pratique : il faut pouvoir tirer les fils, et les retirer.
Il faut aussi respecter un rayon de courbure minimal : 48 mm en Ø 16, 60 mm en Ø 20, 75 mm en Ø 25 et 96 mm en Ø 32, soit environ trois fois le diamètre. Il passe à 160 mm en Ø 40, où le rapport devient quatre. Un coude plus serré risque d’écraser la gaine et de bloquer le tirage. Le tire-fil des conduits déjà équipés est un acier galvanisé de 0,8 mm donné pour 400 N à la rupture : il suffit à tirer un câble, à condition de ne pas forcer.
Les limites qui circulent, trois coudes au maximum ou tant de mètres entre deux boîtes, ne figurent dans aucune des normes ni des fiches de fabricant citées ici. Le plus sûr est de faire l’essai sur chaque gaine.
Le conseil Murmur : tirez un bout de câble de rebut dans chaque gaine posée, d’un bout à l’autre, et laissez-le dedans. Un tire-fil en nylon peut se coincer dans un coude, alors qu’un câble déjà en place sert d’aiguille et montre que le chemin passe.
Faire cohabiter courants forts et courants faibles
Un câble électrique qui longe un câble réseau peut le perturber. Le document de référence est le guide UTE C 15-900 de mars 2006. C’est un guide pratique, et ses valeurs relèvent des règles de l’art, autrement dit des bonnes pratiques du métier.
Son tableau donne les distances à respecter selon les câbles :
- Câble d’énergie non blindé et câble de communication non écranté, sur support non métallique : 200 mm.
- Les mêmes, sur support métallique : 50 mm.
- Câble de communication écranté et câble d’énergie non blindé : 50 mm, ramenés à 5 mm sur support métallique.
- Les deux blindés ou écrantés : aucune distance imposée.
Quand un câble électrique et un câble réseau doivent se croiser, faites-les se rencontrer à angle droit chaque fois que c’est possible.
Dans une cloison montée sur rails de 48 ou de 70 mm, vous ne trouverez nulle part ces 200 mm. En pratique, prévoyez un fourreau pour chaque type de courant, plutôt que les deux dans la même gaine, et du câble de communication écranté, comme le Cat 6 FTP vendu en couronne. Si la place manque, décalez les courants faibles d’une hauteur, en restant dans les hauteurs de pose des socles et des commandes.
Les perçages des montants posent une autre difficulté. Leurs cotes se trouvent dans la documentation du fabricant d’ossature : repérez-les avant de percer, en même temps que les renforts, puisque le renfort d’un meuble haut et les gaines occupent la même cloison. Le montage est détaillé dans le guide pour poser du placo soi-même.
Prix d’un fourreau vide et coût d’une reprise
Un pré-câblage se chiffre d’abord en fournitures : le conduit ICTA, les boîtes d’encastrement et le tire-fil. Pour les prix, fiez-vous aux fiches produit le jour de l’achat. La longueur de la couronne compte plus que la marque, car le prix au mètre baisse avec la longueur achetée.
Chiffrez les fourreaux de votre plan : posés cloison ouverte, ils ne coûtent que la fourniture. Pour les rattraper plus tard, il faudra ajouter à cette fourniture une saignée, un rebouchage et une peinture, ce qui revient plus cher que les fourreaux que vous auriez posés.
Ce poste finit souvent dans la réserve pour imprévus ; l’estimateur de marge pour imprévus sert à le prévoir dès le budget de départ. Les sections de câble et le nombre de circuits, qui viennent après le pré-câblage, se dimensionnent avec l’article sur le tableau électrique et la norme NF C 15-100, puis avec le calculateur de section de câble.
Où le pré-câblage s’arrête et où l’électricien reprend
Tant que rien n’est raccordé, le pré-câblage ne demande aucune démarche. Certaines opérations, en revanche, sortent du pré-câblage, et plusieurs ne se font pas soi-même :
- Le raccordement au tableau et la mise sous tension. Aucun texte ne réserve ce geste à un professionnel : l’article D342-19 du code de l’énergie exige seulement une attestation de conformité visée avant la mise sous tension par le distributeur, pour une installation neuve ou entièrement rénovée qu’il a mise hors tension à votre demande. C’est en revanche l’étape où une erreur devient dangereuse : on raccorde hors tension, en respectant la NF C 15-100, et le remplacement du tableau électrique a ses propres conditions.
- Le raccordement final de la fibre. Il revient à l’opérateur d’infrastructure ou à son sous-traitant. Vous posez le fourreau et choisissez l’emplacement du DTIo, mais la prise optique est posée par l’opérateur.
- Toute intervention sur le gaz, sans exception.
- Le percement d’un mur porteur ou d’une dalle. Un pré-câblage ne justifie jamais d’attaquer une structure : faites faire une étude avant.
- Le percement dans un logement dont le permis de construire est antérieur au 1er juillet 1997. Le diagnostic amiante retient cette date, et l’amiante peut se trouver dans des colles, des enduits et des dalles de sol. Faites réaliser le repérage avant de percer.
Le reste du pré-câblage, les gaines, les boîtes, les tire-fils et les tracés, se fait très bien soi-même, tant que le mur est ouvert. La séquence complète est décrite dans l’ordre idéal pour rénover sa maison soi-même.
Questions fréquentes
- Non. Le guide UTE C 15-900 de mars 2006 demande jusqu’à 200 mm de séparation entre un câble d’énergie non blindé et un câble de communication non écranté sur support non métallique. Un fourreau pour chaque type de courant règle la question.
- Non. Aucun texte n’impose de remettre un logement existant entièrement à niveau : en rénovation, la norme s’applique aux parties que vous refaites, et l’arrêté du 3 août 2016 vise encore la version de 2002. Le pré-câblage reste un choix de bon sens, sans être une obligation légale.
- Une gaine de 20 mm. La fiche Nexans d’un fil H07V-U de 2,5 mm² donne un diamètre extérieur maximal de 3,9 mm, isolant compris, soit environ 12 mm² de section par fil et 36 mm² pour les trois. C’est plus que les 30 mm² utiles d’une gaine de 16 mm, alors que les 52 mm² d’une gaine de 20 mm suffisent. La règle veut que les fils n’occupent pas plus du tiers de la section intérieure du conduit quand ils sont tirés après la pose, ce qui est toujours le cas en pré-câblage.
- Le fourreau, oui, et c’est même conseillé : il va de la façade ou du palier jusqu’à la gaine technique. Le raccordement final revient à l’opérateur d’infrastructure ou à son sous-traitant, et s’arrête au DTIo. Sans fourreau, le câble optique arrivera en apparent le long de vos plinthes.
Le tour de contrôle avant le vissage
Une fois les gaines posées, il reste un dernier tour à faire, et il ne porte pas que sur l’électricité. Photographiez chaque réseau avec une échelle de mesure dans le cadre, relevez les cotes depuis un angle fixe, et vérifiez la continuité et l’isolement. Au plafond, contrôlez en plus le capot de chaque spot encastré et le pare-vapeur refermé autour. Laissez ensuite le réseau d’eau sous pression, et étiquetez chaque gaine à ses deux bouts. La checklist à dérouler avant de refermer un mur reprend ces trente-deux points poste par poste, et s’imprime pour être cochée au crayon sur le chantier.
En résumé : laissez fourreaux, prises réseau et tire-fils dans chaque cloison ouverte
Pendant que l’ossature est ouverte, posez un fourreau vide de la GTL vers chaque pièce, une prise réseau de plus que le minimum de la NF C 15-100-11, et un tire-fil dans chaque conduit. Une reprise ajoute à la fourniture une saignée, un rebouchage et une peinture.
Les sources
- Série NF C 15-100, publiée en août 2024, AFNOR.
- Arrêté du 3 août 2016 portant réglementation des installations électriques des bâtiments d’habitation, Légifrance.
- Guide UTE C 15-900, mars 2006, cohabitation entre réseaux de communication et d’énergie, Norm’Info AFNOR.
- NF C 90-483, systèmes de câblage résidentiel secondaire, mars 2024, AFNOR.
- Mise en œuvre des canalisations et des connexions, Promotelec.
- Fiche technique du conduit ICTA 3422, Legrand.
- Fiche du fil H07V-U 1 × 2,5 mm², diamètre extérieur maximal de 3,9 mm, Nexans.
- Article D342-19 du code de l’énergie, attestation de conformité avant mise sous tension, Légifrance.
Les chiffres de cette page ne viennent pas tous d’une source écrite : certains sont des ordres de grandeur de chantier, signalés comme tels là où ils apparaissent. Comment les chiffres de ce site sont établis.
Ne refermez pas une cloison sans sa liste
Dans Murmur, une cloison se pose en étapes numérotées, avec un conseil débutant et un conseil expert, et ses fournitures s’ajoutent à la liste de courses.

